« 7 signes d’une crise d’angoisse », « 5 réflexes des personnes hypersensibles », « 6 symptômes du HPI (haut potentiel intellectuel) »… Vous avez sans doute déjà découvert ce type de titre en parcourant votre fil Instagram. Aux côtés des chats maladroits et des astuces beauté, les contenus d’auto-assistance connaissent un succès sans précédent sur les réseaux sociaux, où ils poussent avec plus d’enthousiasme qu’une bambouseraie. Elles se révèlent d’ailleurs de plus en plus visibles puisque, début 2022, Instagram chamboule de manière rampante notre quotidien en changeant d’algorithme : l’application se permet désormais de proposer un grand nombre de publications qu’elle juge pertinentes pour nous. . . Par exemple, aimer une photo d’un hérisson suffit pour être régulièrement confronté à des images de la même espèce.

Rien de grave jusqu’ici : A moins d’avoir la phobie des animaux épineux, les risques sont limités à un certain degré de fatigue. Cependant, le même phénomène se produit lorsque l’on s’intéresse aux conseils de santé ou au développement personnel. « J’ai trouvé deux ou trois comptes Instagram de psychologues dont j’aime le contenu », partage Carine, 32 ans. Et depuis, l’application me bombarde de posts axés sur le développement personnel. Intitulés Bonjour Anxiety, The Holistic Psychologist, Dose de Psy, Psychology Posts ou encore Millennial Therapist, ces rapports partagent des outils précieux, des exercices de respiration ou des moyens de se sentir compris. . Et en soi, l’accessibilité de ces informations est bien sûr très positive.

« Ça permet de poser des questions, de sensibiliser à la santé mentale, de ne pas se sentir seul et parfois de trouver des solutions », résume Juliette Marty, psychologue clinicienne basée à Paris (@récits_dune_psy sur Instagram). Cette diffusion d’informations permet aussi, je crois, de légitimer certaines situations, émotions, sensations et, le cas échéant, d’inciter à prendre rendez-vous avec un médecin, si nécessaire.

« Le rapport à la psychologie et à la psychothérapie a beaucoup évolué ces dernières années », constate Paul Jenny, psychologue et psychothérapeute FSP lausannois. Même si certains tabous et complexes concernant le fait de consulter peuvent persister, on observe une plus grande ouverture vers les soins dits psychologiques et un accès plus facile. Pour le spécialiste, l’effet positif de la grande quantité d’informations psychologiques pourrait être de libérer certaines personnes de leurs complexes face à une éventuelle demande d’aide et éventuellement de trouver une raison à leur demande.

«Overdose» d’infos

Mais que se passe-t-il lorsque nous sommes confrontés à ces informations plusieurs fois par jour dès que nous ouvrons Instagram, et s’il ne fallait pas réfléchir à ces questions en particulier ? « Ces posts sont très intéressants, mais j’ai l’impression de me reconnaître dans beaucoup de ces informations, et je m’inquiète parfois », poursuit Carine. C’est un peu comme découvrir des failles en moi-même. » On le retrouve en effet dans les mots de Paul Jenny : « Autant l’étiquette nosographique ou le type de personnalité peut parfois déculpabiliser et permettre de mieux comprendre comment on travaille, autant il peut limiter le fait de voir chez soi ou ailleurs, conduisant à des propriétés qui n’auraient pas leur place et ne pourraient donc être définies que par le label », explique-t-il.

Notez que le problème ne se situe pas nécessairement au niveau du contenu lui-même, car de nombreux professionnels de la psychologie utilisent ces plateformes pour partager des trésors d’informations. C’est surtout l’accumulation qui pourrait nous gêner : « Tout le monde fait du développement personnel, avec plus ou moins de compétences, note notre expert. Il y a parfois une forte généralisation, notamment en ce qui concerne l’hypersensibilité et les hauts potentiels intellectuels ou émotionnels, que les gens peuvent surpathologiser.

Selon une étude française publiée en 2019, nous consultons notre téléphone plus de 221 fois par jour. Lorsqu’un tiers de ce nombre est dédié à Instagram et que même le plus petit parchemin nous présente des informations sur la santé mentale, cela peut rapidement devenir accablant. Surtout quand on a l’impression que chaque post nous est dédié !

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Peut-on s’auto-diagnostiquer grâce à Instagram?

Très populaires, les listes de symptômes ou d’habitudes – potentiellement très utiles – peuvent aussi nous convaincre que nous sommes hypersensibles ou HPI. Et à moins que ces listes ne soient rédigées par des professionnels, cela peut être trompeur. « Je pense que l’autodiagnostic est un vrai risque, surtout quand les posts ne sont pas publiés par des personnes ayant une formation psychologique », explique Juliette Marty. Parfois, l’autodiagnostic conduit à une autothérapie et peut favoriser la survenue d’autres troubles, comme les troubles anxieux. En cas de doute, je pense qu’il est important de consulter un spécialiste de la santé pour répondre à toutes nos questions. Cela ne veut pas dire qu’il y a une pathologie si on se retrouve dans certains critères cités dans ces posts.

A titre d’illustration, l’expert cite notamment des contenus visant l’hypersensibilité : « ‘Je suis sensible au bruit’ est un critère très vague qui n’est pas pathogène d’hypersensibilité ou d’aptitudes intellectuelles élevées – qui d’ailleurs ne sont pas des troubles à part entière mais modes de fonctionnement.

Aux yeux de Paul Jenny, il est important d’essayer de prendre du recul : « Je conseillerais aux personnes qui se reconnaissent dans les contenus qu’elles postent de vérifier par elles-mêmes si elles ont besoin de vivre de la souffrance ou de mieux comprendre leur fonctionnement. . Si tel est le cas, une excellente option est de consulter un psychologue, ne serait-ce que pour en discuter et voir si une réclamation pourrait être sous-jacente et donc sans rapport avec la cause de la plainte initiale.

Deuxième conseil : prendre les informations partagées sur les réseaux avec des pincettes, « en considérant que ce n’est qu’une manière de voir le monde et la réalité psychique ». Le spécialiste rappelle en effet qu’il ne s’agit que d’un prisme, dont une lecture : « Alors même si vous vous reconnaissez, l’étiquette ne doit pas vous réduire ni vous emprisonner. Il devrait viser à mieux vous comprendre ou à trouver des moyens de vous aider.

Comment faire le tri?

Pour profiter pleinement de la richesse des connaissances partagées en ligne, nos deux spécialistes recommandent quelques réflexes et façons de penser pour nous protéger. Pour commencer, Paul Jenny définit la frontière subtile à respecter lorsqu’on essaie d’évaluer le bien-fondé des rapports psychologiques que nous suivons : « Je pense que lorsque ce qui est proposé sur les réseaux permet de donner des lectures potentielles sur les troubles et facilite l’accès à soins, ça peut être intéressant, tant que ça crée de l’anxiété ou crée des tensions visant l’autodiagnostic ou le diagnostic des proches, ça devient nocif.

Le psychologue-psychothérapeute rappelle également que les réseaux sociaux en eux-mêmes peuvent provoquer du stress ou de l’anxiété : « Attention à ne pas mélanger le stress provoqué par les réseaux et celui provoqué par les contenus publiés. Je conseillerais de prendre du recul et de faire des pauses dans l’utilisation des réseaux et de ne lire à aucun moment ces types de messages :

De son côté, Juliette Marty recommande de choisir des comptes de qualité tenus par des professionnels qui proposent des méthodes et des outils pour le bien-être. « Essayez de vous rappeler que ‘ce n’est pas parce que ça m’attire que c’est un problème’. Le psychologue conclut par cette phrase simple mais qui change la vie : « Rappelez-vous toujours que vos pensées ne sont pas des faits. » Tout est dit.

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