Avec la découverte de l’affaire « Michel Santier », le monde qui nous entoure s’effondre à nouveau, des gens qui ont été victimes d’ecclésiastiques, enfants ou adultes, et qui tentent désespérément de se reconstruire. Partagées entre colère et découragement, nos pensées se tournent d’abord vers ces deux hommes qui ont su trouver la force de rompre leur silence et de condamner les violences sexuelles commises il y a trente ans. Ce sont nos membres de la chaîne, nos frères souffrants, nous voulons leur montrer notre soutien.

Une culture du silence

En novembre 2021, après avoir demandé pardon à Dieu pour toutes ces attaques, pour l’immobilisme de l’Église face à elles, pour la culture du silence qui a prévalu pendant tant d’années, vous avez voté un certain nombre de décisions pour amorcer la transformation de l’église. Et dans le même temps, l’un d’entre vous a fait l’objet d’une sanction canonique pour crimes graves commis sur de jeunes majeurs.

En cachant cette sanction au peuple de Dieu, aux trois diocèses en question, et plus largement à tous les fidèles, laïcs et prêtres, vous avez répété une fois de plus cette culture du silence, si néfaste pour tout le monde. Et cela a un nom, dit justement par les deux éditorialistes de La Croix et La Vie, là vous avez commis un abus de confiance. L’effort de vérité que vous nous avez maintes fois promis serait d’annoncer officiellement la décision et le motif de la démission de Michel Santier. Bien sûr le choc serait terrible, mais aujourd’hui il est encore plus grand si nous apprenons que vous nous avez menti.

Le déni des agressions sur personnes majeures

Cette terrible affaire soulève plusieurs questions importantes auxquelles nous attendons vos réponses. Tout d’abord, il révèle la réticence (pour ne pas dire le déni) des évêques (et des croyants) à accepter et à prendre en compte l’agressivité des adultes. Preuve en est aujourd’hui, l’absence de leur mention dans la lettre de mission de l’Autorité nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr).

Oui, des adultes sont ou ont été agressés sexuellement par des prêtres qui les ont contrôlés, manipulés, rendus vulnérables pour leur gratification personnelle. Et, précisément parce qu’ils étaient sous influence, ils ne pouvaient ni résister ni s’échapper. Et ils en portent la honte toute leur vie… N’ajoutez pas à leur honte et à leur souffrance l’absence d’humanité et de compagnie fraternelle. Que comptez-vous faire pour eux et pour les victimes adultes ?

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Autour de nous, on entend de plus en plus parler du « déshabillage de confession » (qui consiste donc à se déshabiller pendant le sacrement de réconciliation) comme une pratique bien connue. Les confesseurs se livreraient-ils donc à de telles pratiques humiliantes dans l’Église sans que personne n’intervienne ? Comment est-ce possible ? Nous vous demandons constamment ce que vous comptez faire pour interdire et condamner fermement de tels actes ?

Au cours de cette terrible affaire, trois profanations ont été commises : celle des corps de ces jeunes, celle du sacrement de réconciliation, celle de l’Eucharistie puisque les faits se sont déroulés devant le Tabernacle. Ces faits sont extrêmement graves, mais si l’on a pu lire les déclarations des trois évêques inquiets sur les faits et la sanction, le silence est assourdissant sur la dimension spirituelle de ces exactions. Ce n’est pas un mot. Qu’allez-vous dire ?

Les communautés religieuses ne sont pas des lieux de soins pour délinquants sexuels

Michel Santier a reçu la sentence de retrait dans la prière et c’était la « journée de l’aumônerie » pour les religieuses. Cela nous choque ! Quel regard portez-vous sur la vie religieuse des femmes pour leur envoyer un aumônier coupable de cette triple profanation ? Chaque jour celui qui a souillé le corps de ces jeunes conduira pour eux la célébration du Corps du Christ ? Et s’il y a parmi eux une victime d’agression sexuelle, comment vont-ils vivre avec ?

Il nous est inconcevable qu’il puisse continuer à célébrer publiquement les sacrements qu’il a profanés. Encore une fois, vous nous avez dit de partager cette analyse. Nous le répétons avec force, les monastères et les communautés religieuses féminines ou masculines ne sont pas des lieux de détention ou de soins, ni pour les pédocriminels ni pour les délinquants sexuels. Que vas-tu faire?

Comment garder confiance ?

Nous avons choisi de travailler avec vous pour changer les choses. Au cours de ces trois années de travail ensemble, petit à petit, dans le dialogue et l’écoute mutuelle, sans céder et parfois douloureusement, nous avons essayé de partager avec vous nos connaissances d’expérience, de vous ouvrir les yeux sur la réalité de ces dérives et abus dans l’Église et pour vous mettre au défi de réfléchir radicalement à la façon de gérer de telles situations et de les prévenir.

Nous avons fait face à de nombreuses attaques pour avoir choisi cette voie, mais nous n’abandonnerons pas. Aujourd’hui, comme beaucoup de croyants de l’Église française, nous sommes scandalisés, découragés, anéantis. Comment garder la confiance, comment se faire à nouveau confiance ?