Jeudi 6 octobre, 13h30 à Mont-de-Marsan. Un bruit assourdissant fend l’air au-dessus de la base aérienne 118. Plusieurs Rafale quittent successivement la zone. Au sol, plusieurs dizaines de parachutistes creusés dans la roche, avec cagoules et casques, tournent, en une seule ligne, avec leur imposant colis sous le bras, vers l’autre bout du bitume. Le fier A400M vert de gris, long de 45 mètres, les attend. Dans quelques minutes, un avion de transport militaire décollera avec une soixantaine de parachutistes qui seront largués au-dessus de la Creuse.

Jeudi 6 octobre, 13h30 à Mont-de-Marsan. Un bruit assourdissant fend l’air au-dessus de la base aérienne 118. Plusieurs Rafale quittent successivement la zone. Au sol, plusieurs dizaines de parachutistes creusés dans la roche, avec cagoules et casques, tournent, en une seule ligne, avec leur imposant colis sous le bras, vers l’autre bout du bitume. Le fier A400M vert de gris, long de 45 mètres, les attend. Dans quelques minutes, un avion de transport militaire décollera avec une soixantaine de parachutistes qui seront largués au-dessus de la Creuse.

Portée de l’opération ? Volfa, du nom de cette série d’exercices aériens de combat grandeur nature menés annuellement depuis une base de la préfecture des Landes (voir par ailleurs). Ce jeudi, plus que les parachutistes de divers corps militaires, (qui devront sauter comme ils en ont l’habitude, et non vers une cible ou une certaine zone) il s’agit des préparatifs des pilotes, qui s’entraîneront « au plus près » de la réalité du « combat de haute intensité », explique le colonel Gilles, chef d’exercice. Dans un vocabulaire quasi-combat, l’officier répète le but : « Faites de l’exercice pendant que vous vous battez. « On s’entraîne comme si on se battait.

« Le premier saut, on ferme les yeux »

Cinq avions – dont le Rafale – ont participé à cette sortie en mode « transport tactique » (1). Le scénario était résolu comme graissé : les parachutistes devront renforcer les dispositifs au sol après une offensive ennemie réussie. Casa, un autre avion tactique, les rejoindra pour la récupération et l’évacuation des blessés. « Coordination, planification », appuie le colonel Gilles. Les passages du porte-parachute – capable de transporter un grand nombre de véhicules ou de matériel, pour des missions militaires comme humanitaires – doivent se faire « à la seconde ». Terminer la mission, réagir à la menace ennemie, éviter leur système sol-air (missile), arriver « intact »… « En fonction des pertes, on voit ce qui a fonctionné et on ajuste le prochain exercice », détaille le colonel Gilles.

14h, les soldats se précipitent dans la gueule de la bête, qui peut supporter jusqu’à 116 « paires ». Il y a deux poignées de journalistes dans le jeu. Chacun prend place dans l’un des sièges disposés en quatre rangées se faisant face. On s’attache à l’aide de grosses ceintures rouges. Quatre jeunes soldats sont assis au centre de l’avion. Y compris Thomas. D’apparence parfois floue, le jeune homme, venu de la base aérienne de Cazaux (Gironde), oscille entre impatience et appréhension. À côté de lui, deux camarades cagoulés des forces spéciales semblent plus en sécurité. « Il y a toujours une part de stress. Sans ça, on fait des erreurs », raconte Girondin, deux ans de parachutisme dans l’aviation et onze sauts à l’heure.

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Le premier était au-dessus des Pyrénées. « Le premier saut, tu fermes les yeux », se souvient-il. Le garçon, au visage fin et aux larges épaules, ne cache pas que la « peur » alimente toujours ces sorties. La violence de l’atterrissage, la peur de se blesser toujours en tête. « Le plus important, c’est la concentration et la sécurité », poursuit Thomas, qui apprécie la sensation de « légèreté » pendant le vol, le « silence » qui s’installe soudainement après la sortie de l’avion, son bruit continu et cette sirène qui signale l’heure du largage.

Pas de sonnerie, pas de saut

Dans la cabine, cet après-midi-là, un bruit familier. L’air, frais, comme prêt à pénétrer par tous les pores de la machine. Tourbillon. Un à un, les soldats se glissent dans leur bulle mentale. Nous nous enfonçons dans son siège et sous son casque. Certains dorment même, quels que soient les soubresauts et les étouffements du vol tactique. Au bout de quarante-cinq minutes, l’avion tombe subitement en altitude. L’agilité et la vivacité de l’avion de 82 tonnes (!) sont accrocheuses. Les paysages défilent, l’impression de vitesse renforcée par la faible altitude.

La dernière pirouette se termine par le réveil des soldats.  » Saute dans dix minutes « , vient une voix du cockpit au micro. Les soldats aux yeux sombres restent immobiles. On sort le parachute du sac… environ 25 kilos ! Les parachutistes les plus expérimentés vérifient une dernière fois si tout est là, correctement harnaché. Le voisin sert ce dont il a besoin. La tension est à son comble. Deux portes latérales s’ouvrent. Reliés à une ligne de contrôle, les premiers grimpeurs s’approchent du bord de la brèche. Mais il n’y aura pas de sonnerie : après quelques minutes de vol, le saut est annulé en raison des mauvaises conditions météorologiques de la région. 15h22, fin de mission.

(1) Vol effectué près du sol au cours duquel la vitesse et l’altitude sont ajustées au terrain et aux obstacles pour éviter la détection et le tir de l’ennemi