A Antony McKenna qui voit en Molière un « prédicateur chrétien libéral », Louis Jouvet semble avoir protesté auparavant qu’une histoire n’est pas une « toile à laquelle sont accrochées des idées » : le mystère ne finit jamais une œuvre commune mais en fait « un bout de or qui n’achève pas un changement ». En soulignant l’ampleur des propos d’un personnage, Molière avait une épaisseur qu’aucune définition ne saurait réduire. la pire espèce », un « athée en jabot noir », un « mystère », « un croyant corrompu », un « jésuite (par sa doctrine) », un « janséniste » (par ses attaques contre l’émancipation des femmes) ou « diable » lui-même.

Dans la même scène, il demande à ses élèves du Conservatoire de résumer l’histoire, afin de leur montrer le nombre de préjugés sans le moindre support littéraire qui s’y trouvent. De plus, les dictionnaires n’ont pas passé le test, car Tartuffe y est apparu coupable de tous les crimes, bien avant qu’il n’apparaisse sur la scène et même dans les premières lignes des autres personnes qui l’entourent.

Le langage commun, pour sa part, pensait que le problème pouvait être résolu en faisant de Tartuffe un synonyme d’hypocrisie. Il est vrai que la morale chrétienne conseille rarement de manifester son amour à la femme d’un homme bon, ou de rejeter une personne bienvenue de chez elle, après qu’elle nous a d’abord donné sa maison. Il suffisait d’apporter de l’eau au moulin d’Antony McKenna, lorsqu’il fit de Tartuffe la pierre la plus lourde que Molière lança sur l’Église. Mais, même face à ces éléments sensibles, Jouvet n’a aucun mal à se souvenir des circonstances réduites qui décrivent les agissements de Tartuffe devant l’aveugle Orgon. Dans un mauvais mélange d’éléments littéraires et de défense des valeurs, il observe :

» Elmire tente Tartuffe, lui parle « d’un cœur qu’on veut tout » et lui dit qu’il est prêt à le rendre. Je sais que ça montre l’hypocrite, mais qui n’est pas pris à ce jeu quand il aime ? Et que Tartuffe, moqué par son amour et – ce qui est pire – par son amour-propre, se venge d’Orgon avec ses armes, plus humaines que terribles. »

L’habit fait peu à peu le moine

Dès lors, comme toutes les grandes pièces de Molière, une lecture contre les fausses évidences de la tradition académique est possible. Avant même Jouvet, qui qualifiait d’honnêteté en lambeaux l’honnêteté de Tartuffe, le poète Max Jacob proposait une défense du personnage, résumée dans une formule qui prouvait : « Tartuffe est un apprenti, nous croyons qu’il est un acteur. l’accomplissement de la piété de Tartuffe (« Laurent, arrange-moi les cheveux, et ma discipline ») est possible, non pas  » C’est un égoïste, mais c’est l’action constante d’un croyant qui se sait vulnérable face à la tentation. Cette dévotion n’est pas une masque, mais une défense.

Max Jacob, qui s’est battu toute sa vie contre les pulsions homosexuelles qui le poussaient à abandonner ses retraites pour se cacher au fond de la nuit montmartroise, a su mieux que bien d’autres années réduire le grand écart qui sépare nos paroles de nos paroles. travailler Il l’a bien expliqué, s’appuyant sur Blaise Pascal : « De même qu’un homme qui veut la pesanteur fait semblant de trouver le repos, celui qui dit que la perfection religieuse se trouvera d’abord de la forme. Le ceci est la clef de Tartuffe. [.. .] « Allez à l’église forcée un jour pour le faire de votre plein gré », dit plus ou moins Pascal, et Tartuffe sait très bien qu’on devient moine en habit d’adorateur de la messe, mais du monde. ne lui dit pas de lui pardonner à cause des efforts inégaux qu’il a faits pour en abandonner les conséquences C’est pourquoi le Tartuffe de Max Jacob pense, non sans raison, que l’habitude fait petit à petit un moine et que c’est la pratique qui fait un croyant. sont à mille lieues d’un point de vue amour où la puissance du sentiment sera la seule mesure de la vérité et condamnera, comme des lèvres infidèles, toute imagination qui ne peut alors ordonner pour ne pas développer le cœur.

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L’amour du Créateur et de la créature

En effet, on peut suivre le jugement sérieux du serviteur de Dorine, face à ce qu’il considère comme des insultes : « Quelle expérience et quelle fierté ! Mais, en l’absence d’informations intelligentes, rien ne nous oblige à penser que ce qu’il a dit est plus vrai qu’une autre opinion, dans ce rapport alarmant comprend un ensemble de réponses d’un groupe commun où, les punitions de Tartuffe sont faites comme preuve contre l’hypocrite peut aussi être similaire à une personne qui est honnêtement partagée entre son désir de sainteté et son les tentations charnelles, la confession qu’il avait si longtemps tenté de retenir, sa déclaration d’amour à Elmire était l’une des plus belles du répertoire. essayé d’arrêter cet aveu pendant longtemps sait qu’il ne correspond pas à sa situation :

« L’amour qui nous lie à la beauté éternelle Ne retient pas en nous l’amour des choses matérielles, Il est facile d’attirer nos sentiments Des bonnes œuvres faites par le ciel. Ses caractéristiques s’expriment par l’éclat de vos désirs, Mais vous montrer ce qui est Il verse sur ton beau visage Ses yeux s’étonnent et leurs cœurs s’émeuvent, Et je ne saurais te voir, l’homme parfait, Sans t’admirer l’écrivain de la nature, Et l’amour passionné atteint les plus grands. . »

Difficile de trouver des versets qui décrivent mieux le lien inséparable qui unit l’amour du Créateur et l’amour de la créature, loin des accusations contre le christianisme qui sont accusés de haïr le monde au nom d’un corps céleste dans un autre lieu. Quelle que soit la raison secrète du personnage, et Molière – plus confuse -, le spectateur écoute successivement ces phrases et celles d’Alceste dans Le Misanthrope qui est prudemment averti de la tentation de deux choses identiques : la haine du monde et son idolâtrie. Même si Molière a écrit la pièce en philosophe libéral, le chrétien est entendu.

Combat spirituel

De même, quel homme de prière pourrait écouter sans trembler le parfait alexandrin où Tartuffe résume le combat spirituel : « Oh ! pour être honnête, je n’en suis pas moins humain. » Que la formule soit récitée par un Tartuffe maître de soi ou chuchotée par un Tartuffe opprimé, elle montre, en un mot de compréhension, la tension entre nature et grâce qui habite tout homme clair sur lui-même. Pour la dévotion, si elle peut agir comme un masque trompeur, elle peut aussi être une bouée de sauvetage contre la tentation.

Bref, face à tous ceux qui croient pouvoir appeler Tartuffe un méchant monolithique, un jésuite sans conscience, un absurde ou un délire irrépressible, il faut voir, poursuit Max Jacob, « une larme dans l’œil de Tartuffe. On n’a jamais vu ce ». C’est comme si Tartuffe chuchotait à l’oreille de tous les chrétiens la parole de Baudelaire : « Le faux lecteur, — mon semblable, — mon frère. « Y a-t-il des frères Tartuffe ? C’est une leçon qui a des conséquences inattendues, mais qui peut s’appliquer, comme le Misanthrope, à l’homme libre comme le chrétien qui essaie d’être honnête.