Publié le 17 janvier 2020 à 01:14 Mis à jour le 24 janvier 2020 à 09:47

C’est une de ces journées grises et pluvieuses pour lesquelles Londres a, injustement, mauvaise réputation. Une quinzaine de jeunes, majoritairement français, sont réunis sous la magnifique coupole du British Museum. Ce qui les attend n’est pas une visite classique du plus célèbre des musées britanniques, mais un cours d’anglais ! Armés d’un petit carnet, ils suivent leur professeur, Jonathan, jusqu’à l’artefact le plus célèbre du British Museum : la pierre de Rosette. C’est là qu’ils trouveront les réponses aux questions posées dans leur livret sur ce fragment de stèle qui permit à Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes. « Le but, c’est qu’ils trouvent l’information sur les panneaux, la lisent, la comprennent et la reformulent pour répondre aux questions », explique Jonathan, qui saute de l’un à l’autre pour les aider avec un mot ou une expression qu’ils ne connaissent pas. t sais comprendre.

Une offre élargie

Arrivés la veille à Londres, ces jeunes ont opté pour ce séjour CLC qui alterne cours de mise en situation dans les musées le matin et excursions dans des lieux emblématiques de la capitale britannique l’après-midi – London Eye, Camden Town, Covent Garden, etc. Justine, qui en est à son troisième séjour dans la langue, a été séduite par l’idée de perfectionner son anglais à travers l’art et l’histoire. « Je suis en terminale littéraire et je voulais améliorer mon niveau avant le lycée.

C’est le séjour qui m’a le plus tenté car j’aime les arts », raconte la jeune fille de 17 ans, à quelques mètres de la pierre de Rosette. Jade et Anaïs, deux amies de 14 ans, étaient particulièrement attirées par la perspective de ne pas être enfermées dans une salle de classe. « On va dans les musées, on découvre la ville et on se promène au lieu d’être assis en classe », raconte Anaïs, ravie. L’offre de séjours linguistiques s’est fortement enrichie ces dernières années, notamment pour répondre aux nouvelles attentes des jeunes.

Escape game

« Avec la démocratisation des voyages, le simple fait de partir à l’étranger en famille ne suffit plus », souligne Marie-Josée Rodriguez, directrice générale adjointe du Go & Live, leader des séjours linguistiques en France avec les marques CLC et Nacel. « Les jeunes n’ont pas envie de s’ennuyer, ils aiment que ce soit dynamique, qu’il y ait des activités à la mode comme les escape games et ils préfèrent les cours en petits groupes ou en situation plutôt que de se retrouver à 15 dans une classe », explique-t-il. professionnelle , qui travaille dans l’industrie depuis trente-cinq ans.

Des séjours dès 3 ans…

« Les séjours qui combinent cours classiques en langues et écoles multi-activités perdent quelque peu du terrain au profit de formules plus spécifiques », constate Sabine Bonnaud, déléguée générale de l’Union nationale des organisations de séjours pédagogiques, linguistiques et de formation linguistique (Unosel). Les fans d’Harry Potter trouveront ainsi des formules thématiques autour du petit sorcier, les futurs développeurs pourront recourir à des séjours mêlant langage et apprentissage du code et les sportifs choisiront un « summer camp » autour de leur sport favori.

L’amélioration significative du niveau d’anglais – la langue la plus demandée – est un autre facteur d’évolution des formules. « Il y a des séjours très intensifs qui s’adressent surtout aux jeunes qui ont déjà une très bonne maîtrise de l’anglais », explique Sabine Bonnaud.

Séjour en famille

Cette augmentation du niveau d’anglais s’explique en partie par le fait que l’apprentissage commence de plus en plus tôt à l’école. Les organisateurs de séjours linguistiques ont également embrassé cette tendance en offrant la possibilité de partir en famille, avec des enfants dès 3 ans… C’est le cas de La Route des Langues, qui a voulu « répondre aux attentes des parents de des jeunes des enfants qui veulent les envoyer en séjour linguistique mais qui veulent les rencontrer seuls à l’étranger », explique Lorène de Vaulx, responsable marketing et communication. Inès est partie dans cet organisme avec sa mère à l’été 2018, puis avec elle père l’été dernier à Moreton Hall, un campus de 40 acres au sud de Liverpool. »Nous voulions passer du temps avec notre fille pendant les vacances et elle était plus détendue de ne pas y aller seule », raconte son père, Fouad.

Toujours parler anglais

Ce type de séjour est aussi l’occasion pour les parents de travailler leur anglais. « Ma femme avait besoin de se développer professionnellement. Pour ma part, j’ai commencé ma carrière dans un milieu anglophone mais depuis je n’avais pas eu beaucoup d’occasions de pratiquer, alors j’ai eu envie de faire un petit renfort », explique Fouad, Directeur des Systèmes d’Information d’une banque en ligne. Lui et ses fille avait des cours par elle-même et se réunissait pour les repas et lors des visites familiales.

« La règle était de toujours parler anglais quand il y avait quelqu’un d’autre avec nous et très vite on s’est retrouvés à parler anglais spontanément quand on n’était que nous deux », se souvient-il en riant. Si le Royaume-Uni reste de loin le premier pays d’accueil pour les séjours linguistiques, d’autres destinations se développent. « Les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud ont de plus en plus de succès pour les longs séjours », note Sabine Bonnaud.

Attention au coût

Évidemment, quand on va aussi loin, mieux vaut rester quelques semaines. Une longue immersion qui garantit, en principe, de plus grands progrès dans la langue mais dont le coût est plus élevé. « Quand on fait des sondages, l’Australie fait partie des pays les plus attractifs, mais le budget n’est pas le même que pour un séjour en Angleterre », souligne Marie-Josée Rodriguez. En effet, il faut compter plusieurs milliers d’euros pour trois ou quatre semaines.

Autre destination de plus en plus attractive : la France ! « Ces dernières années, le séjour en France a beaucoup augmenté », explique Sabine Bonnaud. Il est parfois plus rassurant de ne pas envoyer son enfant très loin, notamment pour un premier séjour, et le coût peut être moindre par rapport à des séjours équivalents à l’étranger. Différentes formules ont été développées, du « Village américain » de Nacel, qui propose depuis vingt-cinq ans une immersion 100% américaine, à des offres « one-to-one » avec un professeur d’anglais qui vit avec sa famille en France.

À Lire  Voyage France - Tunisie : Tunisair lance la "super promo"

En formule one-to-one

C’est ainsi que Cyprien s’en est sorti à seulement 100 kilomètres de chez lui. « Mes parents m’ont dit : ‘Pour la première fois, tu n’iras pas loin, tu vas apprendre l’anglais en Dordogne' », raconte-t-il. Il a été accueilli par Claire et Kevin, qui travaillent avec l’organisme Anglais en France, pendant les vacances de la Toussaint en 2018. Il l’a tellement aimé qu’il est revenu en 2019, pour une semaine en été et une autre à Toussaint. « C’est l’occasion de venir ici et d’apprendre l’anglais dans ces conditions. Je suis en immersion totale, il n’y a que des maisons anglaises dans cette petite ville. Parfois je fais même la traduction pour des Français qui ne parlent pas anglais ! un point de fierté

Piscine, badmington…

Pendant une semaine, Cyprien vit au rythme de sa famille d’accueil, partageant les repas avec eux, profitant de leur grand jardin avec piscine, terrain de badminton, trampoline et Pitch & Putt, ainsi que des sites touristiques en Dordogne. « Je donne un cours formel par jour, le matin ou l’après-midi selon la météo, puis on fait des activités sportives ou culturelles. Quand on va visiter le château fort de Beynac, je dis que les Anglais n’ont jamais réussi à le conquérir pendant la guerre de Cent Ans, qui est toujours très réussie », s’amuse Claire. Depuis plus de deux ans, elle et son mari reçoivent des jeunes qui souhaitent améliorer leur anglais et ils s’adaptent à chaque fois au niveau, aux objectifs et aux souhaits de leur élève.

Comment choisir  ?

« Ce type de formule individuelle s’adresse aux jeunes dès la 6e, étudiants et adultes, mais c’est une démarche particulière qui ne correspond pas à tout le monde », précise Jennifer Laur, responsable d’Anglais en France, qui travaille avec plus d’une vingtaine Familles anglaises qui vivent dans le sud-ouest de la France. Certains enfants préfèrent partir en groupe, avec d’autres jeunes de leur âge, plutôt que d’être tout le temps immergés dans une famille. « L’avantage du one-to-one, c’est que vous bénéficiez d’un séjour sur-mesure », poursuit Jennifer Laur, soulignant que la personnalisation est une tendance importante dans le secteur du tourisme.

Ecouter les désirs

Au final, l’offre de séjours linguistiques est devenue si variée que chacun peut facilement trouver son bonheur. Mais comment prendre la bonne décision ? Le premier conseil qui ressort systématiquement de tous les professionnels du secteur est de ne pas forcer votre enfant. « Il faut écouter les souhaits de l’enfant. Un jeune qui part à contrecœur ne profitera pas au maximum de son séjour », prévient Carole Richard-Leparoux, chargée de projet à L’Office, qui certifie les organisateurs de séjours linguistiques et éducatifs. leur âge, l’enfant doit être impliqué et avoir envie de partir. Pour cela, il est souhaitable de lui proposer différentes possibilités et de l’impliquer dans le choix du séjour », ajoute Sabine Bonnaud.

Impliquer l’enfant

Ensuite, il est important de déterminer clairement ce que l’on attend du voyage. « Est-ce un séjour de découverte pour partir une première fois sans ses parents et devenir indépendant, ou y a-t-il un grand besoin de progression linguistique ? Bien définir l’objectif est important et facilitera les échanges avec les organismes », souligne le délégué général de ‘Unosel Avoir des attentes claires vous permet de définir les critères du séjour que vous recherchez : budget, destination, durée et type de forfait.

« Pour les longs séjours de plus de trois mois, mieux vaut prévoir six ou dix mois à l’avance. Pour les courts séjours, il est possible de consulter jusqu’en juin pour partir en juillet, même s’il est toujours préférable de se préparer à l’avance », conseille Carole Richard-Leparoux. La progression dans la langue étrangère dépend de la formule choisie, de la durée du séjour mais aussi de l’implication de l’enfant. « Plus le séjour est long, plus il est profitable en termes de progression linguistique.

Soft skills

L’immersion favorise aussi le progrès et c’est pourquoi l’un de nos critères d’attribution de notre sceau est de n’avoir qu’un seul francophone par famille d’accueil », explique le chargé de projet à L’Office. Souvent, les séjours linguistiques permettent de lever des freins à l’expression orale et sont donc très complémentaires aux cours suivis pendant l’année scolaire. « Ses notes se sont améliorées, mais surtout ça lui a donné le déclic pour parler en anglais », observe Martine, la mère de Cyprien.

« Les bénéfices d’un séjour linguistique ne se limitent pas aux progrès linguistiques, précise Sabine Bonnaud. Lorsqu’ils partent dans un nouvel environnement, les jeunes doivent s’adapter, être réactifs et socialiser avec des étrangers dans une langue étrangère. Ils développent ainsi leur autonomie et de nombreuses « soft skills », ces compétences humaines et relationnelles si valorisées aujourd’hui. « J’ai été surpris par leur aisance et leur confiance en fin de séjour », témoigne Fouad, le père d’Inès. À l’aéroport, il parlait anglais avec tout le monde. Il est vraiment sorti de sa zone de confort. « Et, cerise sur le gâteau, il a réussi à intégrer une célèbre école bilingue parisienne en début d’année.

Bien choisir son organisme

En France, deux structures, Unosel et L’Office, labellisent les organisateurs de séjours linguistiques et pédagogiques, garantissant ainsi leur professionnalisme et leur engagement dans une démarche qualité. Actuellement, soixante-deux organisations sont labellisées par Unosel, 38 par L’Office. Sur leur site internet, L’Office et Unosel proposent de chercher parmi leurs organismes tagués pour trouver ceux qui correspondent le mieux au séjour demandé selon différents critères : âge, langue, destination, durée… www.unosel.orgwww. loffice.org/trouvez-votre-sejour/ Chaque année, depuis 2012, L’Office organise le Salon des séjours linguistiques et des voyages scolaires au Lycée Henri IV, à Paris. Une journée durant laquelle il est possible de faire connaissance directement avec les organisations taguées et d’assister à des conférences thématiques. Cette année, il aura lieu le samedi 7 mars.

Le Royaume-Uni toujours en tête

La principale destination reste le Royaume-Uni, qui représente 65% des séjours linguistiques des organismes labellisés Unosel et 51% de ceux des organisations labellisées Office. Les États-Unis sont la deuxième destination de L’Office (23%), suivis de l’Irlande (10%). Dans l’Unosel, la France occupe la deuxième place (8 %), tandis que l’Amérique du Nord (États-Unis et Canada anglophone) et Malte se partagent la troisième place du podium (7 % chacun). Les organismes tagués par L’Office et Unosel ont envoyé respectivement 20 200 et 53 000 personnes en 2018. 60 % des participants aux séjours linguistiques ont opté pour des séjours courts de moins de trois mois, précisés, à The Office. La langue de Shakespeare est de loin majoritaire : l’anglais représente 93% des séjours linguistiques des jeunes à l’Unosel.