Grâce au printemps ensoleillé et à la reprise du marché sud-américain, le groupe industriel néerlandais a enrayé les effets de la crise du Covid. Cependant, le deuxième brasseur mondial redoute l’explosion des coûts de l’énergie comme des matières premières.

Les euros affluent à nouveau vers Heineken. Selon les derniers résultats publiés lundi, le groupe néerlandais est bel et bien sorti de la crise. Pour le seul premier semestre 2022, il a dégagé un bénéfice net de 1,33 milliard d’euros, en hausse de 40 % sur un an, pour un chiffre d’affaires de 16,4 milliards d’euros (+37 % sur un an). Et ces chiffres découlent directement du nombre de litres passés dans la gorge des amateurs de bière industrielle : environ 110 millions d’hectolitres des marques du groupe, ce qui représente une augmentation de 7,6 % par rapport au premier semestre 2021 et même de 4,2 % par rapport à 2019, l’année à laquelle les entreprises préfèrent se référer pour voir où elles en sont par rapport à l’impact que la crise a pu avoir.

Augmentation des tarifs

Ces bons résultats du premier semestre 2022, en partie dus au « beau temps » de la fin du printemps et à la reprise en Amérique latine selon l’entreprise, sont meilleurs que ce que prévoyaient les analystes. Néanmoins, ils interviennent dans une période d’inflation, portée par une hausse des prix de l’énergie et des matières premières, qui touche particulièrement le monde de l’artisanat et de la bière artisanale. Des évolutions qui ont obligé, selon le groupe, à augmenter les prix de la bière de 8,9 % en moyenne sur la période.

L’avenir est sombre, rassure le groupe hollandais. Déjà, pour faire face à la fermeture des bars pendant le travail en 2020 ou au nombre de congés annulés, elle avait annoncé qu’elle supprimerait 8 000 de ses 85 000 employés. La situation s’est depuis améliorée. Mais, avec l’inflation, les consommateurs pourraient réduire leurs achats de bière. « Le niveau des prix que nous et d’autres fixons pourrait commencer à avoir un impact et c’est pourquoi nous sommes prudents », a expliqué le directeur général Dolf van den Brink dans un entretien téléphonique avec des analystes, cité par Bloomberg. Le risque de pénurie de gaz, « surtout en Europe », qui reste le premier marché du groupe, est considéré par Heineken comme un problème potentiellement important.

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Bloomberg confirme également que la hausse des prix de l’énergie pourrait freiner la reprise d’Heineken l’an prochain et prédit même une baisse du bénéfice d’exploitation, notamment parce que la brasserie industrielle répercuterait trop lentement les hausses de ses coûts de production et de sa production. L’impact de son départ de Russie devrait également se faire sentir. Heineken voit donc 2022 comme une année plus complexe que la précédente.

Développer une meilleure productivité

Les résultats et les perspectives de Heineken Pays-Bas sont conformes à ceux annoncés par le leader du marché AB InBev la semaine dernière. Pour le groupe belge, qui a annoncé une possible augmentation de son bénéfice de 4% à 8%, la hausse des coûts pourrait entraîner une baisse des bénéfices l’an prochain. « Nous essayons de trouver un équilibre entre les attentes des consommateurs, les prix, nos coûts et l’environnement du marché », a assuré Michel Doukeris, PDG d’AB InBev.

Le groupe Heineken reste l’un des plus puissants au monde et restera l’un des plus puissants. Avec 221,6 millions d’hectolitres vendus en 2021, l’industriel néerlandais est le premier brasseur d’Europe et le deuxième au monde, derrière le belge AB InBev (Leffe, Jupiler, Corona, Hoegaarden, Stella Artois…) et ses 467,4 millions d’hectolitres. . Au-delà de sa marque historique, le Néerlandais a racheté au fil des années de nombreuses marques qui lui permettent d’augmenter ses chiffres : Desperados, Affligem, Fischer, Lagunitas, Pelforth, Moretti… Une expansion qui l’a même conduit à racheter l’excellente Ile-de- Bière France Gallia.

Et si les coûts de Heineken augmentent, il ne fait aucun doute que le constructeur réduira ses bénéfices. Il préfère axer sa stratégie sur une meilleure productivité, avec un plan qui devrait lui permettre de réaliser 2 milliards d’euros d’économies structurelles d’ici 2023, par rapport à 2019. Le groupe est dans les temps : 1,7 milliard d’euros d’économies devraient déjà être réalisées à terme. de cette année, annonçant ce dernier. La rigueur est de mise dans le monde de la mousse.