« L’obésité fait des ravages et entraîne une prévalence accrue de certains cancers, du diabète de type II et des maladies cardiovasculaires. C’est un problème de santé majeur qui va coûter cher aux assurances, aux patients, mais aussi à la santé générale », prévient le Pr Philippe Morel, ancien chef de service et directeur du Service de chirurgie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). La pandémie de Covid-19 n’a pas amélioré les choses, car la réduction de l’activité physique pendant cette période, l’anxiété et le fait de rester à la maison ont contribué à la prise de poids. Selon une étude de l’Université de Saint-Gall, la population suisse a pris en moyenne 3,3 kg, ce qui est 33 fois plus que la normale [1].

1. Le rôle de la prévention

La chirurgie bariatrique

Avec la chirurgie bariatrique, une perte de poids rapide et drastique peut être obtenue. Deux techniques sont utilisées aujourd’hui :

Tout le monde n’est pas candidat à la chirurgie, car de toute façon un patient sur deux refuse le traitement. Les critères sont vraiment très stricts :

Mieux vaut prévenir que guérir, disent-ils. Uniquement de la théorie et de la pratique. En effet, l’évolution des coûts du système de santé montre que la part des dépenses consacrées à la prévention n’a atteint que 2,2 % en 2014[4]. « C’est incroyable qu’on n’investisse plus dans la prévention. Les compagnies d’assurance ne sont pas intéressées car les bénéfices ne sont pas immédiats. Mais si les hamburgers recevaient autant d’avertissements que les paquets de tabac, la situation serait meilleure », explique le professeur Morel. La prévention de l’obésité, désormais reconnue comme une maladie, doit être une priorité politique, car les problèmes de poids touchent de plus en plus d’enfants et d’adolescents. Comme l’explique le Pr Philippe, il s’agit d’un problème majeur car leur prise en charge est particulièrement complexe : chez l’enfant, il faut expliquer aux parents qu’il y a un problème, et chez l’adolescent, un suivi relativement rapproché est nécessaire pour s’assurer de sa compréhension et de sa motivation. « Il est grand temps d’augmenter l’activité physique des jeunes dans les écoles et de fournir une éducation approfondie sur l’alimentation et les repas sains. Il faut aussi encourager le sport, la sécurité des itinéraires cyclables et l’inclusion des familles, c’est tout », ajoute l’expert.

En Suisse, il existe plusieurs programmes visant à promouvoir une alimentation saine, l’activité physique et la mobilité douce. Elles débutent souvent au niveau cantonal, mais il n’est pas rare d’en voir certaines reprises et développées par d’autres cantons. Mais ils ne suffisent souvent pas à enrayer la montée du surpoids et de l’obésité, et de nouvelles mesures politiques pourraient aider les gens dans cette lutte. Sur le plan alimentaire, par exemple, la réglementation de l’industrie agro-alimentaire permettrait un certain contrôle sur la composition de leurs produits, notamment en ce qui concerne les sucres ajoutés. Une subvention aux produits sains et non transformés favoriserait leur accessibilité pour tous, tant géographiquement que financièrement. En matière d’activité physique, la refonte de certains environnements pourrait les rendre plus compatibles avec la mobilité douce et l’activité physique, et l’introduction de nouveaux programmes dans les écoles favoriserait l’activité physique et le mouvement dès le plus jeune âge. Enfin, la dernière réflexion pourrait porter sur la réglementation de la publicité des produits alimentaires, notamment pour les enfants.

2. Identifier ses fragilités personnelles

Des médicaments pour accélérer la perte de poids

On assiste aujourd’hui à l’arrivée de nouvelles molécules, les analogues du GLP-1, qui sont utilisées depuis dix-sept ans dans le traitement du diabète, mais provoquent une perte de poids inattendue.

Le GLP-1 est une hormone qui a pour effet de :

Maintenant, on constate qu’il ne suffit pas d’éliminer les kilos superflus, le poids sur la balance n’est que la pointe de l’iceberg. Sans oublier que les régimes sont contre-productifs à long terme. Les mécanismes à l’origine de la prise de poids sont souvent complexes et multifactoriels. Identifier les facteurs qui en sont responsables est une étape essentielle. Ceux-ci ne doivent pas être considérés séparément, car ils sont le plus souvent interdépendants. Par conséquent, il est nécessaire de s’intéresser au régime alimentaire, au comportement alimentaire, à l’activité physique, au mode de vie, aux émotions et à l’expérience d’une personne en surpoids ou obèse, car nous pourrons ainsi formuler un plan d’action personnalisé.

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Les centres d’obésité proposent ce type de prise en charge pluridisciplinaire grâce à la présence de médecins, psychologues, diététiciens, cardiologues, gastro-entérologues, chirurgiens, etc. à la situation de chaque patient », confirme le Pr Philippe. Différents axes thérapeutiques peuvent donc être orientés autour de l’hygiène de vie, de l’équilibre et de la nutrition, de l’activité physique, de l’éducation thérapeutique, de la psychothérapie, du traitement médicamenteux ou chirurgical. Pour une personne souffrant d’obésité, la question est de savoir si apprendre à faire face à l’obésité et mieux comprendre ce qui est en jeu pour qu’il déclenche une perte de poids.Renouer avec ses sensations fait partie de ce cheminement : réapprendre à écouter ses sensations de satiété permet d’éviter que la nourriture ne devienne un refuge.Parfois lorsque le mode de vie change style ne suffisent pas, une aide médicale ou même chirurgicale peut être nécessaire (voir cadre j).

Depuis quatre ans, le traitement Saxenda (liraglutide) est homologué en Suisse, avec lequel les patients perdent en moyenne 5 à 6 kg par an. Il en existe aujourd’hui un encore plus efficace : le sémaglutide, qui est disponible aux Etats-Unis pour le traitement de l’obésité à une dose maximale de 2,4 mg et permet une perte de poids moyenne de 17,5 kg en un an (également disponible en Suisse, mais si jusqu’à présent uniquement pour le traitement du diabète et avec une dose maximale de 1,0 mg), ainsi que du Mounjaro (tirzepatide), également un analogue du GLP-1 approuvé aux États-Unis et permettant de perdre en moyenne 20 kg par an. Ces traitements constituent une véritable révolution dans la prise en charge de l’obésité, réduisant ainsi les complications cardiovasculaires, les complications liées au diabète et la mortalité.

Delphine Chevalier, 50 ans: «Je ne baisse pas les bras»

« Quelque part vers l’âge de 13-14 ans, j’ai commencé à développer les fameuses « fesses », puis entre 20 et 27 ans, après la séparation, la séparation de mes parents et l’échec à l’entraînement, j’ai progressivement pris du poids. Je me suis mis une carapace car je devais trouver ma place et en même temps me protéger des influences extérieures. Le regard des autres est très difficile et destructeur. En 1998, j’ai atteint 95 kg et j’ai commencé un régime. J’ai perdu 18 kilos, mais ce n’était pas suffisant pour le médecin qui m’a suivi. J’ai commencé à jouir à nouveau en grande quantité de tout ce dont j’avais été privé. Non seulement j’ai repris le poids que j’avais perdu, mais j’ai fini par peser plus de 100 kilos. J’ai essayé d’autres régimes, mais je n’ai pas pu tenir longtemps. Certains des kilos perdus sont revenus très rapidement. A 40 ans, tout devenait un effort : me pencher pour lacer mes chaussures, lever les jambes pour enfiler un pantalon, marcher. J’ai eu une entorse après une entorse suivie d’une douleur à la jambe et d’une perte de sensation dans une cuisse.

En juin 2021, je me sentais prête à me faire soigner pour l’obésité. Au premier examen, on m’a dit que le poids que je veux atteindre est utopique et que la seule solution pour s’en approcher est la chirurgie. Je suis sorti complètement dévasté parce que je n’y étais pas préparé. Une deuxième demande a été faite ailleurs, un mois plus tard, mais a dû attendre plus de deux ans. Enfin, en mars 2022 à Estavayer, ma détresse a été entendue et je me suis sentie soutenue dans ma décision de ne pas opter pour la chirurgie. J’ai vite commencé l’aquastep (une activité sportive en piscine, une version aquatique du step, ndlr) et je dois dire que ça m’aide beaucoup, mais je n’ai que six mois de cours pour me donner un déclic psychologique sur l’importance d’activité physique. , selon le chirurgien. En septembre je vais devoir me retrouver seul et j’ai un profond sentiment d’abandon et d’injustice.

Aujourd’hui, je pèse 140 kg. Je me vois grosse, mais j’arrive à me dire que malgré tout, je suis belle, brillante et je m’aime exactement comme je suis. Obèse morbide, atteint de lipœdème et d’IA, j’ai l’impression que ma vie est un combat, mais je n’abandonne pas. »

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Pour en savoir plus : Sophie Davaris et Jacques Philippe, Je veux comprendre… Mon régime et ses effets, Éditions Planète Santé, 2019.

[1] https://www.rts.ch/info/suisse/12452281-le-covid19-a-pese-sur-le-tour-de-taille-des-suisses-ils-ont-pris-33-kg .html

[2] https://www.who.int/en/news-room/fact-sheets/detail/obesity-and-overweight

[3] https://www.who.int/en/news-room/fact-sheets/detail/obesity-and-overweight

[4] https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20163182

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Publié dans le numéro spécial de « Votre santé », La Côte/Le Nouvelliste, novembre 2022.