Formation de base, spécialisations, formation en gestion ou master en pratique avancée… Les formations diplômantes ouvertes aux étudiants infirmiers et infirmiers sont intégrés à l’université ou se rapprochent progressivement, notamment à l’automne 2022. Un mouvement qui répond aux attentes de certaines branches de la profession pour une plus grande reconnaissance du rôle des IDE .

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L’offre de formations ouvertes aux infirmières (ou à celles qui souhaitent le devenir) s’étoffe progressivement avec l’augmentation du niveau universitaire de formation infirmière et l’élargissement de la marge d’action des infirmières.

Côté formation, la « nouvelle référence » de 2009 a fini par vieillir, et de nombreux joueurs demandent à la remplacer par une version plus actuelle.

Par ailleurs, comme le précise Michèle Appelshaeuser, présidente du Comité de l’accord sur la formation infirmière et managériale (Cefiec), « elle n’a jamais été évaluée ». Surtout, ajoute-t-elle, « si on définit un nouveau périmètre pour les aidants, notamment avec un mandat légal étendu, cela affectera la formation ».

La réforme, sous une forme ou une autre, semble inévitable pour la plupart des acteurs pour répondre à ces perspectives et à la nécessité de mieux adapter les enseignements et les pratiques aux besoins de santé d’aujourd’hui et de demain.

Par ailleurs, poursuit le président du Cefiec, « si l’on veut respecter les directives européennes (sur la formation des infirmiers, ndlr), il manque 400 heures à la formation française » car elle compte 4.200 heures au lieu des 4.600 préconisées au niveau européen.

Expérimentations en formation initiale

Cette réforme n’est pas encore dans les tuyaux, mais l’approche de l’IFSI envers les universités s’accélère.

Elle a commencé en 2009 avec la reconnaissance du diplôme d’État au niveau licence, mais l’intégration universitaire des étudiants de l’IFSI a pris plus de 10 ans.

Dans la plupart des IFSI, cela n’a rien changé ou presque. Mais d’autres ont saisi l’opportunité d’expérimenter des échanges entre l’éducation à la santé et les universités proposés par un décret du 11 mai 2020 et un décret du 9 septembre 2021. Les « démarches » sont plus ou moins globales.

Ici, il permet aux étudiants infirmiers d’obtenir une licence en sciences de la santé mention « science infirmière » en plus du DEI.

Elle y construit une passerelle entre licence en santé et formation en soins infirmiers : à la clé, des passerelles vers la formation des IDE, un enseignement qui comprend une grande partie de cours dispensés par l’université, mais aussi, toujours, une grande partie de cours dispensés par pairs, infirmières .

Université et reconnaissance professionnelle

La dimension professionnalisante de la formation n’est pas remise en cause pour autant. « Depuis la création des premiers brevets nationaux, en 1922, la formation s’est toujours faite en alternance », rappelle Sophie Divay, sociologue et maître de conférences à l’université de Reims.

Contrairement à la médecine, qui est également enseignée en alternance et par les pairs, la formation infirmière n’est pas solidement ancrée à l’université. Cette distinction est remise en cause depuis les années 1950 : « un mouvement de fond s’affirme de plus en plus chez les infirmiers et les autres professions paramédicales qui émergent peu à peu, note aussi le sociologue. Elle consiste à vouloir « universiser sa formation », c’est-à-dire à obtenir un diplôme délivré par l’université.

Les diplômes d’État (IDE, Iade, Ibode, IPDE, IPADE et cadre santé) sont en effet délivrés par le ministère de la santé et les licences, masters et doctorats des universités.

Selon le sociologue, cette aspiration à l’universalisation s’enracine dans le lien, indissociable mais asymétrique, entre médecins et infirmiers, qui pousse ces derniers à revendiquer « plus de reconnaissance et d’autonomie » au nom d’une légitimité aussi méritée que les médecins.

Formation initiale « upgradée »

Les démarches auprès des universités ont « rehaussé l’enseignement en termes de savoirs académiques », observe Michèle Appelshaeuser.

Une fois les essais terminés, ils doivent être évalués. Il est impossible de savoir dans quelle mesure une réforme de l’éducation de base peut s’en inspirer.

La mise en place d’habitudes de co-construction pédagogique entre universitaires et responsables de formation et leur articulation prend du temps. Selon le président du Cefiec, les avis sont « mitigés » sur les expérimentations.

En tout état de cause, la commission d’agrément veillera, dit-elle, à ce que le diplôme d’Etat reste un diplôme national, dont les titulaires auront reçu une formation identique sur tout le territoire (malgré l’autonomie des universités), et que la formation reste professionnelle et dispensée par collègues.

Il reste aussi lié au maillage du territoire de l’IFSI, indique le directeur, car cela favorise l’ancrage des jeunes diplômés dans des filières éloignées des grands pôles universitaires et favorise leur présence sur l’ensemble du territoire. Mais les passerelles peuvent également être utilisées pour la formation à d’autres métiers.

La plus grande ouverture de l’université aux IDE est également passée par la création en octobre 2019 de la section « sciences infirmières » du Conseil national des universités (CNU) pour les disciplines de santé. Une étape importante dans le développement de la formation infirmière. Elle a littéralement donné corps à cette science au niveau universitaire en ouvrant la porte, comme le souligne Sophie Divay, au recrutement d’enseignants-chercheurs dans cette discipline.

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Poursuivre en master et doctorat

Surtout, depuis la reconnaissance du DE au baccalauréat, les IDE peuvent officiellement poursuivre des études à l’université pour une maîtrise et un doctorat.

Il n’est actuellement pas possible de dire combien d’infirmières ont suivi ces cours.

En effet, les IDE peuvent exiger l’inscription à un master spécifique à leur secteur (pratique infirmière avancée) ou à un master non spécifique (santé, santé publique, sciences cliniques en soins paramédicaux, droit et gestion de la santé, ressources humaines, gestion de la santé , sciences de l’éducation, etc.). Et si des doctorats sont ensuite proposés dans des disciplines non spécifiques, le doctorat en sciences infirmières n’existe pas encore en France – contrairement à d’autres pays – ce qui oblige les professionnels titulaires par exemple d’un master IPA ou d’un master en sciences cliniques infirmières à choisir une voie différente s’ils souhaitent poursuivre une thèse.

Pionnières, les infirmières anesthésistes (Iade) ont vu leur diplôme reconnu au niveau master en 2014, deux ans après que la durée de la formation était passée à 24 mois. Il s’agit donc d’un enseignement universitaire réalisé dans des écoles répondant aux exigences du diplôme de master, indique le Comité d’entente pour les écoles du Iade (CEEI).

Environ 600 à 640 Iade sortent chaque année des écoles pour 750 places disponibles. Un supplément au diplôme ouvre des passerelles universitaires, que le CEEI souhaite voir s’élargir, notamment vers la pratique avancée.

Selon le comité, les étudiants de l’Iade souhaitent une plus grande reconnaissance du caractère académique de leur diplôme. C’est le cas pour d’autres spécialisations : l’obtention d’un DE spécialisé donne droit à une augmentation de salaire, mais ni le master ni le master ne sont reconnus comme tels, du moins dans les grilles de la fonction publique de l’hôpital.(FHP) .

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Passerelles vers la recherche infirmière

Spécialisations à géométrie variable

Sauf pour les IPA. Leur formation s’est établie directement à l’université en 2018. Depuis, plus de 1 700 infirmières ont obtenu leur DE en pratique avancée (au niveau de la maîtrise) et, après une période d’escalade, 700 nouveaux diplômés devraient être diplômés chaque année parmi les trente universités qui lui offrent le cours.

L’universalisation des études pour devenir infirmier de bloc opératoire (Ibode) vient de débuter cette année, constate avec satisfaction Alain Cartigny, président du Conseil national professionnel (CNP) d’Ibode.

La quasi-totalité des écoles (24 sur 26) sont affiliées par convention à une université. Même si « de nombreux universitaires étaient déjà impliqués dans les enseignements », ajoute le président du CNP, cette université était réclamée de très longue date par les représentants d’Ibode.

Selon lui, cette nouvelle étape est « une évolution normale ». Il « garantit la qualité de l’enseignement » et renforce l’activité d’Iboden, estime-t-il. Ils deviendront ainsi, ajoute le président du CNP, « des professionnels qui décideront en commun avec les médecins » et pourront développer davantage de projets de recherche. Soit dit en passant, la formation est passée de 18 à 24 mois.

Les professionnels de la petite enfance (IPDE), qui obtiennent environ 1000 IPDE par an, doivent encore entrer dans la « cour des grands » de l’université.

Or, la référence de 1983 est « complètement dépassée », observe Charles Eury, président de l’Ordre des infirmiers. La formation dure donc toujours un an dans les 34 écoles agréées. Lesquels commencent à avoir du mal, selon le président du collège, à remplir toutes leurs places.

Tous les représentants des IPDE ainsi que ceux des pédiatres, ajoute-t-il, souhaitent voir cette formation se développer. « Nous avons travaillé avec des référentiels d’activités, de compétences et de formation basés sur le modèle de la pratique avancée », explique Charles Eury.

Cette formation sera axée pendant deux ans sur la santé de l’enfant et débouchera sur un diplôme d’État de master, comme les autres spécialités. Les acteurs y travaillent depuis 10 ans… et « demandent l’ouverture d’un groupe de travail sur le sujet de la mise en place à la rentrée 2023 », insiste le président du collège.

Référentiels obsolètes

La situation de la formation des cadres de santé se distingue. Leurs instituts de formation et leurs syndicats réclament une révision du référentiel qui date de 1995.

Après trois ans de formation en réingénierie, le travail s’est arrêté. Mais « la maîtrise s’est faite – entre guillemets – assez naturellement, c’est-à-dire sans régulation, note Sophie Divay. Sur le terrain, pratiquement tous les instituts de formation en management de la santé (IFCS, ndlr) ont depuis longtemps passé une convention avec une université ».

Les étudiants suivent donc en parallèle un cursus de DE exécutif et un master lié à leur projet académique (gestion, enseignement etc.). Cela ajoute des cordes à leur arc mais ne change pas leur statut dans la FPH ni n’augmente leur rémunération…

Selon Michèle Appelshaeuser, les jeunes diplômés sont généralement pressés de travailler (et c’est probablement une bonne chose compte tenu du manque actuel d’IDE).

Mais même si une maîtrise ou un doctorat n’est pas aussi souvent valorisé, des opportunités de formation s’ouvrent, tout comme les opportunités d’enseigner à l’université et de mener des travaux de recherche désormais estampillés du sceau universitaire.

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