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Succès surprise ou succès attendu, « Libération » passe en revue les meilleures ventes en librairie. Cette semaine, l’album où l’auteur comique Socrate crache devant un steakhouse.

La bande dessinée est « l’art sans nom » pour Pascal Ory. Pour Catherine Meurisse, elle est « une acrobate et une acrobate ». Pitre, sans doute, mais patience, car il faudra attendre 2020 pour que le 9e art soit « fixé » au 23, quai Conti. Et, Meurisse, en même temps. De la résidence traditionnelle des Arts décoratifs d’Arnaud d’Hauterives à la nouvelle section de gravure de l’Académie française, cela prouve que l’illustration n’est pas un art mineur. Et Human, Too Human de Catherine Meurisse, tiré à 70 000 exemplaires, pourrait bientôt figurer dans un programme de philosophie au lycée.

Est-elle didactique ?

Gamine, qui a dessiné le petit Nemo, ce sont désormais les intellectuels qu’il croque : des philosophes comme Kant et Arendt en passant par Barthes. Objectif ? Faire connaître leur écriture à travers des remerciements burlesques. Ceux-ci ont été publiés pour la première fois dans Philosophie à partir de septembre 2017 dans une double page. Catherine Meurisse n’a rien changé à cette BD. La mère de saint Augustin, gérante d’un club libertin, porte un corset de cuir, incarnant le modèle de foi et de bonté des Confessions. Socrate, quant à lui, est obsédé par le barbecue organisé ce soir à Delphes. « Qu’est-ce que c’est bon ? / Oh ! Une côte comme ça, au moins… » Sans être bête du tout, Meurisse prouve que philosophie ne doit pas rimer avec raideur et froideur.

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Aimez-vous l’art ?

Il admire Tomi Ungerer, Sempé et Quentin Blake. La ligne est rapide, les lignes rondes et l’humour pointu. Chez soi comme chez soi, captant ici l’essence des philosophes anciens et modernes. La beauté artistique, qui est déjà au centre de la légèreté, prend également le pas sur l’humain, trop humain – et cela superficiellement. Voici Meurisse vêtue d’une culotte rouge, regardant fièrement au sommet d’une montagne – quelque chose qui rappelle le tableau de Caspar Friedrich que nous retrouverons plus loin dans le livre. Ce n’est pas la seule chose qui se moque de lui. Des expositions d’art contemporain aussi. Hegel, devenu peintre sous sa plume, fabriquait et montrait des « costumes », selon lui, car « l’art exprime la liberté de l’esprit ».

Où sont les femmes ?

Ils sont un peu bizarres (on en a compté trois), mais ce n’est pas la faute de Catherine Meurisse. « L’histoire de la philosophie, comme celle de l’art, s’est écrite au masculin », dit-il. Comme partout, les femmes sont devenues invisibles. Pas Simone de Beauvoir. « Loin de l’image du deuxième sexe », l’écrivain fume ici la pipe, propose l’œuvre de l’Etre et gna gna et s’exclame : « Un hystérique » (définition de Charcot inversée) voyant Sartre proclamer « Nous ne naissons pas hommes, nous devenons Inversant les rôles et se moquant des hommes philosophes, parfois avec une pensée sexiste, Meurisse permet aux femmes d’échapper à cette éternelle seconde place. Ultime solution pour y parvenir : la mise en scène. Ce qu’elle a appris dans Charlie va de cas en cas en décryptant ces théories à travers une vitrine féministe.