Après trois ans à Sauve, les Culottes de Charlotte retournent dans leur atelier de la rue Croix à Lasalle. L’univers coloré et engagé de Charlotte Piereschi s’enrichit de boxers pour hommes – ou femmes d’ailleurs – de bikinis et de maillots de bain, gardant des modèles de culottes hautes ou basses d’époque, ainsi que ses soutiens-gorge doubles et robes. . En ce moment, elle travaille surtout du côté des culottes afin d’apporter avec elle les reçus des défilés de mode d’avant Noël.

Une reconversion professionnelle qui aurait pu tourner court : remise sur les rails en 2019, la petite entreprise de Charlotte Piereschi a dû affronter la pandémie de Covid sans aide, puisqu’elle ne pouvait justifier aucune évaluation préalable. Mais architecte paysagiste DPLG, Charlotte est arrivée au bout de l’expérience, ne regrettant pas ses études au potager royal de Versailles et son master d’urbanisme. Originaire de Corse, elle s’est un jour arrêtée devant les marronniers de Lasalle, pour s’y installer comme urbaniste. « Je travaillais environ 55 heures par semaine, avec des allers-retours quotidiens entre Montpellier et Bruxelles, par exemple. C’était super, mais une série de réunions, la signature de marchés publics, la défense de vos projets… on aimerait un peu plus d’humanité là-dedans. »

« J’ai tout arrêté »

Un deuil sévère et la fin de son contrat lasallien mettent Charlotte Piereschi sur la voie d’une réflexion radicale. « J’ai tout arrêté. J’ai ouvert une boutique de recyclage textile, qui était une mercerie, dépôt-vente, acceptant des créateurs, afin de trouver des invendus et ainsi avoir accès à des créations à des prix très abordables. Charlotte remet tout en question, « pratique la permaculture », conçoit des sites Web pour les locaux, et vend des chocolats et de la littérature sur la route. Bref, il se lance sans vraiment s’attacher à une activité. De quoi s’enrichir en interne, personnellement, sans pouvoir créer son propre modèle économique.

C’est l’incubateur montpelliérain Context’Art qui va aider Charlotte à mêler ses envies et ses rêves au possible. « Il y avait trop de dispersion », explique Charlotte. Au bout d’un an, j’ai commencé à confectionner des robes modulables, selon l’humeur et les envies de la femme qui les porte. Le projet Culottes est sorti après deux ans. Charlotte commence à travailler le jersey, à la recherche d’une matière plus naturelle. En couture, elle s’est formée au travail de l’élastique, « ce qui demande des connaissances. Celui qui m’a formé avait un ensemble de sous-vêtements. Je me suis dit, « je m’appelle Charlotte, j’ai besoin de faire des culottes ». Si la comptine est servie sur un plateau, il reste à lui donner un sens.

Un projet haut en couleurs et en valeurs

Le projet est coloré, dans tous les sens du terme. Et Charlotte ne tarde pas à confirmer son succès. « Je suis allé au salon de Lodève, je suis revenu bredouille. Rien de mieux qu’un premier test de business plan à l’échelle des Cévennes. Bien plus, désormais, avec la boutique en ligne, les couleurs chatoyantes de sa robe et la vision « normale » de ses modèles amateurs. Et surtout, la sélection de son offre : « J’ai quatre modèles de culottes, liés au cycle féminin. « Un cycle d’environ 7 jours chacun, où la production d’hormones, ou son arrêt, rend une femme plus créative, plus introspective, plus sensible ou parfois excentrique. Les modèles portent ainsi, selon le moment du cycle, les noms Intuitif, Aventurier, Coquette ou Chamboul’tou. « Ce sont des phases qui existent, en fonction de la production d’oestrogènes, de progestérone, mais sans nous dire ce qui se passe dans notre corps. »

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Car les produits Charlotte sont aussi résolument féministes, tentant d’éloigner les femmes des interdits corporels habituels, contribuant à leur bien-être et à leur liberté de mouvement. Jusqu’au pantalon règle qui propose des empiècements absorbants modifiables selon le flux et une forme de ceinture à porter sous ou sur le pantalon. Des slips non élastiques (c’est-à-dire qui ne glissent pas), ajustables, souvent réversibles et « absolument confortables ». La dentelle c’est plus pour le look, le coton pour le confort. » Plus que féministe, Charlotte préfère utiliser le terme « humanisme » : « On n’est plus dans le féminisme des années 60, où il s’agissait d’acquérir des droits. On est dans la force C’est en train de changer lentement, mais les filles sont encore photoshoppées sur les photos… »

En cours de route, Charlotte a entendu les conjoints des porteurs de culottes se lamenter sur leur sort et s’est associée à Fanny Boix-Sabata pour créer une ligne de culottes ou de maillots de bain de Léon. Elle vient également de recevoir le label Artisan d’art, qui certifie l’authenticité de ses produits, pour lesquels elle assure apparemment le service après-vente si nécessaire. Il se plie également sur commande. Avec un objectif en tête, à long terme : réussir à tout produire en Cévennes. Les fibres de bambou ou de chanvre pourraient être une idée. Mais alors il faudra adoucir ces matières brutes.

« J’ai un univers qui parle aux gens », s’est vite rendu compte de Charlotte, qui ne se voit clairement pas revenir à 55 heures par semaine de réunions enchaînées. Distribuées via son site et dans quelques magasins locaux, ses culottes sont peu diffusées dans son atelier de Lasalle. Ou il faut d’abord la contacter pour la retrouver à coup sûr (*). Sinon, il continue avec son package design, qu’il ira vendre au salon des artisans-créateurs de Lodève, entre le 24 et le 27 novembre, puis à Grenoble, dans le hall d’exposition, du 30 novembre au 4 décembre. Elle organise également un défilé au musée de la soie de Saint-Hippolyte-du-Fort le 10 décembre. De quoi se faire une idée sur les modèles avant de s’offrir un cadeau de Noël.

francois.desmeuresd@objectivegard.com

(*) La Culotte de Charlotte est visible au magasin La Bicyclette à Nîmes ; dans la boutique de créateurs Le Perroquet zébré, à Sommières, qui compte trois créateurs lasallois sur douze ; dans une boutique à Olargues, dans l’Hérault. Pour l’atelier lasallien, appelez le 06 59 82 76 12. www.lesculottesdecharlotte.com