L’usage croissant du numérique bouleverse les formations scolaires et professionnelles fragilisées par la pandémie. Le marché EdTech entend développer des solutions technologiques innovantes pour aider les enseignants, formateurs, étudiants ou salariés qui souhaitent transférer ou acquérir de nouvelles compétences. Un développement accéléré qui engendre la croissance du secteur, comme le rappelle Guillaume Bonneton, associé chez GP Bullhound, cabinet de conseil et d’investissement : « On voit une croissance de 9 à 10% par an sur le marché de l’EdTech, avec des points de super-croissance dans certains domaines comme la réalité augmentée (entre +30 et +60%) ».

Repenser l’apprentissage asynchrone

La principale tendance dans EdTech est définitivement l’apprentissage asynchrone, qui permet aux utilisateurs d’apprendre quand et où ils veulent. Plus besoin de peaufiner les bancs de l’université ou du centre de formation, les étudiants peuvent se connecter chez eux, avec leur téléphone ou leur ordinateur, et travailler le soir ou le week-end s’ils le souhaitent. L’apprentissage asynchrone propose ainsi une formation sur mesure où chacun maîtrise son temps.

Le contenu même des formations a évolué pour s’adapter aux nouveaux enjeux. « Le problème aujourd’hui, et tous les élèves l’ont vécu avec le confinement, c’est celui de l’attention, explique Guillaume Bonneton. On peut dire que l’EdTech a créé le problème de l’inattention, et qu’elle le résout en même temps avec d’autres moyens comme le gaming ou réalité augmentée ». S’il est plus difficile de se concentrer sur un écran pour suivre un cours en ligne, alors le contenu du cours doit s’adapter pour retenir l’attention de l’utilisateur. Et dans ce domaine, l’intelligence artificielle et la gamification font la loi.

Intelligence artificielle et gamification

Depuis plusieurs années maintenant, le jeu connaît une croissance rapide. Et pour cause, la formation gamifiée est de plus en plus plébiscitée par les salariés notamment, comme l’a révélé l’étude GP Bullhound. Si 28% des salariés sont motivés par la formation, ce pourcentage passe à 83% pour les formations gamifiées. Une évolution saisissante. En outre, le marché mondial du jeu dans l’éducation était évalué à 697 millions de dollars en 2020 et devrait atteindre 4,1 milliards de dollars d’ici 2027 selon la consultation.

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« En ce qui concerne l’intelligence artificielle, nous n’en sommes qu’au début et nous voyons déjà des bouleversements majeurs à venir », explique Guillaume Bonneton. On voit les premières applications pour la correction des devoirs sous forme de QCM ou l’apprentissage des langues étrangères par exemple ». Dans ce dernier domaine, de nombreuses startups se positionnent, comme Gymglish, qui utilise l’intelligence artificielle pour enseigner le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien ou encore l’allemand par mail à plus de 6 millions d’utilisateurs. L’apprentissage adaptatif crée ainsi une approche unique de l’apprentissage en ligne. Et avec 99 % des éducateurs américains estimant que l’IA est au cœur de la compétitivité d’un établissement, selon GP Bullhound, le secteur connaîtra une nouvelle forte croissance dans les années à venir.

Un marché encore largement dominé par les États-Unis

La privatisation de l’enseignement entraîne une augmentation excessive des frais d’inscription. Ainsi, si les États-Unis dominent largement le marché de l’EdTech, c’est parce que ce dernier représente une alternative peu coûteuse à l’enseignement privé devenu inabordable. « La privatisation de l’éducation favorise la croissance des EdTech, c’est pourquoi les marchés américain, anglais ou néerlandais sont plus importants que le nôtre, observe Guillaume Bonneton. Mais dans le secteur de la formation en entreprise, la France compte de très bonnes entreprises comme 360 ​​Learning, Open Classrooms et Skill and You. L’avantage de ces solutions de formation et de micro-certification est qu’elles s’adaptent beaucoup mieux à la flexibilité du travail d’aujourd’hui. Désormais, il est beaucoup plus facile de se spécialiser grâce aux formations en ligne ».

Que ce soit à l’école ou en formation professionnelle, la France a encore de nombreuses cartes à jouer. Car, comme le note Guillaume Bonneton, « Nous n’en sommes qu’au tout début de l’EdTech. Le développement sera véritablement tangible le jour où mes enfants suivront leur cours dans une salle de classe interactive en 3D. » Le rendez-vous est pris.