Pour pallier le manque de toilettes dans les trains de marchandises, la SNCF a proposé aux chauffeurs d’expérimenter la culotte menstruelle. Une solution qui n’a pas manqué de faire réagir les syndicats et les cheminots.

Restez sept à huit heures avec la même protection sanitaire lors de vos règles et déféquez entre deux wagons lorsque le train est à l’arrêt. C’est ce que subissent les conducteurs de fret travaillant sur le réseau SNCF. Minoritaires par rapport à leurs homologues masculins (394 femmes contre 12 530 hommes), ces cheminots souffrent depuis des années du manque de toilettes dans les trains de marchandises qu’ils conduisent.

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Une expérimentation menée auprès d’une poignée de conductrices 

Un problème récurrent, que les femmes ont soulevé à plusieurs reprises auprès de la direction de la SNCF. Pour y remédier, un service « ferroviaire mixte » a récemment eu une idée pour le moins controversée. Dans un mail envoyé mi-avril à plusieurs conductrices, le service égalité femmes-hommes de la compagnie ferroviaire leur proposait de participer à une expérimentation : tester des culottes menstruelles lavables pendant six mois.

« Le Parisien », qui a reçu le fameux mail, rapporte que ce dernier fait l’éloge des culottes menstruelles, expliquant qu’elles « conjuguent avantage environnemental, sécurité d’utilisation et praticité » car « elles peuvent se conserver plusieurs heures ».

« Ça ne passe pas »  

Initialement envoyé à trois cheminots « volontaires » qui se sont vu offrir trois culottes gratuites, le mail a été rapidement lu par tous les chauffeurs et représentants CGT.

« Ne pas passer! Depuis vingt ans, nous nous battons pour des conditions de travail décentes, notamment l’accès à des toilettes dédiées et suffisamment de temps pour se reposer. Et la box nous donne cette réponse : enfilez la culotte et gardez-la pendant 8 heures ! », insiste-t-il auprès du délégué syndical cité par « Le Parisien ».

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« La demande d’accès aux toilettes remonte à l’arrivée des femmes dans ces métiers. Ce sujet est sur la table depuis vingt ans. Toujours rien, c’est très choquant ! Et puis ils disent qu’ils veulent féminiser les métiers », souligne Fabienne, une autre camionneur dans le quotidien. Et sa collègue Maryse d’ajouter : « Enfin, on demande aux femmes qui rejoignent la SNCF de devenir des hommes et d’adopter des restrictions, notamment de faire pipi comme elles ! » »

La SNCF réagit à la polémique 

Suite à la publication de l’article « Le Parisien », Anne-Sophie Nomblot, présidente du réseau SNCF Mixité, a réagi sur Twitter, expliquant qu’elle regrettait la « présentation malhonnête de l’article publié ce matin à propos d’une expérimentation menée par SNCF Mixité en faveur des conductrices.

Je suis désolée pour la présentation malhonnête publiée ce matin par un article sur une expérimentation menée par SNCF Mixité en faveur des conductrices ⬇️ (1/10)

« En 2021, des entretiens ont été menés avec une dizaine de conductrices de poids lourds (sur 30) pour évoquer le thème de l’accès aux toilettes, identifié comme un problème majeur. Quand le sujet des toilettes a été abordé, le sujet des menstruations est vite revenu dans la discussion », poursuit Anne-Sophie Nomblot, qui précise que face au manque de toilettes dans les trains de marchandises, « la culotte menstruelle est apparue comme une option intéressante ». Ils sont actuellement testés par quatre chauffeurs bénévoles, mais ils ne peuvent pas « résoudre tous les problèmes ». « On verra si c’est une bonne idée, le problème peut avoir plusieurs solutions. »

Parmi elles, Anne-Sophie Nomblot évoque « la cartographie et l’inventaire des toilettes sur l’ensemble du territoire » et envisage « le remplacement des clés des toilettes par des lecteurs de badges ».