Un lieutenant des pompiers, un journaliste, un gardien de prison, des infirmières : des dizaines de Vauclusois sont en prison depuis un an pour avoir abusé d’une mère endormie chimiquement.

« Sachez que je vais devoir vous montrer des photos et des vidéos qui pourraient vous choquer. » Le 2 novembre 2020, au commissariat de Carpentras, Marie, retraitée de 67 ans, voit sa vie s’effondrer brutalement. Abasourdie, elle écoute le policier lui raconter l’impensable : depuis des années, son mari Dominique (69 ans) se drogue la nuit avec du Temesta, un puissant somnifère.

Il l’offre à des inconnus

Puis cet homme, qu’elle a épousé il y a près de cinquante ans, et avec qui elle a eu trois enfants, l’offre à des inconnus, dans leur lit conjugal. Ce sont des pompiers, des infirmières, des journalistes, des ouvriers, des employés. L’un d’eux est même gardien de prison. Ils sont tous entrés avec Dominique, un électricien à la retraite, sur le site pour libertins, coco.fr.

Des inconnus recrutés sur le site libertin coco.fr

Et apparemment, il n’a eu aucun mal à les convaincre de venir agresser sa femme endormie, le soir, dans la maison familiale, pendant qu’il assouvit ses fantasmes de voyeurisme en filmant ces viols à répétition. Le vase de roses a été découvert le 12 septembre grâce à la vigilance du service de sécurité de l’hypermarché Leclerc à Carpentras et à l’ingéniosité des agents de la Sûreté.

Sur les écrans de contrôle du magasin, l’agent repère ce retraité en train de filmer sous la jupe du client, un téléphone portable à la main. Il a été arrêté, conduit au commissariat. La police a fouillé sa maison, confisqué son ordinateur, son appareil photo et son caméscope, puis l’a relâché. En souvenir d’un des appareils, photos de Marie dénudée et conversations sans équivoque : Dominique donne les doses nécessaires pour endormir sa femme et toutes les consignes pour se rendre chez eux.

225 endormissements estimés sur une année

Le parquet a saisi le juge d’instruction d’Avignon d’une enquête pour viol aggravé. Le 2 novembre, alors que le policier explique la situation à sa femme, Dominique, en garde à vue, s’en explique. Car l’enquête est colossale : sur la base des prescriptions de somnifères qui lui ont été données, la police estime ce que Marie a subi à « 225 endormissements en un an ». Il s’empresse d’admettre, expliquant que vers 2013, 2014, lorsque Marie, qui avait du mal à dormir, s’est vue prescrire des somnifères, il a découvert qu’il pouvait avoir des rapports sexuels sans qu’elle ne réponde. Il le lui faisait prendre inconsciemment le soir, pendant le repas.

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« Plus tard, sur le site coco.fr, j’ai dit à ma femme ce que je faisais et je voulais que les gens viennent chez moi pour voir ce que je faisais », explique-t-il. Mais il l’avoue : ses visiteurs du soir ne chômaient pas. « Ils savaient qu’ils profitaient d’une personne endormie », reconnaît-il, estimant « entre trente et cinquante » le nombre de ces violeurs nocturnes.

Un salon baptisé « A son insu »

En février 2021, l’enquête menée par le SRPJ de Montpellier et la sécurité urbaine du Vaucluse atteint un chiffre ahurissant : 60 hommes ont été identifiés dans les multiples scènes de viol enregistrées et sauvées par Dominique. Depuis, lors de plusieurs vagues d’arrestations, dont la dernière a eu lieu le mardi 28 septembre, plus d’une trentaine d’entre elles ont déjà été inculpées et incarcérées pour viol, et l’enquête n’est pas terminée.

D’autres femmes ont-elles été victimes ? Car les actes de cet extraordinaire délinquant sexuel ne se limitent sans doute pas à sa compagne. Il a avoué être allé voir le deuxième mari, séduit par l’idée qu’il abusait de sa femme. Heureusement, faute de dosage suffisant, la victime s’est réveillée et a rallumé la lumière, au moment même où Dominique baissait son pantalon. Il a donné aux utilisateurs de ce site, où il dirigeait un salon appelé « L’inconnu », de nombreux conseils sur les dosages appropriés pour atteindre ses sinistres objectifs. Marie essaie de se reconstruire depuis. « C’est un tsunami. Je me sens sale. Quand je pense à ces hommes qui violent une femme morte, je suis sous anesthésie », a-t-elle déclaré à des proches.

Me Caty Richard : « Un énorme traumatisme »

Comment va votre client aujourd’hui ?

La vie s’est arrêtée pour elle. Le traumatisme est énorme. Elle a été influencée par tout ce qui fait la vie humaine : le viol, l’intimité familiale, le foyer. Tout ce en quoi elle croyait a été balayé. Son divorce est en instance, elle a quitté la région et se cache.

Droguer une femme pour la violer, c’est courant ?

Ce cas démontre la banalisation de la soumission chimique. Ce n’est pas seulement l’inconnu avec le GHB en boîte de nuit, c’est aussi à la maison, chez papa et maman. Il faut tirer la sonnette d’alarme, car la pièce noire est très importante. J’étais partie civile dans l’affaire Daval, et les proches d’Alexia ont décrit des troubles du comportement similaires à ceux de Marie : moments d’absence, souvenirs oubliés. Il est vraiment temps d’avertir le corps médical et les neurologues qu’ils ont un réflexe de recherche de substances nocives. Ce dossier soulève des questions sociales : beaucoup ont dit qu’il n’y avait pas eu de viol, parce que son mari l’avait proposé. Et il y a le côté porno des gens, et la responsabilité d’un site qui n’est pas sur le dark web et où tout est permis.