Qu’est-ce qui fait que le désir sexuel s’éteint?

C’est une vaste question, car le désir est un phénomène personnel, dépendant de nombreux facteurs, à la fois biologiques, psychiques, sociaux et relationnels. Il peut y avoir, en premier lieu, des causes liées à la santé physique (fatigue, manque d’activité physique, certaines maladies génétiques, conditions gynécologiques et/ou urologiques, maladies hormonales, neurologiques et infectieuses, voire maladies chroniques).

La prise de certains médicaments (notamment les antidépresseurs) peut également être à l’origine de troubles du désir, tout comme la consommation excessive de drogue ou d’alcool. Le stress, les troubles mentaux comme la dépression ou les troubles anxieux sont connus pour avoir des répercussions sur la libido, ainsi que le fait d’avoir vécu des expériences négatives dans le passé ou des traumatismes sexuels.

Des facteurs relationnels tels que la peur de l’engagement, les attentes négatives de la relation, un trop grand besoin sexuel du partenaire ou même un traitement contre l’infertilité peuvent également altérer la libido. La grande consommation des écrans est parfois accusée d’annihiler le désir. Plus que le téléphone lui-même, c’est le désintérêt de l’autre qui pose problème. « Quand on est focalisé sur un écran, on est ailleurs, ce qui nuit à la communication et à la construction de la relation », note le professeur Francesco Bianchi-Demicheli. Enfin, des études récentes suggèrent que le désir est régulé par une sorte de rythme circadien – comme le sommeil – qui ne dépend pas de la stimulation. « Dans certains couples, ces cycles sont très synchronisés, dans d’autres moins. »

La faute aux hormones?

Une des pistes pour comprendre les fluctuations du désir se situe du côté des hormones. Chez les hommes comme chez les femmes, la testostérone est l’une des hormones clés dans le déclenchement du désir et du comportement sexuels. En pleine explosion à l’adolescence, elle connaît alors différentes variations, notamment chez la femme, notamment avec l’ovulation ou la grossesse. Cette action des hormones sur la libido expliquerait aussi pourquoi certaines femmes prenant une pilule contraceptive constatent une diminution du désir.

Dès la pré-ménopause, le taux d’androgènes chute de façon importante, influençant le désir mais aussi la physiologie, avec parfois une sécheresse vaginale. « Environ 2 femmes pré-ménopausées sur 3 ont alors une activité sexuelle réduite, note le spécialiste. Chez l’homme, l’andropause est plus progressive et l’impact sur le désir sexuel n’est observé qu’aux alentours de 60-70 ans.

L’androgénothérapie, qui consiste à administrer de la testostérone par voie intraveineuse, des patchs ou de la crème, peut être proposée, mais uniquement dans des situations précises, par exemple chez les femmes ménopausées si la baisse de libido est due à un changement hormonal. Mais il comporte un risque d’effets secondaires (maladies cardiovasculaires, atteintes hépatiques et rénales, tumeurs, etc.) et des contre-indications.

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Le désir «hypoactif», c’est quoi?

Il existe différents types de troubles de la libido : le trouble primaire, lorsque le désir sexuel a toujours été faible ou absent. Le trouble secondaire, quant à lui, correspond à un désir qui était présent, mais qui a diminué ou disparu progressivement ou brutalement. En cas de trouble situationnel, le désir est faible ou absent dans certaines situations, par exemple lorsque les enfants dorment dans la chambre voisine. Enfin, le trouble généralisé apparaît dans n’importe quelle situation et indépendamment du partenaire.

Bien sûr, certaines personnes ne souffrent pas de cette baisse de désir sexuel. Mais si elle provoque des souffrances psychologiques individuelles et/ou au sein du couple, « il est alors important d’essayer de trouver des solutions avec un médecin ou un spécialiste des problématiques de sexologie aux compétences reconnues », conseille le professeur Bianchi-Demicheli.

La libido peut-elle revenir?

La première chose à dire, c’est qu’il n’y a pas de recette miracle pour retrouver le désir et « se forcer » à avoir des relations sexuelles n’est pas une bonne idée. « Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise fréquence des rapports sexuels. Certains couples ont peu de rapports sexuels, mais de très bonne qualité, explique le spécialiste. Quand une relation est désexualisée, il est difficile de revenir en arrière. Mais parfois le désir qui s’est éteint va se rallumer ailleurs… ». Si les troubles durent depuis plusieurs mois, il est conseillé de consulter au préalable un médecin généraliste ou un gynécologue, qui discutera du contexte social, familial et psychologique, et pourra proposer un bilan de santé général pour déterminer l’origine du problème ( psychologique, physiologique, hormonal) et éventuellement la traiter. Si nécessaire, il orientera le patient vers un spécialiste en médecine sexuelle et en sexologie.

Ces thérapies sexuelles peuvent aider à éliminer certains comportements, peurs, tabous ou problèmes de communication dans le couple. « Le désir est une création continue, c’est un travail quotidien, sur soi et face à l’autre, conclut le professeur Bianchi-Demicheli. Ce n’est pas réductible à la biologie pure, c’est bien plus complexe que ça.

À savoir

La sexualité est un domaine riche et complexe. Certains de ses mécanismes restent inconnus. Beaucoup d’hommes et de femmes ignorent encore la physiologie et le fonctionnement même de leur sexualité, et ne connaissent pas les multiples voies menant au plaisir. Et il en va de même pour les troubles sexuels et le désir, qui sont plus nombreux qu’on ne le pense.

« Je veux comprendre… ma sexualité (Homme) » et « Je veux comprendre… ma sexualité (Femme) », éditions Planète Santé.

Publié dans L’Illustré le 19/08/2020.