QUESTION – Lors de la célébration de la journée internationale des personnes handicapées, Annette Masson, responsable du pôle Tourisme & Des personnes handicapées nous font part de leurs inquiétudes face au manque d’accès à certaines destinations touristiques, notamment la France.

Marcher, visiter un musée, séjourner à l’hôtel… Pour les personnes à mobilité réduite ou souffrant de troubles de la pensée, de la vue ou de l’ouïe, ces activités courantes peuvent être un frein à la marche. Des problèmes qui sont loin d’être d’actualité, alors que près de 10 millions de Français sont inquiets. Pour la Journée internationale des personnes handicapées, le 3 décembre, Annette Masson, responsable Tourisme & Handicap, qui a été créé en 2001 à l’initiative du Ministère du Tourisme et des organismes, revient avec nous sur divers sujets liés au voyage. Entre infrastructure inadaptée et personnel pas toujours formé.

LE FIGARO. – Quels sont les principaux problèmes rencontrés lors d’un voyage avec un handicapé ?

Annette MASSON – La principale chose qui reste est le transport. En avion, de nombreux voyageurs à mobilité réduite font encore l’étrange expérience de trouver un fauteuil roulant à leur descente d’avion. Certes, les compagnies aériennes sont conscientes des efforts à fournir et sont prêtes à discuter, mais il reste encore un long chemin à parcourir pour améliorer la prise en charge des personnes handicapées. Nous voulons que des caisses de transport adéquates soient mises dans l’avion pour réduire les risques de casse. Côté ferroviaire, la situation de maintenance est très limitée, avec la nécessité de réserver au moins 24 ou 48 heures à l’avance. De plus, ces services d’aide sont souvent fournis par du personnel qui n’est pas familiarisé avec ces questions. En fait, les fauteuils roulants sont parfois considérés comme une simple marchandise. Après le train et l’avion, toute la difficulté est d’assurer l’enchaînement des déplacements sans rupture. Cela varie du transport aux activités touristiques en passant par les visites ou les transferts. Une grève des transports, un ascenseur en panne ou un taxi non adapté aux PMR (personnes à mobilité réduite, ndlr) suffisent à stabiliser la séance. Cependant, si un voyageur valide doit faire face à un imprévu, sachez que la difficulté est décuplé pour les passagers en situation de handicap.

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Quelle est votre appréciation de la situation en France ?

En France, nous sommes en milieu de peloton. Cependant, il y a du progrès. Avant cela, il faut pousser les portes professionnelles et insister sur la question de l’accès. Aujourd’hui, ce sont eux qui viennent nous voir pour se corriger. La loi n’oblige pas les propriétaires d’hébergements touristiques ou de petites chambres d’hôtes à aménager l’hébergement, tant qu’il s’agit d’un lieu privé. Cependant, ils font plus d’efforts que les autres hôteliers.

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Les grands événements sportifs à venir, comme les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, qu’attendez-vous des professionnels du tourisme et des gouvernements ?

Je suis préoccupé par le retard de la France à y accéder. Pour certains événements, si vous devez vous y rendre en métro, cela se termine pour les personnes en fauteuil roulant. Espérons que les autobus et autres moyens de transport terrestre seront là. En matière d’hébergement, très peu d’hôtels disposent de chambres standards. S’il y a trop de demandes, nous ne pourrons peut-être pas y répondre. Tous ces défauts n’incitent pas ces visiteurs à rester quelques jours pour faire du tourisme.

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Selon vous, quels sont les domaines les plus avancés en termes d’accès ? Et à l’inverse, qui sont les mauvais élèves ?

Les pays nordiques sont exemplaires parce qu’ils ont intégré l’accès mondial dans toutes leurs activités de développement. Les États-Unis et le Canada se démarquent, quant à eux, avec des infrastructures adaptées aux personnes handicapées, même si elles sont moins performantes pour les autres. En France, j’ai mis en avant l’initiative du département de l’Hérault qui a lancé son application Hérault Mobilité. C’est un carnet de voyage numérique riche en adresses et itinéraires. Les Charentes (qui représentent la Charente et la Charente-Maritime, NDLR), les villes de Toulouse ou Bordeaux, disposent d’un bon réseau de transports en commun. En revanche, l’Île-de-France et, en particulier, Paris sont tristement en retard, notamment en matière de transports en commun (métro et RER). Les personnes à mobilité réduite ne peuvent compter que sur les autobus et les autocars lorsqu’elles utilisent les routes avec les limitations des autres véhicules.

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Avez-vous des conseils pour les voyageurs en situation de handicap ?

Passer par une agence de voyage peut être une option pour avoir l’esprit tranquille, mais c’est loin d’être obligatoire. Dans le cas où vous planifiez votre séjour, vous devez trouver autant que possible chaque endroit visité. Par exemple, c’est une bonne idée de contacter le directeur de l’hôtel pour lui demander des photos des lieux. Des détails sont requis, tels que la largeur de la porte ou la pente jusqu’à la rampe d’accès. Les mentions « appartements accessibles » ou « chambres PMR » affichées sur les offres de location ou les sites internet des hôtels sont souvent inexactes et dénaturent la réalité des personnes en situation de handicap. compte tenu du désir d’autonomie, aussi important soit-il. C’est pourquoi nous avons créé une carte interactive de 4000 destinations touristiques avec « Tourisme & Handicap » (hôtels, musées, offices de tourisme, etc.) qui garantit les bons endroits et au moins deux handicaps (entendre, penser, bouger et voir) .