Le gouvernement n’est pas condamné à utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour approuver ses textes. Après l’accord de la semaine dernière entre députés et sénateurs, l’Assemblée nationale devrait, sauf surprise de dernière minute, voter sans difficulté mardi 15 novembre la réforme des licenciements. Et le Sénat devrait trancher jeudi 17.

Majoritaire au Sénat et indispensable pour obtenir le vote affirmatif de l’Assemblée nationale, la droite a fait payer cher son soutien, notamment en restreignant l’accès à l’assurance-chômage aux intérimaires ou CDD qui refusent indéfiniment le contrat.

Pas d’indemnisation pour les CDD refusant un CDI

Dans un premier temps, le texte proposé par le gouvernement était censé prolonger les règles d’indemnisation des chômeurs qui expiraient le 1er novembre, et préparer le terrain à « l’anti-cyclicité du système », c’est-à-dire une modulation de l’assurance-chômage selon les conditions de la situation du marché du travail.

Alors que les entreprises disent avoir du mal à trouver des salariés et que le nombre d’offres d’emploi reste élevé, certains s’étonnent que des personnes en fin de CDD ou d’intérim soient éligibles à l’assurance chômage lorsqu’elles refusent un CDI proposé par leur employeur. Confirmant la suppression par l’Assemblée des indemnités après départ – déjà à l’initiative des Républicains – le Sénat a étendu la disposition aux CDD et aux intérimaires qui refuseraient par deux fois une proposition de CDI.

Si le gouvernement avait été contre, la première ministre Élisabeth Borne aurait finalement accepté par souci de compromis. « Je ne suis pas sûr que cela touchera grand monde car cela impliquera une procédure complexe pour les entreprises », assure le député Renaissance Marc Ferracci, rapporteur du texte à l’Assemblée, selon qui il sera difficile de juger du caractère raisonnable de la CDI proposé par l’entreprise même pour Pôle emploi.

« On part du principe que les chômeurs ne veulent pas travailler mais c’est faux »

« De toute façon, quand quelqu’un refuse un CDI après un CDD, c’est qu’il préfère un meilleur travail », balaye le secrétaire général CFDT Laurent Berger. Les employeurs doivent comprendre qu’avec la baisse du chômage de masse, le rapport de force s’inverse. Ce compromis politique sera donc inefficace, ainsi qu’inéquitable. « 

Et n’oubliez pas que déjà un chômeur sur deux n’est pas indemnisé. « On suppose que les chômeurs ne veulent pas travailler, mais ce n’est pas vrai, souligne-t-il. Concentrez-vous sur ce qui les empêche de prendre un emploi et qui n’est pas lié à la rémunération, comme la santé ou la garde d’enfants. « 

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Le caractère anticyclique du système est réaffirmé, ce à quoi les syndicats s’opposent aussi fermement. « C’est la mauvaise idée du moment », a expliqué le secrétaire général de Force Ouvrière Frédéric Souillot à l’Association des journalistes des médias sociaux. « Nous avons toujours les mêmes drapeaux ! Mais le nombre d’emplois vacants reste sensiblement le même qu’avant Covid : principalement des emplois à temps partiel, des remplacements à temps partiel et surtout des emplois peu attractifs… »

Pourtant, la droite sénatoriale aura écouté les syndicats sur un point, refusant de complètement quitter la main du gouvernement pour la réforme du fonds des licenciements et redonnant de l’espace à la négociation avec les partenaires sociaux.

Bonus-malus pour les entreprises ayant recours aux contrats courts

A sa demande, le gouvernement va lancer une consultation des syndicats et du patronat sur la gouvernance de l’assurance-chômage et son cadre financier. Ils pourront même mettre de côté le document-cadre du gouvernement (la précédente négociation en 2018 avait échoué en raison d’une lettre-cadre trop rigide de l’exécutif, impossible à respecter de l’avis général).

« Le groupe LR au Sénat a insisté sur le fait que le système paritaire qui est à la base du pacte social français et dont le gouvernement a gravement abusé ces derniers temps est au cœur de la gestion des licenciements, se félicitent les sénateurs LR. Le Sénat a mis un coup d’arrêt à toutes les nationalisations, tentation constante du macronisme depuis cinq ans. »

La droite a cependant baissé le lest sur le bonus-malus des entreprises qui avaient trop recours aux contrats à court terme : alors que le Sénat avait vidé le système de sa substance, le texte originel de l’Assemblée nationale a été rétabli. « C’était une ligne rouge pour nous, explique Marc Ferracci. Je crois que le texte a été entièrement restauré. »

Un chômeur sur deux n’est pas indemnisé

6,8 millions de personnes sont inscrites à Pôle Emploi, dont 3,2 millions en catégorie A (chômeurs, tenus d’effectuer des actes positifs de recherche) et 2,3 millions en catégories B et C (qui exercent une activité réduite).

3,6 millions de demandeurs d’emploi ont ouvert le droit à une indemnisation, mais seuls 2,5 millions sont effectivement indemnisés (les autres sont maintenus par la Sécurité sociale, en attente d’indemnisation, ont une activité suffisante, etc.).

Selon le ministère du Travail, environ 30% des chômeurs éligibles ne bénéficient pas de l’assurance chômage (par méconnaissance de leurs droits, parce que l’allocation ne leur semble pas assez attractive ou parce qu’ils pensent pouvoir trouver rapidement un emploi).