Un tabloïd camerounais a récemment déclaré que l’Université de Yaoundé I était l’une des meilleures au monde. Vous n’avez pas mal lu. D’après le classement, alors qu’il n’est même pas parmi les cent meilleurs d’Afrique ? Quelles infrastructures, quelles recherches y révolutionneraient l’humanité ?

Ces questions ne signifient pas que rien n’est fait. Plutôt l’inverse. Le Cameroun a produit des sommités (malgré lui), comme le sociologue Jean-Marc Ela, le philosophe Fabien Eboussi Boulaga ou l’économiste Joseph Tchundjang Pouémi. Aujourd’hui encore, rares sont les institutions étrangères où ne fonctionnent pas de grands sujets camerounais ou africains. Mais à y regarder de plus près, ils ont tous fait une partie de leurs études à l’étranger. Dix ans après l’indépendance, cette tendance peut-elle s’inverser ?

Universités nord-américaines

Construire les infrastructures nécessaires à la formation des jeunes, dont 60% ont moins de 25 ans, prend du temps. Cette démographie met la pression sur ceux qui peuvent se tourner vers les institutions occidentales, et la France n’est plus la seule destination. Il existe également un marché de l’enseignement supérieur sur le continent africain, et sa qualité doit être analysée. Même si le chauvinisme facile tend à prétendre le contraire, les Africains étudient ailleurs parce qu’ils croient pouvoir trouver mieux là-bas.

Si, jusqu’au début des années 1990, certains pays offraient encore des bourses aux étudiants les plus brillants (et surtout, aux étudiants les moins réputés), ce n’est plus le cas, l’histoire plus loin. D’autre part, pour pallier le coût important d’une éducation de qualité, certains pays anglophones se tournent directement vers les universités nord-américaines pour former leurs futurs cadres.

En 1992, à l’heure des contestations étudiantes, le Cameroun décide de « casser » la seule université nationale en deux. Depuis lors, le gouvernement a créé des universités d’État par décret présidentiel (et économies). En dehors des rendez-vous pré-annuels, des établissements sont nés sans aucune infrastructure. En 2015, le ministre de l’Enseignement supérieur du Cameroun a eu une idée étrange (et coûteuse) : acheter 32 gigaoctets d' »ordinateurs » chinois pour 75 milliards de francs CFA (114,3 millions d’euros). Estampillées PBHEV (Paul Biya Higher Education Vision, une marque exclusive au Cameroun), elles sont distribuées aux étudiants, enseignants et cadres.

Au Sénégal, le président Macky Sall a inauguré le 1er décembre 2022 l’Université Amadou-Mahtar-Mbow, spécialisée en économie, gestion, science et technologie. Coût : 60 milliards de francs CFA, y compris les bâtiments et les équipements de pointe. Cette université fait partie du plan de développement de l’enseignement supérieur, qui est cofinancé avec la Banque mondiale.

Ce sont deux exemples de financement public de l’éducation. Dans les pays sérieux, les coûts de formation représentent une part importante du budget national. La part du PIB allouée à l’éducation reflète les priorités. Cameroun, 3,2 % ; Mali, 3,8 % ; Sénégal, 5,5 % ; Afrique du Sud, 6,2 % ; Bostwana, 8,7 % ; Namibie, 9,4 %.

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Le secteur privé à la rescousse

Dans ce contexte, le secteur privé est incontournable. En plus des institutions confessionnelles, les milieux d’affaires qui profitent des limites du secteur public prennent le contrôle de l’éducation. Parce que la demande est toujours forte et la qualité relative, de nombreux étudiants partent à l’étranger. Le Canada est la destination préférée de milliers d’étudiants qui viennent principalement de quatre pays : Algérie, Maroc, Nigeria, Sénégal.

Cette mobilité coûteuse s’explique aussi par les méthodes utilisées par les universités canadiennes pour recruter des étudiants étrangers. En plus des bourses Pearson Scholars pour les plus brillants, l’Université de Toronto met tout en œuvre pour attirer les meilleurs cerveaux, dont de nombreux Africains. Elle accueille 11% de ses étudiants étrangers. Depuis 2003, environ 100 psychiatres éthiopiens ont été formés au Toronto Addis Ababa Academic Collaborative. Il forme également des jeunes du continent dans le domaine de la santé. Ce projet comprend huit universités dans cinq pays : le Kenya, l’Afrique du Sud, le Rwanda, le Ghana et l’Éthiopie. Pourquoi ces pays ? Ils sont vus comme « crédibles », plus entreprenants, ils disposent du minimum nécessaire pour diffuser le savoir : des salles équipées d’ordinateurs et d’un accès internet.

L’éducation coûte cher, l’ignorance encore plus, disait Abraham Lincoln

Les Africains qui ont excellé dans les universités étrangères sont impatients de soutenir le continent. Lorsqu’ils font preuve d’indépendance (ou même simplement d’indifférence) envers leurs dirigeants, ils se méfient. Seuls l’Éthiopie, le Ghana, le Mali et le Sénégal semblent développer des plans pour tirer parti des connaissances acquises par leur diaspora.

Charognards illettrés

L’éducation coûte très cher, l’ignorance encore plus, disait Abraham Lincoln. Il existe un énorme marché de l’éducation en Afrique, où le secteur privé tient sa place. L’Etat pourrait se limiter à des actes de régulation. À l’ère numérique, le continent pourrait bénéficier énormément des ressources en ligne gratuites et du soutien pédagogique des universités établies, qui veulent parfois se donner bonne conscience.

Les Massive Open Online Courses (Moocs) proposent des cours en ligne gratuits à tous. Ces cours sont un moyen flexible et abordable d’acquérir de nouvelles compétences essentielles au développement du continent. Avec les échecs glorieux de certains États face au secteur, on retrouve souvent des éboueurs analphabètes qui veulent multiplier leurs profits. Dans Le Chemin de Hiala, le milliardaire Victor Fotso, propriétaire d’un institut universitaire de technologie, n’a qu’un regret : ne pas être allé à l’école. Cela montre l’importance de l’éducation et l’urgence d’adopter des politiques qui la favorisent.