A bord du S.S. Maria Teresa, croisière fluviale signifie traitement royal. Reportage d’une croisière sur le Danube, entre la Hongrie et l’Allemagne, avec Uniworld.

Séjour sur le S.S. Maria Theresa

Le contraste est saisissant. Amarré au quai de Budapest, le S.S.Maria Theresa arbore un look on ne peut plus moderne : lignes épurées, coque d’un blanc immaculé, larges vitres teintées… Une fois la porte franchie, c’est le choc. Adieu la sobriété, vive le baroque assumé !

L’intérieur du navire est tout en or, fioritures, papier peint et rideaux. Si elle revenait d’entre les morts, l’archiduchesse Marie-Thérèse d’Autriche, veillant à la réception depuis son immense cadre doré, ne serait pas dépaysée.

Les SS Maria Theresa est l’un des 12 navires de la flotte naviguant autour de l’Europe pour la ligne de croisière boutique Uniworld. Et c’est l’une des plus richement décorées.

Les 75 cabines (dont 11 suites) ne font pas exception. Un balcon français permet de profiter de la vue sur l’eau en toute intimité. La cabine n’est pas grande, comme c’est souvent le cas sur les bateaux de croisière. Deux adultes doivent se sentir un peu à l’étroit lorsqu’ils se déplacent en même temps. Mais tout est bien pensé pour offrir un maximum de confort. Et le confort.

« Vous voyez, le lit est moelleux comme des guimauves », nous dit un couple d’Américains que nous rencontrâmes en quittant le navire à Budapest, car leur séjour sur le Danube s’était terminé comme le nôtre avait commencé.

« Avez-vous apprécié votre croisière ?

– Dépassé nos attentes! Vous comprendrez bientôt pourquoi. Le personnel nous régale avec des petits oignons [« nous avons été gâtés »]… ”

Les jours à venir leur donneront raison. Le personnel est serviable au possible, mais sans être obséquieux. Ici, le tablier et la chemise blanche sont de mise ; certains ajoutent même des gants blancs à l’uniforme, mais le service – en anglais seulement – est toujours chaleureux, jamais amidonné. Le sourire est sincère quand Alexandru, le serveur roumain, nous sert un verre de mousseux ou un cocktail. Ibi, le directeur de la croisière, chante la chanson tous les soirs : Hongrois ! – avant votre briefing pour prévoir le lendemain. Même le capitaine vient parfois saluer ses passagers au retour d’une visite guidée !

Il faut savoir que chez Uniworld, le pourboire est inclus dans le prix de la croisière. De ce fait, le personnel (de l’équipe de nettoyage aux guides touristiques en passant par les chauffeurs de bus) n’a pas à multiplier à l’infini les révérences ou les regards lourds d’insinuations, la main tendue.

Ce n’est pas dans les habitudes de la maison, qui mise davantage sur le service personnalisé. Aussi, dès le premier soir, les membres du personnel ont appris les noms des quelque 120 passagers à bord. Et les besoins particuliers de chacun.

Le chef a donc approché un passager végétarien dès le premier dîner. Je voulais être sûr de trouver tout ce dont j’avais besoin dans le menu. Et sinon, je pourrais toujours lui proposer quelque chose… Un bouillon de légumes pour remplacer la soupe au poulet, peut-être ?

L’itinéraire au menu

Le menu à bord, à la carte ou sous forme de buffet, varie selon les jours et les pays où le S.H. est ancré. Marie-Thérèse Le premier soir, la Hongrie était dans l’assiette : padlizsankrem (caviar d’aubergines grillées), soupe de goulache aux poivrons rouges, esterhazy tourte (gâteau hongrois composé de plusieurs couches de meringue aux noix et crème au beurre) et vins locaux D’autres soirs, la carte s’inspirera de la Slovaquie, de l’Autriche, de l’Allemagne… Pour les palais plus conventionnels, il y avait souvent des pâtes, de la viande et du poisson au menu.

Le vrai luxe, comme le diable, se trouve souvent dans les détails. Ici, ces détails ajoutent du miel à une expérience déjà douce pour le corps et l’esprit. Jus vitaminés fraîchement pressés servis au petit-déjeuner. Coffres pleins de couvertures pour se réchauffer le soir sur le pont supérieur. Les mets sucrés accessibles à tout moment dans le grand salon, appelé la salle Habsgurg. Viennoiseries et viennoiseries laissées à notre disposition dans le petit Café Vienès. Les petits cadeaux qui restent sur l’oreiller tous les soirs…

Mais parfois, le luxe ultime est de se prélasser sur un transat, le Danube à vos pieds. Le pont supérieur, immense et ombragé par de grandes toiles tendues de couleur brute, a été conçu précisément pour cela.

Le S.S. Maria Theresa en chiffres

Cabines : 75, dont 11 suites (et 1 suite royale) avec majordome

Nombre de ponts : 4, dont le pont supérieur

Année d’inauguration : Mars 2015

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Une partie du coût de ce voyage a été payée par Uniworld, qui n’a exercé aucun droit de regard sur le contenu du rapport.

L’intérieur du navire S.S Maria Theresa, de la compagnie Uniworld. Maria Teresa veille sur le navire depuis son cadre doré.

Carnet de bord

Reportage au jour le jour d’une semaine sur le Danube.

Jour 1 : Budapest : Bienvenue à bord !

Le premier jour d’une croisière est toujours un peu spécial. Une sorte de fièvre collective règne dans l’air. Certains passagers se déplacent de pont en pont pour découvrir le navire avec l’enthousiasme d’un enfant le jour de Noël. D’autres se rendent directement au bar pour rencontrer le barman et commander leur première coupe de champagne du voyage.

D’autres encore (j’en fais partie !) ont choisi de partir en exploration tout de suite, profitant d’une après-midi libre pour visiter la capitale hongroise. Le taxi-navette, fourni par Uniworld, nous a déposés au cœur de Budapest près de la place Vörösmarty. La place était animée, avec des étals de plats typiques, tels que les llangos, des petits pains frits frits à l’ail servis avec de la crème sure et du fromage. C’était dimanche : les rues pleines de vie.

Le soir, après le dîner, tous les passagers se sont réunis sur le pont supérieur. Le navire devant changer de mouillage, ce fut l’occasion de faire une croisière nocturne pour voir Budapest toute illuminée. Le clou de la soirée : le spectacle du parlement illuminé par des milliers d’ampoules blanches se reflétant dans le Danube, calme comme une mer d’huile…

Jour 2 : Budapest : Buda à vélo…Plaza à pied

En croisière, les activités terrestres sont généralement des visites guidées. Uniworld ne fait pas exception. Toutes les visites sont en anglais. Aujourd’hui, la grande question est encore de choisir le moyen de transport qui nous convient : à pied, à vélo ou en autocar climatisé.

L’itinéraire à pied (et le métro) nous a emmenés dans des coins moins touristiques, fréquentés par les locaux. C’est ainsi que nous avons découvert le marché public Feher Vari à Buda sur la rive ouest du Danube.

Ici, vous trouverez des montagnes de choucroute, du porc dans toutes ses coupes, mais surtout, offrez-vous un déjeuner pour une poignée de florins. Un repas trois services pour l’équivalent de 5$! Un avantage, si vous acceptez de communiquer par la langue des signes, car l’anglais est peu pratiqué dans le quartier. Le grand marché couvert, à côté de Pest, est plus fréquenté par les touristes. C’est l’endroit idéal pour faire le plein de paprika hongrois !

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L’après-midi a été l’occasion de découvrir Buda à vélo à mon rythme : passé les églises, au pied du palais royal et jusqu’à l’île de Margarida, poumon vert et fleuri de la ville, passe une large piste cyclable. Les SS Maria Teresa dispose de 15 vélos qui peuvent être empruntés gratuitement. Une très belle idée ! Peu importe sur quoi les passagers ont passé la journée, pour beaucoup, Budapest restera le coup de foudre du voyage.

Jour 3 : Budapest à Vienne : Du Yoga aux Arias

Aujourd’hui il est prouvé qu’en croisière on peut multiplier les activités jusqu’à épuisement. Entre le yoga du matin à 7h30 au Habsburg Lounge (tranche d’âge des participants : 21-87 ans) et le concert du soir à Vienne, la journée s’est déroulée à une vitesse vertigineuse. Le navire a déjà navigué vers 3 pays dans moins de 12 pays. heures : la Hongrie, la Slovaquie – où nous avons fait le tour de Bratislava – et l’Autriche !

L’après-midi, alors que le bateau naviguait vers le pays de Mozart, nous avons eu droit à un programme éclectique, dans la grande salle : conférence sur l’histoire des Juifs de Vienne et cours de valse ! « Un-deux-trois, un-deux-trois… »

Après le dîner à bord, les passagers ont été conviés à un concert de musique classique dans une salle du quartier historique. Sept musiciens, deux sopranos et un ténor ont interprété les airs les plus célèbres de Mozart, Strauss, Offenbach. A notre retour, le chef nous attendait avec une surprise : champagne, hot-dogs et bretzels pour tout le monde !

Vienne ne se visite pas en une journée, encore moins en une matinée. Pourtant, c’est le tour de force que doivent réussir les croisiéristes. La journée commence au Musée d’Art par une visite privée, au trot, de certaines salles avant l’ouverture de la billetterie. Vite, vite, un cocktail sous le dôme, les guides nous attendent pour visiter le quartier historique. Ici, la Hofburg, la résidence des Habsbourg. Là, le Muséum d’Histoire Naturelle, au-delà, la cathédrale Saint-Étienne (Stephansdom)…

Retour au bateau pour le déjeuner et encore une fois. Cette fois, la visite a lieu au Versailles de Vienne, château de Schönbrunn. Le parc est presque aussi grand que Monaco, le palais compte 307 chambres dont 40 sont ouvertes au public. Il faudrait trois jours pour en faire le tour : nous avons deux heures, le temps maximum. Bien sûr, c’est frustrant. D’autant plus que la visite de Schönbrunn est un supplément – 49 euros par personne – que j’ai choisi d’ajouter au programme. À bout de souffle!

Le Danube vu du S.S Maria Teresa, de la compagnie Uniworld.

Jour 5 : Dürnstein-Melk : le droit de dire non

Assez de visites guidées ! Alors que presque tout le navire est parti dans des autocars climatisés pour visiter quel vignoble, quel safran, je décide de rester à Dürnstein, où le navire est ancré pour la matinée. Direction : les ruines du château qui domine la ville en compagnie de Szandra, l’entraîneur S.S. Marie-Thérèse

L’histoire du lieu est fascinante (Richard Coeur de Lion y fut emprisonné au 12ème siècle) et les vues sur le Danube et les toits de Dürnstein sont à couper le souffle. Presque autant que la vallée de la Wachau, que nous traverserons au fil de l’eau tout l’après-midi : vignobles en terrasses d’un côté, châteaux et églises de l’autre.

A bâbord et à tribord, toutes sont des collines verdoyantes. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2000 et peut être admiré sans effort depuis un fauteuil sur le pont supérieur.

Fin d’une autre journée bien remplie : visite de l’abbaye de Melk et de sa célèbre bibliothèque.

Jour 6 : Linz : Choisir la proximité

Salzbourg ou Linz, telle était la question. Le premier est certainement grandiose, mais le voici, à deux heures de bus du navire. Quatre heures par jour de bus, c’est une grosse partie de la journée qui s’envole. À Linz, le navire se trouve devant l’un des musées des nouveaux médias les plus célèbres d’Europe. Mieux encore, sa partie historique se visite facilement à pied. Dommage pour la maison natale de Mozart !

Une fois l’exploration terminée, c’est l’occasion de profiter des transats sur un bateau presque vide. Regarder passer les bateaux est zen. Un verre de vin blanc sur un pont désert, avec le soleil qui réchauffe l’air, ressemble beaucoup au bonheur.

Jour 7 : Passau : Passau, ville assiégée

La belle ville allemande de 50 000 habitants est située au confluent de trois fleuves, le Danube, l’Inn et l’Ilz. Presque toutes les compagnies de croisière qui naviguent sur le Danube s’y arrêtent : au plus fort de l’été, il peut y avoir 28 navires amarrés en même temps, chacun déversant 150 à 200 passagers dans la ville historique. Faire le calcul. Cela fait beaucoup de monde pour admirer la beauté des places (car elles sont magnifiques), le château à flanc de montagne, la cathédrale et, surtout, son orgue de maître, avec ses 17 700 tuyaux. Le plus petit est aussi fin qu’un petit doigt. Le plus grand? Son diamètre est de la taille d’un homme.

« Certains jours, il y a plus de touristes que d’habitants en ville », admet Tobias, notre guide. Cependant, Passau conclut la croisière avec brio.

Nous sommes informés des procédures de débarquement depuis deux jours maintenant. Quelle étiquette mettre sur la valise, à quelle heure la mettre sur la porte ? Surtout, à quelle heure prendre la navette vers l’aéroport international de Munich (l’aéroport international le plus proche, à deux heures de route) ou vers Prague, pour continuer le voyage, cette fois par voie terrestre. Mon séjour se termine ici. Je quitte le navire à contrecœur, jaloux de ceux qui embarquent aujourd’hui pour faire le même trajet, dans la mauvaise direction…

photo Stéphanie Morin, LA PRESSE

La vallée de la Wachau est un site du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Bon à savoir

À partir d’environ 4 199 $, par personne, en occupation double, pour une cabine standard. Pour la Suite Royale, le prix monte à 13 199 $ par personne. Pour ce prix, tout est compris : alcool, repas, activités terrestres, pourboires. Vous n’avez pas besoin de mettre la main à la poche, sauf bien sûr pour payer le billet d’avion. En revanche, des suppléments peuvent être payés pour des vins plus prestigieux, des sorties haut de gamme (comme un tour en hélicoptère au-dessus de la vallée de la Wachau), un massage au spa…

Les visites guidées (et toutes les activités à bord) étant uniquement en anglais, une maîtrise de la langue de Shakespeare est requise. Cela explique aussi la forte proportion d’Américains, de Canadiens anglais et d’Australiens à bord. L’âge moyen était de 60 à 65 ans lors de ma croisière. La nuit, l’ambiance était assez calme…

D’autre part, Uniworld a développé un programme appelé U by Uniworld, qui propose des croisières destinées aux plus jeunes croisiéristes, avec différentes activités sportives et immersives. Le plus : à certaines dates en Europe, des activités familiales spéciales sont ajoutées à l’horaire régulier.

En 2019

L’an prochain, 34 départs sont prévus entre Budapest et Passau, entre le 17 mars et le 3 novembre. La croisière va dans les deux sens, toujours à bord du S.S. Marie-Thérèse

Renseignements : www.uniworld.com/ca