Tribune

-Professeur à l’Université ParisDauphine-PSL, Directeur de Recherche Dauphine en Management

La professeure de management Valérie Guillard s’interroge dans une tribune du « Monde » sur le sens du mot « sobriété » utilisé par Emanuel Macron : l’art de « la belle vie » ou composer avec le manque, expliquant que pour changer l’entreprise, c’est long nécessaire.

Publié le 1 octobre 2022 sur 20.00 Temps de lecture 3 min.

Sobriété. Conseils pour une longue vie, tel est le titre du livre publié par Luigi Cornaro en 1558. Ce Vénitien, libertin et parti, en proie à des crises de goutte dès l’âge de 30 ans, a su « changer de vie » pour retrouver la santé. et finit presque centenaire. Il peut être considéré comme l’un des apôtres de cette sobriété appelée aujourd’hui à rendre plus durable non seulement la vie individuelle, mais la présence humaine sur terre.

La sobriété comme art de profiter de la vie, la sobriété garantissant des plaisirs durables. Platon [v. 427 avant JC J.-C.-v. 348 avant JC J.-C.] recommandait déjà la modération dans la République : il ne faut livrer la part désirée de notre âme « ni au manque ni à la satiété ». Pour vivre bien et longtemps, la sagesse était donc de « considérer ses désirs pour ne satisfaire que ceux qui sont raisonnables ».

Depuis 2015 et les Accords de Paris, les érudits ont souvent fait appel à cette ancienne notion de sobriété, cette vertu d’antan, cet art de la modération exalté par saint Thomas d’Aquin [1225-1274], transmis avec rigueur dans les sociétés protestantes traditionnelles, et que les société de consommation si dangereuse et dépassée dans la seconde moitié du XXe siècle.

Appeler à la sobriété telle que la définissent les philosophes, c’est faire réfléchir les citoyens sur leurs désirs de consommateurs, sur le mimétisme qui les pousse à loucher sur les marchandises de leurs voisins, sur leur soif de reconnaissance, y compris des marques qui savent si bien jouer. pour donner envie et faire tourner les usines du monde de plus en plus vite. Il s’agit de trouver une voie, où chacun pourrait « vivre mieux avec moins », et préserver la possibilité d’existence humaine à moyen terme.

À Lire  Une alliance improbable : Rick & Morty et Lionel Messi, ensemble

Apprendre à réparer

Mais la sobriété que le président Macron a exhortée aux Français début septembre a-t-elle quelque chose à voir avec cette notion complexe, cet art subtil de la « belle vie » ? Rien n’est moins sûr. Dans notre livre Comment consommer avec sobriété (De Boeck Supérieur, 2021) nous montrons comment les mots structurent nos représentations. Si pour certains, échaudés par les températures extrêmes de ces derniers mois, la sobriété commençait à devenir une valeur, une voie possible vers un mode de vie plus réfléchi, elle est désormais avant tout associée à la gestion du manque d’énergie et, qui plus est, d’un manque qui est un a priori transitoire.

Sortir certains de nos appareils électriques et enfiler un chandail supplémentaire pendant que nous nous réchauffons à 19 degrés, comme nous sommes encouragés à le faire, est bien sûr nécessaire dans une telle situation.

Il vous reste 44,58% de cet article à lire. Ce qui suit est réservé aux abonnés.

Vous pouvez lire Le Monde sur un appareil à la fois

Ce message s’affiche sur l’autre appareil.

Parce qu’une autre personne (ou vous) lit Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

Comment arrêter de voir ce message ?

En cliquant sur  »  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

Ce message s’affiche sur l’autre appareil. Ce dernier restera lié à ce compte.

Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais les utiliser à des moments différents.

Vous ne savez pas qui est l’autre personne ?

Nous vous recommandons de changer votre mot de passe.