Expédié

le 29/10/2022 à 17h10, Mis à jour le 29/10/2022 à 17h10

Le secteur s’engage volontairement pour un tourisme plus responsable mais complexe à mettre en œuvre, ont relevé les acteurs réunis en grand nombre au « Monde du voyage » à Nîmes. Les pratiques touristiques sont encore contradictoires, notamment chez les jeunes générations.

Les deux années de pandémie et la cohorte des restrictions n’y ont rien changé : voyager reste un rêve. Et ils ont plus de succès que jamais, comme le montre le dernier baromètre de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). Plus de 474 millions de touristes internationaux ont voyagé depuis le début de 2022, dont 65 % en Europe. A ce jour, le secteur a déjà récupéré près de 60% des niveaux d’avant Covid. Avec une nuance, et qui est importante : les aspirations évoluent rapidement. Si l’envie de plage et de soleil ne se dément pas, les enjeux environnementaux, éthiques et sociaux gagnent du terrain dans les préoccupations des voyageurs. Du moins, c’est ce qu’ils prétendent. Est-ce vrai et le secteur touristique est-il en mesure de répondre à ces attentes ? Le sujet était au cœur de « World for travel », qui s’est déroulé les 27 et 28 octobre à Nîmes, où 400 décideurs internationaux des secteurs public et privé, universitaires et experts ont partagé leur expertise à Nîmes. Il s’agissait de la deuxième édition de cet événement dédié à la transformation de l’industrie touristique.

Les multiples paradoxes du voyageur

Lire aussi Ecotourisme, fier du train… Huit mots pour bien connaître le tourisme durable

Les chiffres ne manquaient pas pour tenter de cerner le phénomène. Parmi les études les plus intéressantes figure celle menée par Google et la compagnie aérienne australienne Qantas, sur un échantillon de 17 000 personnes de six pays. Résultats ? 66% des voyageurs n’ont pas forcément choisi l’offre la moins chère, signe qu’ils sont prêts à payer pour plus de qualité. Et par qualité, ils entendent différents critères : une expérience « inspirante » et facile d’accès, un haut degré de confiance dans les organisateurs du voyage, les lieux et communautés qu’ils visiteront, et un voyage « durable ».

Lire aussi Seules deux villes françaises entrent dans le top 10 du tourisme durable

Pourtant, ce dernier critère n’est toujours pas déterminant dans le choix des séjours, et notamment chez les jeunes entre 18 et 25 ans. Si la conscience écologique est là, le comportement n’est pas forcément à parité. Et le prix n’est pas la seule explication. Certains citent la complexité des 570 tags existants recensés ? Le groupe hôtelier Radisson, qui exploite plus d’un millier d’hôtels dans une soixantaine de pays, a fait ce constat : 73% de leurs clients déclarent vouloir réserver des séjours durables mais n’agissent pas forcément. La vice-présidente du groupe, Inge Huijbrechts, responsable des affaires notamment, préconise que « les actions concrètes deviennent plus visibles dans les établissements », un peu comme les produits bio dans les supermarchés.

À Lire  Le pasteur Moise Mbiye, représentant légal de Cité Bethel, organise le premier séminaire de la communauté - Famous Christians

Croisière et aérien en mouvement

Lire aussi ATR, Pavillon bleu, Ecolabel européen : comment y voir clair parmi les labels du tourisme durable ?

De tous les secteurs présents, l’industrie de la croisière avait évidemment beaucoup à dire. Déjà perçu comme polluant et vecteur de tourisme de masse, le secteur doit, sur le papier, aussi composer avec le critère de distance sociale hérité de la pandémie. Mais comment expliquez-vous alors que les croisières attirent toujours autant de passagers, et ce au fur et à mesure de l’annonce de leur reprise progressive après la pause sanitaire ?

Lire aussi Croisières : le défi de se relancer en polluant moins

Selon Davide Triacca, directeur en charge du développement durable de Costa Croisières, qui a édicté une charte pour un tourisme durable et inclusif, toutes les conditions sont réunies pour une expérience toujours plus qualitative. Et face aux critiques récurrentes que soulève l’arrivée de ces géants des mers dans les ports de France, d’Italie ou d’Espagne, il fait valoir que « ni la volonté ni les investissements du groupe ne manquent », mais que « la la technologie ne suit pas ». Par exemple, il répertorie seulement 29 ports dans le monde qui fournissent de l’électricité aux navires de croisière amarrés. Et pas de port en France à ce jour. La première mise en service est prévue à Marseille d’ici 2025, avec un partage d’expertise du croisiériste, qui y accoste presque tous les deux jours. D’autres compagnies de croisières, comme le groupe français Ponant, dont la capacité des bateaux ne dépasse pas 200 passagers, affichent des taux de recyclage des déchets à bord de l’ordre de 60 %, et ne distribuent que de l’eau de mer traitée pour être des consommables.

Lire aussi A Saint-Nazaire, le MSC inaugure en grande pompe son nouveau géant, le World Europa

Des efforts qui doivent être connus et reconnus par les voyageurs. Vont-ils vraiment et durement punir ceux qui sont perçus comme de gros pollueurs d’ici 10 ou 20 ans ? Hormis la croisière, c’est l’avion qui est évidemment dans toutes les têtes.