En faisant fi, dans son allocution du mercredi 22 juin au soir, d’évoquer les retraites, Emmanuel Macron a encore dissipé des perspectives de réformes qu’il jugeait importantes ces derniers temps.

« Les réformes sont essentielles pour sauver notre système de retraite », a conclu le ministre de l’Economie Bruno Le Maire en avril, quand d’autres représentants de la majorité présidentielle ont insisté sur la nécessité de « travailler plus », et donc de repousser les retraites officielles. l’âge, pour maintenir l’équilibre du système par répartition.

« Il n’y a pas urgence », a répété le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, à l’unisson avec d’autres syndicats. Tout repose sur un rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) de 2021 concluant que « la part des dépenses de retraite dans le PIB » reste « sur une trajectoire maîtrisée » grâce aux réformes précédentes, à un peu moins de 14% du PIB.

« L’argent des retraites ne doit pas servir à financer autre chose »

Malgré la crise, le COR prévoit même un déficit maîtrisé de « près de 0,4% du PIB d’ici 2021 ». Le rapport 2022, censé confirmer ou infirmer cette prévision, était attendu mercredi 22 juin, mais le gouvernement n’a pas envoyé les éléments à temps pour faire les calculs…

Cependant, pour certains économistes, la charge des retraites dans l’économie française est trop élevée. La Commission européenne s’inquiète ainsi du déséquilibre des finances publiques françaises et appelle à une uniformisation du dispositif. Le marché pourrait également être réticent à prêter à la France pour couvrir son déficit.

Car l’un des objectifs des réformes proposées par Emmanuel Macron est de dégager des marges budgétaires, jusqu’à 9 milliards d’euros, pour financer d’autres politiques, comme celle de la dépendance. Impensable par le syndicat. « L’argent des retraites ne doit pas servir à financer autre chose », prévient Laurent Berger, dont le syndicat propose, pour financer la dépendance, « la création d’un prélèvement de 1% au premier euro sur toutes les successions et donations ».

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Les syndicats réformistes n’excluent pas une réforme

Plus largement, les syndicats, qui constatent qu’un nouveau retraité sur deux n’aura plus d’emploi à son départ à la retraite, s’interrogent sur l’efficacité d’un relèvement de l’âge de la retraite. Une étude du ministère social a évalué que le report de l’âge de la retraite coûterait plus de 4,9 milliards d’euros pour le chômage, le RSA ou l’invalidité.

Les syndicats réformistes, emmenés par la CFDT, veulent des réformes, mais pour compenser les inégalités du système : pour les femmes, dont les retraites moyennes restent inférieures à celles des hommes, ou pour celles qui ont des carrières difficiles ou qui commencent tôt à travailler mais doivent cotiser jusqu’à l’âge légal. , donc plus long que les autres. Emmanuel Macron a également fait signe en annonçant une hausse de 4 % des retraites à partir d’août, et s’est dit prêt à évoquer les difficultés et une longue carrière.

L’âge, chiffon rouge pour les syndicats

Pour le syndicat, qui laisse entendre que les réformes de Touraine portent la durée de cotisation à 43 ans d’ici 2035, n’ont pas eu tous leurs effets et que l’espérance de vie n’a pas augmenté de manière significative depuis, toute mesure d’âge reste un chiffon rouge. Lors du récent congrès de Lyon, la CFDT s’est d’ailleurs fermement opposée à toute nouvelle prolongation.

Pour mener à bien ses réformes, le gouvernement pourrait bien sûr s’allier au Parti républicain, dont le programme prévoit un report jusqu’à 65 ans de l’âge minimum de départ. Mais les syndicats ont prévenu : ils sont prêts dans ce cas à descendre dans la rue.

« Toucher à l’âge ne sert à rien »

Leur analyse est partagée par des économistes qualifiés de libéraux. « Toucher l’âge ne sert à rien, si cela ne gêne pas », juge Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes.

Avec Transition démographique, président de l’Économie de transition, il a proposé début juin de rééquilibrer le système des retraites en facilitant le recrutement des seniors, dont le taux d’emploi pourrait augmenter de 10 points en dix ans. Une proposition saluée dimanche 19 juin par Force ouvrière qui, lors de son congrès, fin mai à Rouen, a approché d’autres syndicats réformistes qui avaient bougé en 2018.

CFDT, CFTC, FO affichent ensemble près de 60% de représentation, donc la réforme des retraites sera possible. A condition qu’Emmanuel Macron rejette toute mesure d’âge.