A Lourdes, dans les Hautes-Pyrénées, Daniel a reçu 4 000 euros pour isoler deux murs de sa maison construite en 1940 ; 600 kilomètres plus au nord, à Paris, son fils Matthieu a envoyé son devis trop tard pour se faire partiellement rembourser ses nouvelles fenêtres ; dans le Cher, le choix d’Evelyne de faire installer de la laine de verre dans son grenier tourne au cauchemar ; dans le Loiret, Patrick a réussi à accumuler des aides qui financent un tiers des travaux généraux de rénovation de sa ferme. « Mais je suis retraité de la construction ! il sourit.

5,2 millions de passoires énergétiques

« En matière de rénovation énergétique, tout est possible, rien n’est possible », résume un acteur désabusé du secteur. En France, le travail est colossal : sur les 30 millions de résidences principales, 5,2 millions sont des passoires énergétiques. De ceux qui quittent le froid et l’humidité en hiver, la chaleur en été. L’an dernier, 20 % des ménages interrogés lors d’une enquête du médiateur de l’énergie déclaraient avoir souffert du froid pendant au moins vingt-quatre heures dans leur logement, contre 14 % en 2020.

Lire aussi – Pourquoi les marchés de l’énergie inondent le marché immobilier

« Dès que la température baisse, on sent de l’air glacial descendre les escaliers et figer toute la maison, décrit Évelyne sur un forum, en espérant qu’un internaute vienne lui venir en aide après une opération « isolation euro » qui a fait le tour des pauvres fabrication. Dans les chambres, en hiver, il fait entre 12 et 14 degrés. La crise énergétique assombrit le tableau : lorsque la chaleur produite par le gaz, le fioul, le bois ou l’électricité s’échappe des toits, les factures augmentent.

Le gouvernement va augmenter les aides

Pour réparer au plus vite les maisons et appartements, le gouvernement va augmenter les aides : le projet de loi de finances présenté lundi en Conseil des ministres prévoit une augmentation de 2 à 2,5 milliards d’euros pour MaPrimeRénov’, le dispositif de remplacement des chaudières et des fenêtres

et isoler les greniers et les toits. Une enveloppe complémentaire est prévue pour le parc de logements sociaux et de bâtiments publics, soit 3 milliards d’euros au total.

C’est un million de foyers à gérer chaque année !

18 % des émissions de CO2

« Malheureusement, ce n’est pas qu’une question de budget », regrette la députée Renaissance Marjolaine Meynier-Millefert, vice-présidente de la commission du développement durable. Car les 700 000 rénovations par an annoncées par le gouvernement sont l’arbre qui cache la forêt. 25 % d’entre eux n’ont pas entraîné d’amélioration de la performance énergétique, selon un rapport de l’Observatoire national de la rénovation énergétique (ONRE). « Seuls 40.000 logements ont été réellement rénovés », poursuit l’élu de l’Isère. Loin des objectifs de la France, qui prévoit d’atteindre le niveau des « bâtiments basse consommation » (BBC) d’ici 2050 pour l’ensemble de son parc : « C’est un million de logements qui ont été traités dans l’année ! », s’inquiète l’élu.

Pour 86 % des dossiers, seuls des gestes simples ont été effectués. Voici le remplacement d’une chaudière au fioul, il y a celui d’une fenêtre. « J’ai choisi d’isoler les deux murs les plus exposés aux intempéries », raconte Daniel, à Lourdes. S’il y voyait un effet, avec l’humidité désormais à l’extérieur de son logement, les études montrent que la plupart des travaux partiels ne permettent pas de réduire les factures ni de réduire l’impact carbone d’un logement, si bien que le secteur des bâtiments représente 18 % des émissions de gaz à effet de serre. et 45 % de la consommation d’énergie en France.

Inefficace voire contre-productif

« Si vous voulez endiguer une rivière et jeter des cailloux au hasard dans son lit, la probabilité d’arrêter l’eau est proche de zéro, montre Vincent Legrand, le directeur général de Dorémi, qui accompagne les familles et les collectivités dans des rénovations globales. Pire, lorsque vous lancez de grosses pierres sans coordination, le débit d’eau s’accélère. »

Inefficace, donc, et souvent contre-productive. D’abord, parce qu’une maison dont le système de chauffage a été changé aura du mal à démarrer un nouveau gros chantier plus tard. Ensuite, parce que si le gain est relatif, la déception est là. En Ardèche, Muriel hésite à troquer son réservoir de fioul contre un poêle à granulés. « Nous devons d’abord faire des travaux dans le garage, donc nous verrons plus tard si la chaudière casse », repousse-t-elle.

À Lire  En urgence, ils veulent arrêter la construction d'une maison de plus de 190 m2 à côté de leur maison.

Ces derniers mois, le gouvernement a fortement encouragé le remplacement des anciennes chaudières – interdisant l’installation des modèles au fioul à partir du 1er juillet – par des pompes à chaleur électriques (PAC). « Ils sont convaincus que s’il y a un geste de rénovation qui doit être fait, c’est bien celui-là, observe Vincent Legrand. Mais en l’absence de rénovation globale, les pompes à chaleur installées aujourd’hui doivent être de taille démesurée. Et quand il fait moins de 5 degrés, ils fonctionnent comme des grille-pain et font exploser la consommation. »

On a eu la mode des fenêtres à 1 euro, puis celle de l’isolation, et aujourd’hui les pompes à chaleur

Un nouveau bonus

En matière de rénovation, les pouvoirs publics ont historiquement encouragé les filières au cas par cas, jamais l’ensemble des artisans. « On a eu la mode des fenêtres à 1 euro, puis celle de l’isolation, et aujourd’hui les pompes à chaleur », souligne un spécialiste du secteur. Des artisans peu scrupuleux se heurtaient à des brèches successives. Au Cher, Évelyne se demande encore ce que cette « peluche blanche sans effet » est installée par les ouvriers dans son grenier.

Face aux dérives, le gouvernement a mis fin avant l’été au « coup de pouce isolation », une prime supplémentaire accordée par l’Etat. Au grand dam des professionnels du secteur : une isolation bien faite permet d’économiser près de 44 % de gaz naturel et 45 % d’énergie finale pour le chauffage des bâtiments résidentiels. Le choix du tout électrique, avec les fameuses pompes à chaleur, pose aussi question. Officiellement, il s’agit de prioriser l’objectif de décarbonation du parc immobilier, l’électricité française est majoritairement d’origine nucléaire, donc sans émission de CO2. « C’est surtout pour sauver le soldat EDF, commente un observateur. En créant ce besoin électrique, on justifie aussi celui des nouvelles centrales. »

A lire aussi – Energie : 4 facteurs qui expliquent la hausse des prix du gaz et de l’électricité en France

Parcours du combattant et manque d’artisans

Mais à l’heure des tensions sur les prix de l’électricité et sur l’état du parc nucléaire, les objectifs d’efficacité énergétique sont revenus. Du moins dans les discours. Pour encourager les projets d’envergure, le gouvernement prévoit une nouvelle prime pour les familles qui s’engagent dans des rénovations complètes. Le dispositif « mon guide rénovation » pour aider les familles sera également renforcé.

Car aujourd’hui la rénovation est un parcours du combattant : prêts à taux zéro, MaPrimeRénov’, certificats d’économie d’énergie… A Wasquehal, dans le Pas-de-Calais, une famille peut réclamer 27 appareils, 16 à Combloux en Haute-Savoie et seulement 6 à Saint-Jean-le-Centenier, en Ardèche. « Il faut voir ces aides comme un bonus, mais ne comptez pas trop dessus », explique Patrick.

Ceux qui y entrent doivent également trouver les bons professionnels. Sur les 550 000 entreprises artisanales, seules 65 000 sont labellisées RGE, la norme obligatoire pour bénéficier des aides ; et parmi ceux-ci, seuls 80 sont en mesure d’effectuer des rénovations complètes. Au gouvernement on juge que c’est le secteur qui s’organise : « Ils ne peuvent pas regretter d’une part qu’il y ait moins d’activité liée à la réduction des logements neufs et, d’autre part, qu’ils soient en sous capacité sur la rénovation. partie », balaie un consultant. L’association Familles rurales demande d’imposer une obligation de résultat au commerçant, à l’heure où des millions d’euros sont engloutis dans la rénovation. A Lourdes ou dans le Loiret, Daniel et Patrick attendent toujours que quelqu’un vienne vérifier l’efficacité des travaux chez eux.

Selon l’Ademe, une rénovation efficace est « un ensemble de six postes de travail (isolation des murs, sol, toiture, aménagement extérieur, ventilation et chauffage) qui permet d’obtenir une classe énergétique A ou B ».

les maisons n’ont perdu leur statut de « filtre thermique » qu’à partir des 700 000 subventions accordées par MaPrimeRénov’ en 2021, contre un objectif gouvernemental de 80 000.

des dossiers MaPrimeRenov concernent une rénovation « ponctuelle » : remplacement de chaudière, isolation des fenêtres, des combles ou de la toiture.

C’est le nombre de logements qu’il faudrait entièrement rénover chaque année pour atteindre l’objectif fixé par la France de mettre tout son parc bâti au standard « BBC » d’ici 2050, pour les « bâtiments basse consommation » : 50kWh d’énergie par an et par mètre carré dans un logement neuf, 80kWh d’énergie par an et par mètre carré dans un logement rénové.

Trois millions de foyers se chauffent encore au fioul et voient leur facture augmenter : selon l’Insee, le fioul domestique est passé de 909,25 euros pour 1 000 litres en septembre 2021 à 1 517,71 euros pour 1 000 litres en août 2022.