A une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, Flore Cerise, écrivain et gérante du « fantasy bar » à Paris, a organisé une soirée électorale d’un autre genre, pour interroger la place de la sexualité dans la société et dans la politique.

Au sous-sol d’un bar du 2e arrondissement de Paris, face au Centre Pompidou, Flore Cherry bourdonne. Ce soir-là, à dix jours de l’élection présidentielle, il organise sa « soirée électorale ». Ici, pas d’Emmanuel Macron, de Marine Le Pen, d’Eric Zemmour ou de Valérie Pécress. Les électeurs choisissent entre le « Family Party » de Fernand Fuego et la liste conduite par Diane Maurepas, « Matriarche ». Ne vous précipitez pas sur Google, vous ne trouverez aucune trace de ces candidats. Ils sont tout droit sortis du roman « Matriarcat » de Flore Cherry, journaliste, auteur et propriétaire de « fantasy bar ». Des bars libertins, où l’établissement permet aux clients de mettre en scène leurs envies les plus folles.

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Le clivage gauche/droite n’existe pas dans cette dystopie : il y a deux visions opposées du sexe et de l’amour, d’un côté le « Family Party » accroché aux valeurs traditionnelles, et de l’autre le « Matriarcat ». le désir sexuel des hommes comme échange. « Pouvez-vous imaginer, un peu, si c’était vrai ? Ce serait de l’esclavage moderne », s’amuse Pierre*, 45 ans. Dans cette France imaginaire de 2100, les femmes détiennent l’essentiel du pouvoir financier et administratif, et les hommes sont responsables du soin du foyer. « Bien sûr, j’ai poussé les personnages de mon livre à l’extrême. Mais il y a une vérité sous-jacente, qui sont des discussions actuelles et nécessaires dans la société », explique l’auteur.

Maisons closes et gestion des agresseurs sexuels  

Au fur et à mesure que les invités et les curiosités (ils se connaissent de près ou de loin, fréquentent les mêmes bars libertins et adulent Flore « que certains jugent dominatrice », insiste-t-il, en riant, le principal intervenant) se rassemblent. dans le petit salon aux lumières éteintes, l’auteur distribue des tracts électoraux, ainsi qu’une liste de questions qui permettront aux indécis de faire leur choix. Sexualité, monogamie, PMA, la place de l’autre dans la société sont questionnées. La guerre aussi. « La guerre favorise toujours les hommes. […] Sans guerre, et en abondance, les hommes sont réduits à de simples mendiants sexuels, incapables d’offrir en retour l’utilité de leur protection. Tout un siècle sans guerre, c’est comme ça qu’on les a retournés, les garçons », écrit Flor, dans la préface. Le ton est donné, et on comprend qu’il s’agit d’une « matriarche », donc pas pour l’instant, au vu de l’actualité de ces dernières semaines.

« Fiou, ça démarre fort », glisse Thomas* en feuilletant le quiz. Le consultant en communication est venu rendre hommage à Flore avant de filer au « Sweet Paradise » (un des bars de l’auteur, ndlr). Il ne veut pas rater le début de l’émission et se précipite pour voter. Deux questions en particulier nous laissent sans voix : « Faut-il rouvrir les bordels en France ? et « Faut-il démocratiser les traitements hypotestostérone pour les délinquants sexuels ? » « . Derrière ces questions émerge l’abolition de la prostitution, qui divise le mouvement féministe, et la responsabilité des agresseurs sexuels.  » Dire qu’un traitement chimique peut résoudre le problème des violences faites aux femmes, c’est nier qu’il s’agit principalement du désir de pouvoir des hommes. et de domination », souligne le trentenaire. Enfin. Il donnera la parole à la « Matriarche du Parti ». « Il faut admettre que beaucoup de nos comportements sont intrinsèquement liés au désir et au sexe. les femmes nous dominent ! »

L’intime est politique 

À côté de lui, François*, un galeriste de 35 ans, fait un « non » de la tête. Elle est venue cet après-midi parce qu’elle « adore ce que fait Flore sur Instagram » (compris : parler très librement de sexualité), mais elle n’a pas besoin de tester quel vote mettre dans l’urne : « On ne peut pas revendiquer l’égalité si on met les femmes au-dessus des hommes ! , rage-t-il. Regardez, ce que propose Sandrine Rousseau est complètement absurde ! L’ancienne prétendante à l’Elysée, qui se revendique « éco-féministe », a récemment fait couler beaucoup d’encre en proposant la création du « crime de ne pas partager les tâches ménagères ». Selon elle, les femmes, en moyenne, travaillent 8 heures de plus qu’elles ont des tâches ménagères que les hommes. l’égalité en matière de partage, on n’y arrivera pas », argumente-t-elle. « La politique n’a pas à intervenir dans l’intimité des foyers et des couples », argumente François*, qui se dit aussi « féministe mais pas extrême, comme Simone de Beauvoir ». Interrogé sur le vote réel qu’il a eu aux élections, il admet le secret de l’isoloir.

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« Laisser l’intimité aux soins des femmes et des hommes dans un monde différent me semble compliqué, voire dangereux. Je crois personnellement que le sexe, et le corps en général, est un domaine politique comme un autre, a souligné Flore Cherry. Ils disent que nous vivons dans une société hypersexualisée, mais je ne pense pas que ce soit vrai. C’est encore très tabou, et fait l’objet de conflits, de regrets, de frustrations. Notre animalité est reléguée au second plan, surtout en France, où l’intelligence est placée sur un piédestal. C’est nier que les deux sont liés. Il aimerait voir « des électrices qui votent avec leurs tripes », « des mères qui allaitent à l’Assemblée nationale », « des corps plus jeunes au Sénat », car d’autres sujets seraient aussi mieux entendus. Prolonger la PMA et l’avortement, notamment. En tant que présidente, Flor investirait dans la science, qui, selon elle, est souvent négligée dans les questions d’égalité et de violence sexuelle. « Je vais créer un Observatoire de la sexualité, car nos pratiques sont un réseau pour lire la société bien plus intimement que les sondages politiques. »

« Moi présidente, j’irais boire un petit verre avec Poutine… »

Les questions sont débattues dans le bar, ce qui donne l’impression d’une vraie soirée électorale, sauf que les votants sont habillés un peu plus sexy, strictement dentelle noire et vêtements moulants. Certains disent que « on ne peut pas réduire les hommes en esclavage », d’autres disent que « l’esclavage auquel vous faites référence est ce que la plupart des femmes vivent déjà ». Esmée est venue avec son fiancé, Théo*, espérant devenir plus libertine. « Au moins aujourd’hui, il est mou et voit que c’est surtout un moyen de s’affranchir de certaines chaînes sociales », glisse-t-il. Le couple se définit comme « très féministe », et ensemble ils remplissent le questionnaire, pour savoir quel serait le « Family Party » ou le « Matriarcat » le plus adapté. Oui au retour des maisons closes, oui à la PMA, non à la gifle de Will Smith, « un exemple complet d’hommes ne sachant pas gérer une colère excessive », commente Théo.

Les premiers résultats des votes tombent : le « Matriarcat » l’emporte. Certains téléspectateurs apprécient les blagues torrides et le « remplissage de vote », faisant rouler leurs femmes des yeux. Mais des débats plus sérieux voient également le jour : « Pensez-vous qu’il y aurait eu une guerre en Ukraine si Poutine avait été un homme ? D’un côté, il y a ceux qui disent qu’une femme, étant l’égale d’un homme, aurait les mêmes réactions que le chef de l’Etat russe si elle avait ses pouvoirs. « Regarde Thatcher !  » dit François*. D’autres, en revanche, estiment que la guerre en Ukraine est le résultat d’un comportement machiste et machiste. « Bien sûr, cette question dépasse le rapport entre les femmes et les hommes, commente Flore Cerise. Mais moi, le président, je vais boire un verre avec Poutine… Qui sait, peut-être que dans un bar chic, il aura moins de mal à entendre ce que vous voulez qu’il entende. »