Un entraînement sportif intense va drainer l’organisme masculin.

Enfilez-vous vos chaussures de course tous les matins pour une course de 10 kilomètres ? Vous avalez 200 kilomètres par semaine sur votre vélo ? Ne vous étonnez pas si votre appétit sexuel semble un peu en sommeil… Les exercices d’endurance comme la course à pied ou le vélo, pratiqués de manière intensive, ont un effet négatif sur la libido, selon une étude publiée dans Medicine & Sciences du sport et de l’exercice.

Des chercheurs de l’Université de Caroline du Nord aux États-Unis ont administré des questionnaires à plus de 1 000 hommes sur leurs habitudes sexuelles et d’exercice, y compris la durée et l’intensité de leur exercice. La plupart des participants pratiquaient la course à pied ou le vélo. Les résultats ont montré que ceux qui pratiquaient le plus longtemps et le plus intensément ressentaient une diminution de la libido. En revanche, les hommes qui pratiquaient une activité physique légère ou modérée avaient des niveaux de libido plus élevés.

Le corps fait des choix en permanence

Les chercheurs n’ont pas expliqué la nature de la relation qu’ils viennent d’établir. Ils suggèrent l’impact de l’activité physique sur le taux de testostérone, et donc sur la libido ou la fertilité. « Les spécialistes de la fertilité interrogent souvent les femmes sur leurs séances d’entraînement. D’après nos données, nous pensons qu’ils devraient également interroger les hommes », a conclu le professeur Anthony Ackney, l’un des auteurs de l’étude.

Les résultats de l’étude n’ont pas autant surpris le professeur Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (Irmes, à l’Insep), qui explique que l’organisme fait en permanence des choix. . « Lorsque vous fournissez un effort intense et soutenu, le corps et ses cellules redirigent préférentiellement les voies de production d’énergie vers des choix sélectionnés, l’exercice, et moins vers les autres. »

« Lorsque vous fournissez un effort intense et soutenu, le corps et ses cellules orientent préférentiellement la voie de production d’énergie vers l’option choisie et moins vers l’autre »

Pr Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport

Preuve de ce phénomène, la perturbation du cycle menstruel chez les femmes très sportives : chez les meilleures marathoniennes du monde, l’aménorrhée (absence de règles) est fréquente. Mais ce phénomène est passager, réversible et sans conséquences à long terme ou pendant la grossesse. « Selon des recherches menées à l’Irmes, lorsqu’elles décident d’arrêter de s’entraîner pour tomber enceinte, elles tombent enceintes en quelques mois ; preuve que l’organisme est tout aussi « efficace » dans ce domaine », convainc le professeur Jean-François Toussaint, qui ajoute : « Ce mécanisme, associé à la plus grande longévité des sportifs de haut niveau, commence à nous permettre de mieux comprendre la relation entre la performance et la durabilité de la vie. »

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Ce qui s’applique aux sportifs de haut niveau s’applique-t-il aux sportifs amateurs ? Sans aucun doute, mais dans une moindre mesure. « Quand les gens rentrent du travail fatigués, leur libido n’est pas forcément au top. C’est un peu la même chose que les gens en surentraînement, ils sont fatigués, déficients physiquement et mentalement, et leur libido en souffre », explique le Dr Antoine Faix, urologue et sexologue, responsable de la commission andrologie et sexualité de l’association française d’urologie.

Culturisme

Ce dernier met également en garde contre la prise de testostérone chez les jeunes hommes qui sont culturistes. Cet apport externe de testostérone va en effet faire reposer les testicules, le cerveau signale que les niveaux d’hormones sexuelles ont été atteints. « Puis, quand ces jeunes arrêtent ces produits dopants, le contrôle hormonal ne fonctionne plus », explique le Dr. Antoine Faix. Mais nous sommes ici dans les effets indésirables associés à l’exercice et non dans les conséquences directes de l’entraînement physique.

« effets indésirables associés à l’exercice et non une conséquence directe de l’entraînement physique »

Dr Antoine Faix, urologue et sexologue

Pas de questions sur le fait de jeter vos baskets ou de ranger votre vélo. Car, comme le prévient cette étude, pratiquer une activité physique, même d’endurance, maintient votre libido, à condition de savoir gérer vos investissements. Le professeur Michel Lejoyeux, psychiatre à l’hôpital Bichat à Paris, rappelle que la libido est une alchimie subtile créée par la capacité à anticiper les désirs, la capacité à investir le moment présent et la capacité à découvrir d’autres qualités.

« Le sport a un effet positif avant tout. Il nous aide à avoir une meilleure estime de soi et est un bon fournisseur d’endorphines et autres molécules d’humour », rappelle l’auteur des Quatre Saisons de la bonne humeur. Et il ne voulait surtout pas faire passer un message négatif sur l’exercice car, rappelle-t-il, « aujourd’hui, on est beaucoup plus malades à cause de la sédentarité que d’un exercice physique excessif, même léger ou modéré ».