Les violences gynécologiques et obstétricales peuvent être définies comme « des actes et des comportements qui ne respectent pas l’intégrité physique, psychologique et sociale de la femme, voire des pratiques qui ne sont pas médicalement justifiées » peut-on lire dans le magazine Santé Publique dans son numéro spécial « Gynécologie et obstétricien « . violence : construction d’un enjeu politique et de santé publique ». Pour Laura-Charlotte Bruneau, sage-femme libérale, « la violence gynécologique peut se résumer à tout acte posé sans obtenir le consentement de la patiente. Cela peut également être traduit en mots comme des jugements de valeur. Je trouve aussi que parfois les patients sont infantilisés, ce qui n’est pas toujours vécu comme un échange bienveillant avec le médecin », souligne-t-il. Pour le médecin généraliste Yhan Monney, ce sont « les propos et gestes posés lors de l’examen qui sont jugés violents ou intrusifs par le patient ». « Sans consentement, on parle clairement de violences », renchérit Odile Bagot, médecin gynécologue-obstétricienne.

« Pour qu’une consultation gynécologique se passe bien, le lien de confiance entre le soignant et la patiente est essentiel. Le gynécologue doit pouvoir renoncer à un acte si la patiente montre des signes d’appréhension et/ou exprime clairement son refus. Personnellement, je communique au patient les scans que je dois faire en faisant preuve de bienveillance. L’application du spéculum, par exemple, doit être faite avec une extrême douceur et avec beaucoup de lubrifiant. Parfois je propose aux femmes de l’introduire elles-mêmes pour éviter trop d’appréhension. Pour éviter que la patiente ne se retrouve complètement nue devant moi, je lui conseille de porter une robe ou une jupe qui peut être relevée et abaissée selon le déroulement de l’examen. Pour l’examen des seins, les femmes n’ont qu’à soulever leur chemise et mes gestes doivent être délicats. Lors du questionnaire général de santé, j’explique pourquoi je pose telle ou telle question afin que les patients n’aient pas l’impression que je les juge à travers mes questions. En revanche, évidemment, tous les patients peuvent refuser un examen. »

Médecin généraliste : “Une parole a remis en cause toute ma pratique”

« Lorsque j’étais encore interne en médecine générale, je venais de terminer mon internat hospitalier et j’avais pris certaines habitudes quant au jargon utilisé dans ce milieu. Une patiente est venue consulter et je lui ai simplement dit « vas-y, déshabille-toi »… Je me souviens encore de son regard surpris et de la clarification de mon superviseur après le départ de la patiente. Il m’a tout de suite expliqué qu’il devait être précis dans ses demandes aux patients (par exemple, « vous pouvez enlever votre pull »), ce qui a remis en cause toute ma pratique. De nos jours, les violences médicales, notamment les violences gynécologiques, sont un sujet qui m’inquiète particulièrement. Je commence toujours mes consultations par la libre expression des patients, je ne les coupe pas et j’écoute activement. Si un examen gynécologique approche, je rappelle immédiatement que mes gestes et paroles doivent être particulièrement bienveillants et je demande l’accord de la patiente pour l’examen. J’explique chaque geste que je fais parce qu’ils ne peuvent pas voir ce qui se passe pendant l’examen gynécologique. Je séquence également mon examen afin que le patient ne soit pas complètement nu devant moi. Vous devriez considérer la confidentialité. Évidemment, tout cela se fait de manière fluide et naturelle. Si le patient refuse l’examen, j’accuse réception du refus en proposant une alternative, par exemple demander à un collègue de faire l’examen. Se faire examiner par un homme peut bouleverser de nombreux patients. »

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“Les sages femmes sont sensibilisées aux violences gynécologiques”

Laura Charlotte Bruneau, sage-femme libérale est consciente que la formation des médecins et des sages-femmes est différente : « pendant mes études, nous avons suivi des cours sur les violences obstétricales et gynécologiques. De plus, nous demandons systématiquement le consentement des patients, frappons à la porte avant d’entrer et attendons l’accord du patient, recouvrons le patient d’un drap après le scanner, nous nous engageons à respecter leur intimité. En pratique, je fais mes enquêtes en deux étapes. Mes patients ne sont jamais complètement nus devant moi. Certains apprécient qu’on leur dise ce que nous faisons, d’autres non. Il faut donc dialoguer pour savoir comment aborder la requête. Je conseille également aux patients d’écrire leurs questions sur papier car parfois les consultations peuvent être intimidantes. La relation de confiance est déterminante, il faut prendre le temps. Il n’y a pas que le bio qui est en jeu lors d’une consultation gynécologique. Je garde toujours à l’esprit que guérir, c’est aussi écouter ! »

A noter : Sachez que le suivi gynécologique (hors pathologie) peut être effectué par une sage-femme même si vous n’avez pas eu d’enfant et que vous n’êtes pas enceinte. En revanche, n’hésitez pas à changer de professionnel si vous ne vous sentez pas à l’aise avec l’aidant.