La CGT Cheminots et SUD-Rail ont proposé ce mardi une grève reconductible « dès mi-février » à la SNCF si le Gouvernement ne retire pas son projet de réforme des retraites, avec une première étape les 7 et 8 février. C’est une grève « dans l’intérêt des usagers », affirme l’invité du 6-9 France Bleu Isère ce mercredi 25 janvier, Franck Boyer, représentant de la CGT-cheminots de Grenoble.

France Bleu Isère – Demander une journée de mobilisation le mardi 31 janvier. Quelle mobilisation attendez-vous pour ces trois jours de grève ?

Franck Boyer – Evidemment on s’attend à la plus grande mobilisation possible, au moins à la hauteur de celle du 19 janvier.

Alors aujourd’hui, d’autres dates n’ont pas encore été formellement décidées, ce seront des propositions qui seront faites à l’AG des chemins de fer et qui doivent encore être validées. Il est important que nous conservions une certaine souplesse, selon ce qui sera décidé au niveau intersyndical, et éventuellement un mouvement renouvelable en février.

Et qui, donc, pourrait interrompre les vacances de février. Je me suis mis sur le site des utilisateurs, il y a eu des grèves à Noël, grèves encore annoncées pour les vacances de février. Y aura-t-il des grèves à chaque vacances scolaires ?

Au-delà des utilisateurs, on parle des vacanciers. Personnellement, je veillerai à ne pas mettre sur le même pied les implications du projet de réforme des retraites et l’injustice de ce système de réforme par rapport à l’envie de voyager, de skier… Je pense que nous sommes sûrs de deux enjeux qui sont d’amplitude très différente. A vrai dire, je ne pense pas que la priorité en ce moment soit de sécuriser les envies de ski de quelques familles parisiennes qui ont les moyens d’y accéder.

Mais les utilisateurs, êtes-vous à l’écoute ? qu’est-ce que tu dis

Nous sommes toujours à leur écoute et, de fait, nous nous mobilisons aussi pour eux. On voit clairement que l’offre ferroviaire étant dans une phase de contraction, il y a une aggravation des conditions de transport, des défauts matériels, etc. Donc, somme toute, en fait, on revient à la question du financement, qu’il s’agisse de la protection sociale ou du transport ferroviaire. Donc, en fait, si nous nous organisons, ce n’est pas justement pour défendre nos petits intérêts, c’est au contraire pour favoriser une extension du transport ferroviaire. Ainsi, les utilisateurs travaillent également dans leur intérêt.

Ces jours de grève renouvelables sont-ils vraiment efficaces ? Pensons par exemple aux grèves en 2019, elles ont ralenti pendant plusieurs mois à la SNCF. Au final, tu n’as pas gagné ton procès. Qu’est-ce qui vous fait dire que cette fois serait différente ?

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Mais il n’y a aucun moyen qui, a priori, garantisse la fin d’un mouvement social. Il existe différentes formes. Il y a eu des victoires, des défaites dans différents cas, ce n’est pas l’essentiel. Il nous semble que face à la mobilisation du 19 janvier, il nous incombe de fournir une forme d’organisation et des modalités de participation à ce mouvement pour obtenir le retrait de ce projet de réforme. On peut craindre que des journées isolées de mobilisation et des grèves à intervalles hebdomadaires, par exemple, ne soient insuffisantes ou conduisent à une sorte de routine dans l’organisation de ce mouvement. Et je pense que le gouvernement s’attend probablement à ce qu’il y ait une baisse de la participation et qu’ils finissent par en arriver à une conclusion de démission.

Alors, faut-il durcir le mouvement ?

Oui, nous pensons qu’il doit s’inscrire dans une dynamique qui permette, justement, d’exploiter cette participation du 19 janvier. Je voudrais aussi revenir là-dessus, il y a eu une très forte affluence et mobilisation en gare de Grenoble, zéro train la journée. Je n’ai jamais vu un mouvement de grève aussi soutenu avec zéro train pendant toute une journée. Et puis il y a deux autres choses très importantes. D’abord, qui participait à ces cortèges ? Des gens qui, de manière habituelle, sont plus éloignés des phénomènes de grèves et de mobilisations, cela nous a interpellés. Et l’autre point, ce sont les lieux de mobilisation : dans les petites villes qui n’avaient jamais vu de rassemblements de ce type. Cela signifie qu’il y a une profondeur dans le corps social du rejet de cette réforme.

Ce rejet est motivé par deux réalités qui se heurtent dans notre pays : l’appauvrissement des classes populaires et l’enrichissement extrême d’une poignée des 500 familles les plus riches de France qui ont multiplié leur patrimoine par cinq en dix ans, dans un contexte où, sur au contraire, les classes populaires et les classes moyennes sont confrontées à des situations d’inflation. C’est devant eux que ce projet est complètement injuste, malgré les mensonges répétés du gouvernement sur le sujet, il va faire travailler plus longtemps les personnes les plus touchées physiquement par leur travail.

La réforme n’affectera pas le régime spécial de la SNCF, déjà supprimé pour les nouveaux salariés de la SNCF…