À première vue, cela ressemble à une simple publicité de sous-vêtements, car elle défile constamment sur le Web – surtout lorsque les algorithmes vous ont ciblé. Sur la photo, une jeune femme pose avec tous les slips noirs classiques, coutures subtiles, petits motifs sur le devant… et puis, ce slogan renversant : « Absorbe jusqu’à quatre tampons ! »

Vous ne le savez peut-être pas encore, mais il est en train de conquérir le très lucratif marché de la protection hygiénique : la culotte menstruelle. Un nom qui se murmure désormais le soir entre amis et décrit bien le concept, après tout c’est assez simple. Sous-vêtement qui peut encaisser le flux des règles pendant plusieurs heures grâce au rembourrage à l’entrejambe. Au point de se demander : mais pourquoi n’y avait-on pas pensé ?

A lire aussi :

Les règles, vers la fin du tabou ?

Manque d’innovation

A l’instar de la cup, petit entonnoir lavable en silicone popularisé ces dernières années, la culotte menstruelle se présente comme une alternative aux tampons et serviettes jetables. Lavable en machine, il est né de la conscience écologique actuelle – une femme jette environ 10 000 protections hygiéniques au cours de sa vie – et de la réalité : entre inconfort et risques pour la santé – le syndrome du choc toxique, qui peut se déclencher après avoir porté trop longtemps un tampon, un nouvelle victime en Belgique revendiquée début janvier – de nombreuses femmes se détournent des protections conventionnelles.

Ce commentaire note également la marque américaine Thinx, l’une des premières à lancer la production de culottes menstruelles, en 2015. « Il y avait un cruel manque d’innovation dans ce domaine, car aucun autre produit n’était entré sur ce marché depuis l’invention de la culotte menstruelle cup en 1937, elle-même a mis plusieurs décennies à se vendre, note Hilary Fischer-Groban, directrice commerciale de Thinx. On s’est rendu compte que les femmes ressentent le besoin de gérer leurs règles différemment. »

Fondée par l’entrepreneur et pionnier américain Miki Agrawal – à qui l’on attribue également une pizzeria sans gluten – Thinx a développé et breveté une combinaison de tissus spéciale, avec une couche absorbant l’humidité, une deuxième absorbante droite et une troisième anti-fuite. , le tout suffisamment fin et subtil pour éviter « l’effet Pampers ».

Le sang, pas un déchet

« Nos tissus sont conçus pour lutter contre les odeurs et les bactéries », explique Hilary Fischer-Groban. Pour chaque flux, il existe un style, une couleur et une capacité d’absorption différents. Sur le site Web, les sous-vêtements sont classés en « jours légers », « jours modérés » et « grands jours ». Un essai vous permet d’évaluer la culotte la mieux adaptée à vos besoins.

Selon son directeur commercial, Thinx compte désormais un million de clients, un leader du marché qui a désormais son stand aux Galeries Lafayette à Paris, inaugurées avec champagne et petits fours en juillet dernier. Si le produit fait de plus en plus d’adeptes – une étude récente estime la croissance du marché des culottes menstruelles à environ 30% sur les cinq prochaines années -, d’autres se disent rebutés par son prix, d’une quarantaine de francs en moyenne.

Mais aussi par l’idée même de la culotte qu’ils considèrent comme un retour en arrière, à l’époque où les femmes saignaient dans leurs haillons. L’auteure de C’est mon sang (La Découverte, 2017), Elise Thiébaut corrige : « Au XVIIIe siècle, on avait les chauffoirs [des linges destinés à éponger la sueur ou le sang des règles, ndlr], ou simplement des jupons. superposées dans les campagnes. Mais les sous-vêtements hygiéniques sont vraiment innovants !

À Lire  Transpiration faciale : causes et remèdes naturels

Selon elle, ces réponses s’expliquent plutôt par le fait que les produits jetables ont rarement été remis en cause, et ce depuis leur naissance, après la Première Guerre mondiale. « Les infirmières ont d’abord créé des serviettes avec des bandes de coton, de la gaze et une couche de caoutchouc, mais c’est après la Seconde Guerre mondiale que l’hygiène féminine est devenue un énorme marché. Trois entreprises internationales en sont aujourd’hui les leaders : Johnson & Johnson, Procter & amp; Gamble et SCA, le groupe à l’origine de la marque Nana. Dès lors, le développement de ces produits obéit à une logique commerciale plutôt qu’à l’expérience des femmes. De plus, beaucoup ne supportent pas les tampons mais pensent avoir un problème, ont honte d’en parler.

A lire aussi :

Règles coquettes

L’égalité ne sera jamais atteinte sans briser le tabou menstruel

En particulier, les publicités pour ces produits conventionnels auraient façonné la relation des femmes avec leurs règles. « On a eu un super conditionnement, notamment sur l’idée d’hygiène : il faut absorber le plus possible pour qu’il n’y ait pas la moindre tache, la moindre odeur, souligne Elise Thiébaut. Il est temps de préciser que le sang menstruel n’est pas un gaspillage. C’est liquide, tout comme les larmes ou la salive. »

Des culottes pour combattre les tabous et les diktats féminins, l’idée a fait son chemin. Si, en Suisse, aucune marque n’en produit ou ne le commercialise à ce jour, la curieuse commande est leur premier sous-vêtement menstruel en France (frais de port et de douane), où les marques se sont multipliées en quelques mois. Fempo, Maguette, Petites Culottées, Smoon : elles sont aujourd’hui une vingtaine en France à se partager ce marché florissant, essentiellement en ligne, promettant de libérer les femmes du fardeau mental des menstruations.

L’une des plus populaires, Réjeanne, a trouvé son créneau : la culotte menstruelle de luxe 100% made in France. Lancé par deux ex-avocats, il a fait le pari d’harmoniser menstruations et glamour. Et ça marche : à l’automne 2018, un financement participatif a permis à Réjeanne de vendre 7 500 culottes en quarante-cinq jours et de récolter 230 000 euros, devenant ainsi le projet le plus soutenu de l’histoire de la plateforme Ulule dans la catégorie « entrepreneuriat féminin ».

Bientôt en Suisse

Les modèles, vendus jusqu’à 59 euros, sont rehaussés de dentelle fine. Coquetterie inutile ? « Au contraire ! Beaucoup de femmes veulent se sentir bien pendant cette période et sont heureuses d’avoir, en plus de leur « vieille culotte menstruelle », un beau sous-vêtement, de l’avis de Wye-Peygn Morter, co-fondatrice de la marque. D’autres le combinent avec un tampon. »

Réjeanne affirme utiliser des matières non traitées, dont du coton biologique pour les parties en contact avec la peau. Un argument qui n’est pas anodin alors que des nanoparticules chimiques ont été retrouvées dans les tissus de certaines culottes américaines.

Grâce à un partenariat avec la marque Darjeeling – filiale du groupe Chantelle – les culottes Réjeanne sont arrivées dans les rayons d’une centaine de magasins en France. Et vise à toucher un public plus large, avec un modèle de maillot de bain – destiné à éviter « la course aux toilettes en sortant de l’eau » – et une collection pour adolescentes prévue ce printemps, en partenariat avec une jeune influenceuse.

A lire aussi :