Qu’est-ce qu’une conversation spirituelle ?

Annick Bonnefond : C’est une conversation humble, profonde et bienveillante, qui a la particularité de s’ouvrir à la présence de l’Esprit Saint. Il s’inspire des Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyola. Le dialogue se pratique à deux ou plusieurs personnes dans un contexte chrétien, amical, familial ou professionnel. Cet échange est basé sur la conviction que le Saint-Esprit est donné à chacun par au moins un des participants ; et que son écoute est à la fois intérieure (nous prions l’esprit de nous inspirer) et regardant la parole de l’autre. Cela implique une certaine manière d’écouter et de parler.

Quelle est la tâche de l’écoute?

A. B. : Avant tout, Santiago nous rappelle : « Sachez ceci, chers frères : que chacun soit prompt à écouter, lent à parler » (St 1,19). La véritable écoute est un chemin exigeant. Cela demande une attention totale – prêter attention à ce qui est dit et à la manière dont cela est dit – sans être distrait par ce à quoi on aimerait répondre, en laissant de côté les hypothèses et les jugements ; et croire que ce que l’autre me donne, à ce moment-là, est précieux. C’est « sauver la proposition » du voisin, comme dit saint Ignace de Loyola, sans le mettre sur un piédestal.

A. B. : C’est une parole personnelle (indiquée par un « je », et non par un « nous »), pleine de liberté, de vérité et de courage. Il est lourd et pensif. C’est un mot qui vient du partage d’expérience.

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Quel est le but d’une conversation de groupe spirituelle ?

A. B. : Prendre une décision, partagée par tous les participants. Nous considérons le groupe comme son propre sujet, avec une histoire qui est relue pour reconnaître la présence et l’action de Dieu. L’écoute est double : de Dieu et de la vie ordinaire.

Avez-vous des exemples de discernement communautaire ?

A. B. : Oui, elles sont très variées : l’accompagnement d’une colocataire étudiante ou l’assemblée mondiale de la Communauté de Vie Chrétienne à Buenos Aires en 2018, qui apporterait de nouvelles orientations ; la fusion de deux congrégations religieuses ou la création d’une association de laïcs, imaginées par une dizaine de femmes d’origines et de profils très différents. Autre cas marquant : la retraite, rassemblant une dizaine de personnes, rescapés du génocide rwandais, qui choisissent de se mettre au service du peuple traumatisé.

Quels avantages avez-vous vu?

A. B. : Parmi les participants, il y a un « self-exit » : si une meilleure idée se présente, nous sommes prêts à quitter notre position. « Je » et « tu » vont ensemble dans « nous », une dimension souvent oubliée dans notre société individualiste. Face aux enjeux de gouvernance et de pouvoir, je me souviens de cette communauté qui a mis du temps à désamorcer les tensions. La redécouverte de leurs valeurs profondes a permis la croissance de la solidarité entre les participants et une décision unanime.

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