Ce texte fait partie du cahier spécial de l’Université TÉLUQ

Bien avant l’avènement des cours par vidéoconférence, l’Université TÉLUQ expérimentait la formule de l’enseignement à distance. Ses programmes et ses méthodes ont beaucoup évolué en 50 ans, mais sa volonté de démocratiser le savoir est restée intacte.

La naissance de l’Université TÉLUQ prend racine dans la volonté des acteurs de la Révolution silencieuse de démocratiser l’accès aux études supérieures au Québec. Tous les moyens devaient être envisagés. Lors de la fondation de l’Université du Québec (UQ) en 1968, Jean Lesage, alors chef de l’opposition, parlait d’institutions qui auraient à utiliser les procédés les plus modernes, dont l’audiovisuel, la télévision et éventuellement l’informatique « pour dispenser l’enseignement au temps et le rythme souhaité par l’élève.

« Même avec la création de l’Université du Québec et son déploiement en région, l’État a bien vu que certaines places ne seraient pas desservies et que divers domaines de savoir ne seraient pas offerts partout, alors la formation à distance est devenue un moyen d’augmenter la l’accessibilité de l’enseignement supérieur », explique Michel Umbriaco, l’un des fondateurs de l’université, qui y enseigne toujours.

Des cours à inventer

En 1972, la Télé-université, qui deviendra plus tard l’Université TÉLUQ, est officiellement constituée en commission de l’UQ. Sa fonction est de développer et de diffuser l’enseignement universitaire à distance.

« Au départ, ce n’était pas vu comme une université, mais plutôt comme une boîte de services qui viendra appuyer l’offre de cours à distance pour les composantes de l’UQ, rappelle l’historien Éric Bédard, qui y enseigne depuis 2005. Pourtant, comme peu des projets en ce sens sont venus de l’UQ, il a rapidement commencé à donner ses propres cours. »

Le premier, proposé déjà en 1974, s’intitulait « Initiation à la coopération ». Le Mouvement Desjardins a collaboré à son développement. Deux ans plus tard, l’Université TÉLUQ présente un premier diplôme intitulé « Connaissance de l’homme et de l’environnement » et commence à renforcer son corps professoral. Michel Umbriaco se souvient bien de cette période effervescente.

« Nous avons créé des cours sur l’histoire et l’économie du Québec, avec l’appui, notamment, de Denis Vaugeois et de Jacques Parizeau, ou encore sur l’environnement, avec la participation de Pierre Dansereau, raconte-t-lui L’objectif était de combler un déficit culturel de la population québécoise, afin que les gens comprennent mieux leur environnement et puissent bâtir un Québec plus moderne. »

Plusieurs passionnés ont tenu ce début à distance, dont Fernand Grenier, directeur général de 1973 à 1980, et Francine McKenzie, qui a été directrice des programmes et de la recherche de 1972 à 1981. « C’était un brillant sociologue, qui avait une très bonne lecture . du Québec et qu’elle comprenait ce qui lui manquait, se souvient Michel Umbriaco. Elle avait, par exemple, remarqué le manque de culture scientifique au Québec, ce qui a mené à la création de notre premier programme de science et technologie. »

Une histoire mouvementée

Malgré toutes ses forces, l’Université TÉLUQ était loin de faire l’unanimité à ses débuts et son histoire n’a pas été des plus faciles. Dans un ouvrage collectif récent intitulé La formation de transition en formation présentielle-distancielle à l’université. Enjeux didactiques et politiques, Michel Umbriaco a énuméré, dans un chapitre sur l’establishment, pas moins de huit crises institutionnelles qui menaçaient sa survie même.

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Au départ, certains recteurs y voyaient un concurrent qui risquait de voler les élèves de leurs territoires, tandis que d’autres remettaient en cause la qualité d’un enseignement qui ne reposait pas sur le paradigme traditionnel de l’assiduité en classe.

Ce n’est qu’en 1992, deux ans après la création de son premier baccalauréat (en communication), que l’Université TÉLUQ reçoit ses lettres patentes et est confirmée comme école supérieure. Ce statut a scellé sa mission d’enseignement et de recherche et son indépendance.

En 2005, une entente pour rejoindre l’Université du Québec à Montréal a failli la lancer sur une toute nouvelle trajectoire. Mais cela se soldera par un échec et un retour à la pleine autonomie en 2012. L’UQAM traversait alors une tempête politique et financière en raison du projet avorté de résidences étudiantes et de bureaux sur l’Île du Voyageur, et le recteur Roch Denis était interpellé en interne. . Les syndicats d’enseignants de l’UQAM n’aiment pas cette entente qu’ils jugent imposée par la direction et déplorent le degré d’autonomie accordé à l’Université TÉLUQ. Bref, la greffe n’a pas fonctionné.

« Même si l’Université TÉLUQ se porte bien aujourd’hui, je pense quand même que c’est une occasion manquée », affirme Éric Bédard, même s’il admet que son point de vue ne fait pas l’unanimité parmi ses collègues. « Le Québec aurait bénéficié d’une collaboration plus étroite entre ces deux institutions. »

Du 33 tours à Zoom

La façon de donner des cours à distance a aussi beaucoup évolué en 50 ans. « Au début, nous utilisions tous les moyens dont nous disposions pour donner nos cours, raconte Michel Umbriaco. La formation était offerte à la télévision, enregistrée sur des disques vinyles ou enregistrée sur des cassettes VHS qui étaient envoyées aux étudiants. Tout cela a coûté une fortune à produire. »

Éric Bédard se souvient qu’à son arrivée en 2005, les cours traversaient une période de transition vers les médias électroniques. Les vidéos ont été enregistrées sur des DVD envoyés par la poste aux étudiants. Les plateformes en ligne étaient lourdes et nécessitaient un soutien constant des techniciens de l’établissement. « Aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile à utiliser et je peux facilement modifier mes cours en ligne, à moins qu’il n’y ait des changements majeurs », explique Éric Bédard.

La pédagogie a également beaucoup évolué. L’une des grandes réussites de l’Université TÉLUQ réside dans la démonstration qu’un cours à distance n’est pas qu’une réplique d’un cours offert en classe. Éric Bédard, par exemple, n’utilise plus la vidéo. Il donne ses cours en audio, comme un podcast. Qui espère s’inspirer de l’émission Des notables oubliés, du regretté Serge Bouchard, n’hésite pas à insérer dans ses cours des intermèdes musicaux ou des entrevues avec des invités. « Les élèves ne sont pas devant nous dans la salle de classe, nous devons donc trouver différentes façons de les garder engagés », dit-il.

Pour Michel Umbriaco, l’une des plus grandes contributions de l’Université TÉLUQ a été de remettre en question les idées reçues sur ce qu’est la formation universitaire et de développer une réflexion critique sur les notions de cours et d’écoles. « Son existence a surtout amélioré l’accessibilité au savoir, ce qui a permis de rendre le Québec plus capable de se prendre en charge », estime-t-il.

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