Si #MeToo est une révolution, une promesse de progrès, d’égalité et de libération, on entend souvent (surtout en ce moment) qu’un rendez-vous avec la loi l’arrêtera. Pourquoi le respect de la dignité, l’égalité entre les femmes et les hommes, et l’objectif de mettre fin aux violences sexistes et sexuelles nécessairement limités par des questions de preuves, de procédures, de recherche et… de présomption d’innocence ? Sans ignorer les difficultés, la réponse doit être : non, mille fois non, surtout parce que nous savons que la plus grande difficulté est d’agir. C’est dans ce contexte que la leçon qui vient de nous être donnée devant la cour d’appel de Paris par une jeune femme qui ose être en face est comparable à l’isolement qu’elle a vécu dans son entreprise. Embauché dans le club « libertin » de la capitale comme ouvrier polyvalent (service à la consommation, nettoyage, etc.) jusqu’à la rupture de son contrat de travail (rupture de contrat de sa propre initiative), il a vécu l’enfer pendant deux ans. Selon son employeur, en raison des activités de l’établissement, elle est nécessairement obligée de répondre favorablement aux demandes sexuelles des clients, des membres de l’équipe, ainsi qu’à elle-même. Son quotidien est marqué par des violences continues allant des insultes aux agressions sexuelles, en passant par les tentatives de viols.

A ses exigences de juste exécution de son contrat de travail ainsi qu’à son récit, l’employeur a répondu en banalisant et en favorisant la sexualisation de la relation de travail. Heureusement, la cour d’appel de Paris, après les prud’hommes, a reconnu l’existence du harcèlement sexuel, des manquements aux obligations de sécurité, de la légitimité de prendre des notes dès la rupture du contrat de travail, ainsi que des demandes de salaire et de dommages et intérêts. Encore une fois, on ne saurait assez louer le courage des travailleurs car, dans l’entreprise, il n’y a aucun représentant du personnel, aucun syndicat, aucune possibilité « référente » pour l’aider. Par conséquent, il appelle également la responsabilité individuelle et collective de ne pas rester indifférent. Une critique Mais du jugement (pour mieux nous motiver pour les batailles futures) : seulement 3 000 euros de dommages et intérêts pour les violences subies par les travailleurs… On connaît la voie à suivre : les sanctions doivent être dissuasives, comme le prévoient les lois anti-discrimination. En effet, dans ce type d’affaire, les sanctions prononcées par le tribunal devraient conduire les entreprises à modifier leurs politiques et leurs pratiques à l’intérieur, y compris en recourant à des jugements financiers susceptibles de remettre en cause… l’existence même de l’entreprise.

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