Bon, c’est vrai, il faut d’abord se débarrasser de l’image « Si tu es blonde à gros seins, ça m’intéresse ». Car oui, un artiste n’est pas un bloc monolithique. Un humoriste populaire qui remplit les salles (comme ce sera sans doute le cas le 21 octobre à l’Opéra Grand Avignon) peut aussi se passionner pour la méditation. Au nom de quoi ces paramètres seraient-ils incompatibles ? Elie Semoun, 52 ans, dont plus de 25 ans à plier l’hexagone en quatre parties, a désormais un rituel estival : une retraite spirituelle de plusieurs jours à l’abbaye de Sénanque, ce monastère cistercien fondé en 1148 à Gordes. Quand « Frère Élie » parle de l’état du monde, le rire s’arrête, la recherche de sens, pas des moindres… dans le monde.

Vous venez jouer à Avignon (avec « A Parter ») après avoir joué à Gordes l’été dernier. Le Vaucluse, que représente-t-il concrètement pour vous ? Élie Semoun : Ah… Vous savez, en ce moment je rends hommage à la Provence. J’ai joué à Gordes l’été dernier, et je me suis aussi reposé dans le coin, notamment chez Jean-Paul Rouve, non loin d’Avignon. Je suis vraiment tombé amoureux de ce coin de Provence. J’y ai même acheté des pierres ! J’ai commandé 12 tonnes de pierres de Gordes qui viennent de m’être livrées (en région parisienne, ndlr). Un mur de six mètres de long est en train d’être construit à partir d’eux dans mon jardin, entre mes voisins et moi. Je les empile à l’ancienne, à sec, c’est-à-dire pour qu’il n’y ait rien entre les pierres. Ils se tiennent, c’est beau ! Comme ça, j’ai un peu de Provence chez moi toute l’année ! Il ne me reste plus qu’à penser à mettre 3 tonnes de cigales dans le jardin. Je vais les faire chanter ! (rire).

La prochaine étape est-elle d’acheter une résidence secondaire dans le Luberon ou les Monts de Vaucluse, comme tout artiste parisien se garde pour lui ? Par curiosité, j’ai regardé les prix des maisons dans la région de Gordes. C’est cher, trop cher ! Non, je n’ai pas de projet de résidence secondaire avec toi… Et puis ce serait vraiment un cliché d’un bobo parisien venant au soleil. Il y en a déjà beaucoup qui y viennent l’été, non ?

Si j’ai bien compris, toujours à Gordes, vous avez maintenant un rituel estival qui n’a rien à voir avec le farniente. L’abbaye de Sénanque devient pour vous un refuge incontournable ? Un paradis paisible pour une retraite spirituelle ? Oui c’est vrai. J’ai passé 4-5 jours à l’abbaye de Sénanque en août. C’était ma deuxième fois et je sais que j’y retournerai chaque année. Pour mon équilibre, il devient nécessaire de vivre plusieurs jours dans un bain intellectuel, spirituel, chez des moines cisterciens. Éteignons Internet, éteignons le téléphone, éteignons le cynisme qui nous entoure pour le reste de l’année. Ce monastère est un lieu de paix, d’amour, de silence, de convivialité. Souvent, dans nos vies stressantes, l’amour doit vraiment être recherché. Et quand j’allume la télé, je ne vois pas grand-chose, surtout quand il faut voir le niveau minable des débats politiques comme celui entre Hillary Clinton et l’autre… De temps en temps on a besoin de profondeur, d’intelligence. Chacun devrait passer du temps dans ces lieux de recueillement, à Sénanque ou ailleurs. Je crois que plus que jamais nous avons besoin de trouver un sens à notre monde. L’Abbaye de Sénanque est un monastère et, personnellement, je ne suis pas très catholique… Mais peu importe, ce que vous y vivez, ce que vous y échangez, compte le plus.

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Comment passez-vous vos journées de retraite à Sénanque ? C’est assez intime comme recherche. Je veux dire, je lis (des romans de Pouchkine ou de Boulgakov, mais aussi des livres religieux), je parle beaucoup avec des moines. Ils me parlent de leur condition, de leur quotidien. Je leur ai posé des questions sur la façon dont ils vivent une vie de célibat, sur le fait qu’ils s’abandonnent complètement à Dieu. C’est assez fascinant, compte tenu des vies que nous menons. Avec ces gens, tout est amour, ils ne parlent que de ça, ils vivent dans le pardon, dans la compréhension. On a parlé de la foi aujourd’hui dans cette société où beaucoup de choses reculent. C’est une course à la voix, une course à la petite phrase. Bref, je trouve ça un peu superficiel.

Finirez-vous par devenir ambassadeur de l’abbaye ? (rire). Oh, ils n’ont pas besoin de moi ! Mais je reviendrai, c’est certain. Et maintenant, j’ai beaucoup d’amis qui veulent y aller, ça a donné envie aux gens de vivre ce moment aussi. Mais j’espère que ça ne deviendra pas un endroit branché non plus !

Peu plébiscité au cinéma, il va s’écrire un film

« Je n’aime pas quand c’est tiède, ni dans les spectacles ni dans la vie ! Mon côté aigre, noir, corrosif, je l’ai toujours nourri. » Ce 21 octobre, Elie Semoun monte sur la scène de l’Opéra Grand Avignon avec son nouveau single de scène, « À partager ». Et des sketchs plus féroces que jamais. L’un d’eux suit le destin d’Oussama Ben Dubois. « Un gars perdu, assis devant Skype et lisant « Martyr sur la plage », « Martyr sur l’aéroport… »

Ça grince et c’est tant mieux ! Un autre sketch concerne Jean-Louis, le maire du Front national. On a plaisanté à l’humoriste en disant que l’opéra se trouve à moins de 10 kilomètres du Pontet, une commune désormais sous pavillon FN. « J’ai déjà joué à Fréjus, ça s’est bien passé. Mais je ne fais même pas de meeting politique ». Son maire d’extrême droite, Jean-Louis, « décide que le Stade Yannick Noah sera rebaptisé Centre Nadine Morano ».

Concernant le film, au final, il dit qu’il regrette « de ne pas se voir proposer plus de choses ». Et a décidé, comme Josiane Balasko à l’époque de « Gazon maudit », de prendre le taureau par les cornes. « Je commence à écrire mon film, je vais y mettre ma noirceur, tu n’es jamais meilleur que toi-même. »

Vendredi 21 octobre à 20h à l’Opéra Grand Avignon. Billets à partir de 7,50 €.