Par Benjamin Ferret – b.ferret@sudouest.frPublié le 25/11/2022 à 10:00

Les 22 sœurs du couvent Saint-Dominique de Dax invitent les jeunes de 18 à 35 ans à découvrir leur quotidien lors d’une pause au couvent ce week-end.

« C’est précisément parce qu’on vit retiré du monde qu’on est séparé de ce monde ! Un grand sourire attaché à sa silhouette frêle, sœur Marie était l’une des 22 religieuses vivant au monastère Saint-Dominique de Dax, appelé Saint-Joseph jusqu’en 1996. Ces sœurs dominicaines sont de celles qui préfèrent se taire plutôt que de faire. leurs voix entendues coûte que coûte. Quand ils brisent le silence, c’est avec le cœur. Ne pensez pas que rien ne les atteint : la passion…

« C’est précisément parce qu’on vit retiré du monde qu’on est séparé de ce monde ! Un grand sourire attaché à sa silhouette frêle, sœur Marie était l’une des 22 religieuses vivant au monastère Saint-Dominique de Dax, appelé Saint-Joseph jusqu’en 1996. Ces sœurs dominicaines sont de celles qui préfèrent se taire plutôt que de faire. leurs voix entendues coûte que coûte. Quand ils brisent le silence, c’est avec le cœur. Ne croyez pas que rien ne les atteint : la passion et la douleur existent. Mais les tempéraments jouent entre eux et l’autre.

« Bien sûr, la société traverse de graves crises. Mais l’espoir l’emporte : ce sera le printemps », se souvient sœur Marie dans le cloître du monastère, au matin de ce mercredi 23 novembre. Installée près de deux cyprès et d’un palmier, « la cloche réveille tout le monde à 6 heures du matin », raconte sœur Merete. Prieure de la communauté, cette religieuse de Norvège apprécie ce dialogue des dominicaines, qu’entreprendront les moniales lors de l’Opération Pause au Couvent ce week-end.

Pause au monastère

Les sœurs dominicaines de Dax vous ouvrent les portes de leur couvent au 62, rue Gambetta, les samedi 26 et dimanche 27 novembre. Entre le 14 et le 18, les 18 à 35 ans pourront découvrir le quotidien des religieuses lors d’une Parenthèse au monastère, une opération de l’Eglise catholique de France faite pour l’Avent.

« Nous sommes parfois considérés comme des extraterrestres. Ces deux après-midi permettront aux personnes qui ne connaissent pas l’Église, qu’elles soient croyantes ou non, de voir la vie que nous menons. Une vie simple et concentrée. Un quotidien de prière, de travail et de silence. De l’aube au crépuscule. De la louange à la grâce. Anachronique ? « On ne cesse de parler de méditation, de retraite spirituelle », rétorque sœur Marta. Nous penserons au Tibet, à l’Inde… Pas aux chrétiens. Cela montre à quel point nous avons échoué à faire passer notre message ou à nous éloigner des gens. »

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Inquiétudes

Ainsi, il serait faux de penser que les motifs d’inquiétude sont absents de la pensée des religieuses. « Il suffit de sortir dans la rue et d’observer tous ces gens autour de soi qui sont accoudés à un smartphone », précise la prieure du monastère. Sœur Merete est surprise de cette relation que les gens entretiennent désormais avec cette technologie. « Nous sommes présents avec des gens qui sont ailleurs… Et non plus avec ceux qui nous entourent. »

« La promesse du smartphone était d’avoir plus de temps pour nous. C’est l’inverse qui se produit, ça s’est retourné contre nous », raconte sœur Marta. Venue de Pologne, le constat de la religieuse est le même que celui présenté par l’écrivain catholique Georges Bernanos dans « La France contre les robots », son pamphlet daté de 1947 : « Un monde conquis par la technique se perd pour la liberté. »

Les sœurs elles-mêmes avouent leur tentation de taper sur l’écran de leur appareil. « L’information nous parvient tout le temps, vraie ou fausse. Il est très facile d’être influencé. Pour les jeunes, pouvoir se faire une opinion, avoir sa propre force de penser, ça demande du courage », partage soeur Anne-Violaine.

Aux sources

Face à une société qui se divise, elle combat la petite vie qu’elle mène avec ses sœurs dominicaines. « Le vivre ensemble est possible. Nous venons tous d’origines différentes, avec des caractères et des parcours différents. Et pourtant, nous sommes une communauté. »

Ce dernier, cependant, a été testé. « Le déclin des pratiquants et des vocations, depuis les années 1950 et une société qui a changé », note sœur Merete. La publication du rapport Sauvé et les dernières révélations d’abus sexuels dans l’Église restent une « blessure » pour ces religieuses.

« C’est douloureux. Pas d’appel. Mais c’est bon à savoir. Il y avait trop de faits cachés sous le tapis. On ne peut plus fonctionner comme ça », dit Sœur Marta. Elle partage avec Sœur Anne-Violaine le sentiment d’avoir « la chance recommencer quelque chose » quand le futur devient illisible et que la messe semble terminée.

Les dominicains du monastère de Dax posent cependant leurs conditions. Retour aux sources des textes. « Vivons ce que nous prêchons ! » Les promesses que nous faisons sont : « chasteté, pauvreté, obéissance »… Il ne doit y avoir aucune morale dans les homélies. »