Sous un froid soleil de janvier, les habitants du Portel, près de Boulogne-sur-Mer, s’affairent sur la plage à marée basse, traînant des sapins derrière eux et les jetant par-dessus les dunes. En contrebas, d’autres bénévoles, réunis avec le cœur, les placent en rang d’oignons : « Le pied face à la mer », explique Vincent Hecquet, le moniteur de kitesurf de l’Association Porteloise Vol à Voile.

Pour la deuxième année consécutive, cette association de sports de glisse récupère les sapins de Noël, avec l’aide active de la municipalité, dans l’espoir de renforcer les dunes en proie à l’érosion. « L’an dernier, nous avons planté 300 sapins ici », explique Laura Marmin, la présidente de l’Association, en désignant la place devant le bâtiment du club et le syndicat des pêcheurs. « Regardez, vous reconnaissez à peine les sapins et la flore a déjà poussé. »

Brise-lames naturel

En février 2022, la pose des premiers sapins a permis de créer un brise-lames naturel contre la tempête Eunice (+ 150 km/h). « Seul l’endroit où étaient placés les arbres n’a pas été attaqué », assure Olivier Barbarin, le maire de Portel.

Forte de cette expérience réussie, l’association est revenue cette année sur la table, et la collecte a été étendue à la Communauté d’Agglomération Boulonnaise (CAB). Les sapins ont été amenés au plus près de la plage par les services municipaux, « en deux lots », précise Laura Marmin. Le premier d’environ 300 conifères début janvier et le second le mercredi 18 janvier. En moins d’une heure, 450 arbres ont été plantés ça et là pour boucher les trous et consolider la dune à sa base.

Plusieurs mois avant que le sable ne recouvre les sapins

Parmi la vingtaine de bénévoles, quelques élus, dont l’adjointe au développement durable, trois employés municipaux, des membres de l’association des sports de glisse et des citoyens soucieux de leur environnement, pour la plupart retraités : « Là où on couvrait, il y avait un sacré trou. les sapins y renforceront les dunes », observe Jean-Pierre, heureux de donner un coup de main.

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Nichée entre une falaise et la digue du port de Boulogne-sur-Mer, la plage du Portel bénéficie d’une situation idéale : « Notre plage est très sablonneuse, et ce limon nous est favorable », confirme Vincent Hecquet. Le sable, pris dans les branches des sapins, renforce le cordon dunaire aux endroits les plus exposés au vent et aux vagues. « La dune s’épaissit ainsi naturellement sans retravailler de limon ou d’enrochement », ajoute Laura Marmin.

Contrairement à l’année précédente, les services municipaux prévoyaient toutefois de passer dans quelques jours à mettre du sable pour accélérer le processus. « C’est mieux parce que ce tas de sapins n’est pas très beau, et il faut attendre quelques mois avant que le sable ne les recouvre complètement », poursuit ce professeur d’histoire-géographie.

À Wissant, des sapins en haut de la dune

Un peu plus au nord, entre les caps Gris-Nez et Blanc-Nez, la commune de Wissant a également planté des sapins sur la Duna d’Aval, à l’extrémité sud du barrage qui mène à la plage. Mais ils sont placés en haut des dunes : « En bas, ils sont immédiatement embarqués par la mer à marée haute », note Xavier Douard, chef de projet Site des caps à l’Eden 62, un syndicat mixte qui protège et valorise la nature. chantiers du Pas-de-Calais. «Là, ils sont empilés, emboîtés et tassés parallèlement au bord des dunes entre les poteaux de clôture pour prendre de la hauteur, selon ce qu’on appelle la technique de la fascination à plat. »

La plage de Wissant n’étant pas entourée, la configuration est tout autre. Mais là aussi, après que l’expérience écologique ait fonctionné l’an dernier, elle a été reconduite avec 600 arbres. « Cette technique douce est très empirique, poursuit le chef de projet. En cas de méga-orage, tout s’éclaircira mais là, ça a bien marché !  » Car personne ne s’y trompe : les sapins, à Portel, Wissant ou ailleurs – sur le littoral de la Manche ou du sud-ouest -, ne constituent pas un rempart infaillible contre la mer.  » En ingénierie écologique, il faut rester modeste . ! conclut Xavier Douard.