« J’ai l’impression d’avoir toujours 30 ou 40 ans », Marie-Ange, 72 ans

« Quand les gens me demandent mon âge, je dois toujours le calculer en fonction de mon année de naissance. Je ne m’en souviens jamais ! Pour être honnête, je ne pense pas que cela signifie beaucoup pour moi. J’ai toujours l’impression d’avoir 30 ou 40 ans. , parce que je ne me voyais pas vieillir. Je m’entends super bien avec les jeunes, je me tiens au courant des nouveautés sur les réseaux sociaux, à la télé ou au cinéma. Pas pour me donner un genre , mais parce que j’aime ça . D’ailleurs, mes petits-enfants apprécient beaucoup mon état d’esprit. »

– Ne pas connaître son âge « à l’extérieur » n’est pas particulièrement surprenant, car il ne cesse de changer. Et surtout, il ne nous définit pas, ne révèle pas qui nous sommes. « Pour Marie-Ange, ses 30 ou 40 ans représentaient sans doute une période de sa vie où elle se sentait particulièrement satisfaite. Elle reste donc concentrée sur cette jeunesse intérieure qu’elle vit sans se focaliser sur l’image qui se reflète dans le miroir. Elle semble moins soucieuse de son apparence et des éventuelles rides de son visage que d’une volonté de rester dans le courant de la vie. Et c’est ce qui la rend attirante aux yeux des plus jeunes », note Virginie Megglé, psychanalyste et auteure de « Hyperémotive. tempête » (éd. Eyrolles, 2021, 18 €).

« Dans une société où l’espérance de vie ne cesse d’augmenter, il est tout à fait logique d’être porté longtemps par le sens de la jeunesse. Le temps à vivre semble encore très long, et cela nous fait relativiser notre âge », note Christine Castelain-Meunier, sociologue, co-auteur, avec Francis Meunier, de « Devenir écoféministe » (éd. De Boeck, 2022, 16,90 €). Alors considérez-le plus sereinement !

« Je fête mon anniversaire avec mon fils né le même jour », Élise, 83 ans

– « Mon fils est né le même jour que moi. Le destin nous a joué un très beau tour car ainsi nous pouvons fêter nos anniversaires ensemble… avec 27 bougies plus petites pour lui ! Alors j’aime particulièrement mon anniversaire… anniversaire Oui, chaque année je vieillis un peu, mais ça ne me touche pas parce que j’ai toujours mon fils à mes côtés ce jour-là, parce qu’on ne déroge jamais au rituel de souffler toutes nos bougies ensemble sur un gros gâteau au chocolat. Je vieillis aussi, mais ici nous sommes heureux et en bonne santé. »

– Si certaines personnes refusent obstinément que leurs proches leur souhaitent leur anniversaire, comme pour gommer cette date qui matérialise leur âge avancé, d’autres, au contraire, se contentent d’en faire une fête. « Passer son anniversaire dans la joie, entouré de ceux qui vous aiment, aide sans doute à mieux accepter les années. Vieillir ne plaît à personne, mais si cela permet de voir la famille s’agrandir et d’entretenir des relations harmonieuses avec ses enfants, petits-enfants, alors nous sommes prêts à payer ce prix », sourit Virginie Megglé.

Imaginez les rituels entourant sa fête d’anniversaire, voilà une bonne idée que nous propose ce témoignage et dont nous pourrions nous inspirer. « Par exemple, cuisiner toujours le même gâteau, avec une recette inchangée au fil des ans, crée un sentiment d’immuabilité malgré le passage du temps. Les rituels sont encore le moyen le plus efficace que l’homme ait trouvé pour se rassurer sur sa finitude », note Christine Castelain. -Meunier.

« Si j’avoue mon âge, je serai étiqueté vieux », Luc, 74 ans

– « Je mens très souvent quand les gens me demandent mon âge. Je me retire tellement d’années que je n’ai pas à admettre que j’ai plus de 70 ans ! Si j’avoue mon âge, je serai immédiatement étiqueté comme  » Et ça m’est insupportable. Franchement, je suis encore très en forme physiquement, intellectuellement éveillé, plein de désir. Pourquoi devrais-je me retrouver ainsi classé dans la catégorie « bon pour la cause » ? contre le racisme anti-âge ! »

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– Les sociologues ont inventé un terme, l’âgisme, pour décrire ce type de discrimination qui peut exister à l’égard des personnes âgées. « Parfois, les seniors sont en réalité relégués dans des stéréotypes négatifs, accusés de confisquer la richesse, le pouvoir, la renommée au détriment des plus jeunes et, qui plus est, d’être improductifs. C’est un basculement total des valeurs par rapport à la considération dont ils bénéficiaient dans le passé, alors perçus comme les garants d’une certaine sagesse, d’un savoir et d’une expérience », précise Christine Castelain-Meunier.

La stratégie consistant à mentir sur son âge pour échapper à ces jugements se comprend donc. Mais est-ce souhaitable ? « Ça ne peut pas être une solution à long terme, car le mensonge nous prend au piège. Mieux vaut choisir l’humour et, par exemple, répondre qu’on a oublié notre âge, ou proposer à notre interlocuteur un calcul astucieux pour en déduire ! » , suggère Virginie Megglé. Bref, une façon souriante d’entrer en contact.

« Il paraît qu’on me donne facilement dix ans de moins », Angela, 65 ans

– « Je suis assez fier de mon âge car il paraît que je passe facilement pour dix ans plus jeune. Il m’arrive même de pousser les gens à me demander pour pouvoir les nier et m’entendre complimenter sur mon apparence juvénile. Je me souviens de ma mère à du même âge que moi, elle ressemblait déjà à une vieille femme. Je pense qu’après 50 ans elle avait renoncé à cultiver sa féminité et son apparence. Ce n’est pas tout mon cas, je fais attention à choisir la coiffure, le maquillage et les vêtements qui flatte-moi et ne me vieillis pas. »

– Lorsque nous nous comparons aux générations précédentes, il est clair que nous paraissons plus jeunes. Surtout si nous appartenons à la gent féminine. « Avant le grand mouvement féministe des années 1970, les femmes, une fois mariées, étaient avant tout incitées à se définir comme des épouses dévouées, des mères et des maîtresses de maison. Mal considérées », décrit Christine Castelain-Meunier. Aujourd’hui, les attentes sociales ont radicalement changé, et au contraire, il est vu comme très bon de cultiver une image dynamique et jeune, que l’on soit une femme ou un homme d’ailleurs.

Mais attention aux excès ! « Il s’agit de prendre soin de soi, pas de mener une lutte acharnée contre le temps. Poursuivre une illusion de jeunesse, au prix d’efforts acharnés et parfois aussi d’une forme de tricherie, avec la chirurgie esthétique par exemple, donne rarement du bien-être », prévient Virginie Megglé. Une forte fierté de paraître plus jeune cache-t-elle finalement une inquiétude et un manque de confiance en soi ? Pour vivre sereinement à notre âge, essayons plutôt de l’oublier un peu…

« L’âge est une donnée étonnamment fluctuante », Simon, 70 ans

– « Certains jours j’ai l’impression d’avoir dix ans de plus que mon âge, et d’autres jours j’ai l’impression d’avoir vingt ans de moins ! mon humeur, mon arthrose, la météo… C’est exactement la même chose quand je regarde ma femme et mes amis. Parfois, surtout quand ils rient, je les vois très jeunes, et leurs rides deviennent invisibles. Parfois, ils semblent porter tout le poids de leur âge sur leurs épaules, qui commencent à se plier.

– Notre âge « légal », déterminé par notre date de naissance, ne coïncide pas toujours avec notre âge « ressenti ». « Nous portons en nous les différents âges que nous avons eus au cours de notre existence (enfant, adolescent, jeune adulte, etc.). Et même ceux que nous n’avons pas encore vécus, mais que nous projetons dans l’imaginaire. Selon notre Condition émotionnelle ou corporelle, c’est un âge plutôt qu’un autre qui surgit et nous habite à un moment donné », analyse Virginie Megglé.

Acceptons ces changements, chez nous et avec nos proches, sans paniquer. Et quand l’âge nous pèse vraiment, essayons le plus merveilleux des antidotes aux tristes passions de la vieillesse : le rire. « Un éclat de rire est un souffle de jeunesse, une étincelle d’éternité qui suspend le temps », observe Christine Castelain Meunier. Une prescription à suivre sans modération.