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Un sujet de plaisanterie pour certains

6 octobre 2022 à 8h30

Photo d’illustration © Saranya 7 / Pixabay.

Vers un congé menstruel en France ?

Sur les 14,5 millions de Françaises actives, 53% des salariées ont des règles douloureuses, dont 16% pour lesquelles elles sont « très douloureuses », révèle une enquête* réalisée par l’Ifop pour le fabricant de culottes menstruelles Eve and Co. les Français et les Françaises favorables à la mise en place du congé menstruel. Cette licence est déjà en vigueur en Espagne, au Japon, en Zambie, à Taïwan, en Indonésie… En France, aucune loi ne l’établit, mais un petit nombre d’entreprises l’appliquent.

Outre les difficultés à en parler vécues par certaines, d’autres plaisantent ouvertement sur les menstruations en plein bureau ou dans les ateliers, au détriment de la gent féminine. En effet, selon cette enquête, une salariée sur cinq a fait l’objet de moqueries ou de commentaires désobligeants sur les règles (dont 37% des salariées de l’industrie et 36% des ouvrières du BTP).

Ici, il y a la fameuse phrase « Celle-là, elle est très énervée, elle doit avoir ses règles », là, une supposition générée par le malaise d’une employée… et les rires ne tardent pas à exploser.

Un plus pour les employeurs qui l’appliquent

Il est d’autant plus difficile de prendre position sur cette question que les règles restent un sujet tabou dans les entreprises et les administrations. Quant à la licence menstruelle, très peu savent qu’elle existe dans d’autres parties du monde, et d’autres la condamnent…

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Des difficultés réelles liées aux règles

Cependant, la grande majorité des salariés (66%) souhaiteraient ou approuveraient l’introduction du congé menstruel dans l’entreprise où ils travaillent ; 64% pourraient l’utiliser si nécessaire. Cependant, 82% des salariées interrogées pour les besoins de cette enquête disent craindre le frein à l’embauche des femmes que peut créer le congé menstruel, les employeurs pouvant être tentés d’embaucher un homme plutôt qu’une femme susceptible de demander un congé menstruel. Selon elles, l’existence du congé menstruel pourrait retarder leur développement professionnel, voire les mettre sur la sellette, si elles y recouraient.

Une parole muselée ou de l’autocensure ?

Les femmes qui n’utiliseraient pas le congé menstruel s’il était répandu citent plusieurs raisons : 53 % craignent qu’il ne soit pas cru ou considéré comme paresseux, et 39 % abandonneraient par peur des yeux des gens (collègues, managers, clients, fournisseurs) .

Pourtant, au moment du recrutement, 66% des salariés interrogés pensaient qu’une entreprise proposant des congés menstruels serait plus attractive. A l’heure où les entreprises ont des difficultés à recruter, ce sujet pourrait donc faire la différence pour les futurs collaborateurs.

L’enquête Ifop révèle que 35% des salariées interrogées estiment que les douleurs menstruelles ont un impact négatif sur le travail. 65% des femmes exerçant une activité salariée ont déjà rencontré des difficultés au travail à cause des menstruations (44% d’entre elles ont du mal à se tenir debout, 38% ont des difficultés à accéder aux toilettes). Et 37% des femmes actives interrogées estiment que les nuisances causées par les règles ne sont pas suffisamment prises en compte dans leur entreprise.