Et le nouveau ? Le début d’une nouvelle vague de Covid-19 pourrait se dessiner dans les courbes épidémiologiques suivantes. Pendant six jours consécutifs, le nombre de cas a augmenté, avec une hausse de 41,1 % le 18 novembre par rapport à la semaine dernière, selon Santé publique France. Au 19 novembre, il y avait 47 088 infections et plus de 730 patients diagnostiqués avec Covid-19 étaient admis à l’hôpital chaque jour. A cela s’ajoute une petite augmentation du taux d’incidence (nombre de cas pour 100 000 habitants), qui est de 287, soit 11,1 % de plus en une semaine. « Les décès dus au Covid ne diminuent pas et devraient augmenter dans les prochaines semaines en France », a déclaré à L’Express Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé mondiale et professeur à la Faculté de médecine de Genève.

Pour voir le graphique, cliquez ici.

Cette nouvelle relance tombe presque à l’improviste, alors que la grève des biologistes, en colère contre les économies que le gouvernement veut encore leur imposer, a empêché pendant plusieurs jours l’augmentation des résultats des tests PCR. Cela s’est passé fin octobre, puis lors de la fermeture des laboratoires du 14 au 16 novembre, et pendant les deux congés des 1er et 11 novembre, très peu de tests ont été effectués. Conclusion : Le nombre de cas positifs a été artificiellement bas pendant plusieurs jours. Jusqu’au 16 novembre par exemple, le taux de positivité a augmenté de 9,6 % (seulement). Aujourd’hui, il est de 23,2 %.

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Pour voir le graphique, cliquez ici.

Le début d’une recrudescence de l’épidémie a beau être passé inaperçu, cette neuvième vague s’explique par plusieurs facteurs : le retour des vacances scolaires, la baisse des températures et la propagation de la variante Omicron BQ.1.1 en France. Cette sous-lignée BA.5 semble gagner du terrain dans toutes les zones métropolitaines. « Les niveaux les plus élevés sont en Île-de-France, mais le rythme de progression semble ralentir », estime Santé publique France. BQ.1.1, au 24 octobre, 32% des cas positifs sont passés au « séquençage », selon la dernière enquête Flash.

Comme ses prédécesseurs, le variant BQ 1.1 prolifère « grâce à un escape game persistant du virus aux anticorps neutralisants », souligne Hervé Fleury, virologue et professeur émérite du CNRS et de l’université de Bordeaux. La mauvaise nouvelle : BQ.1.1 semble pouvoir « éviter » davantage le vaccin et infecter plus facilement les personnes déjà infectées, selon des études « in vitro ». Pour ce faire, « le variant possède trois mutations, 346, 444 et 460, qui sont des mutations d’échappement importantes », et elles se situent dans le domaine de liaison de la protéine de pointe, qui sert de porte pour entrer dans les cellules, précise le virologue. La bonne nouvelle, cependant : BQ.1.1 ne semble pas être plus virulent que les variantes précédentes, selon des recherches récentes.

« Une nouvelle vague dans toute l’Europe de l’ouest »

Cette variante n’est pas la seule en circulation. Sans le même succès, « plus d’une centaine de sous-lignées BA.5 circulent actuellement en France, montrant la diversification au sein de cette sous-lignée », ajoute Santé publique France. Et la France n’est pas un cas isolé.

« Aujourd’hui, tous les indicateurs épidémiologiques convergent en faveur de l’arrivée d’une nouvelle vague pandémique en Europe de l’Ouest », assure Antoine Flahault. Dans un rapport publié par le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies (ECDC) le 21 octobre, des modèles suggèrent qu’il y aura davantage de cas de Covid-19 attribués à BQ.1 et BQ.1.1 entre mi-novembre et début décembre. la moitié des infections. Et début 2023, toujours selon l’ECDC, ce serait plus de 80% des cas sur le continent européen. De plus, le BQ 1.1 provoquerait des symptômes liés à la gastro-entérite, ce qui pourrait compliquer la surveillance de l’épidémie.

À Lire  8e vague de COVID : « malades asthmatiques, protégez-vous », recommande le Dr Tcherakian

Jacques Izopet, chef du service de virologie au CHU de Toulouse, est plus serein. « Il est encore trop tôt pour parler de neuvième vague. La météo est encore bonne dans le sud de la France et on n’a pas constaté d’augmentation du nombre de cas. Les indicateurs ne sont pas alarmants. Le spécialiste admet qu’il serait plus inquiet si cette relance de l’épidémie était portée par un nouveau variant – qui n’est pas génétiquement Omicron – mais, dans le cas de BQ.1.1, « nous espérons que cette reprise sera aussi bien maîtrisée. la précédente ». Par ailleurs, a-t-on encore du sens à parler de « neuvième vague » ? La question se pose, pour Jacques Izopet : « la notion de vague est liée à l’arrivée des personnes hospitalisées. S’ils sont plus petits, on ne peut plus vraiment parler de vagues. »

L’arrivée des nouveaux vaccins comme pare-feu ?

Quel que soit le nom qu’on lui donne, une autre question pressante est : quelle forme prendra cette reprise épidémique ? « Le vaccin semble toujours efficace pour réduire le risque de formes graves et, espérons-le, pour réduire le risque de Covid prolongé. Cependant, il ne serait pas en mesure d’empêcher la montée de cette nouvelle vague dans les semaines à venir », a souligné Antoine Flahault. Autre paramètre important pour comprendre l’évolution de cette nouvelle reprise : le nombre de personnes cibles ayant reçu les nouveaux vaccins adaptés contre les sous-variantes Omicron BA.1, BA.4 et BA.5. Pour le moment, seuls « 10 à 15% » se font piquer à nouveau. Le taux n’est pas suffisant, regrette le ministre de la Santé François Braun. Cependant, ces nouveaux vaccins dits « bivalents » pourraient produire des anticorps plus efficaces contre BQ1.1. « Sur le plan théorique, c’est possible », a ajouté Hervé Fleury.

Si les formes anormalement sévères ne sont pas signalées, elles restent préoccupantes pour les personnes âgées et immunodéprimées. « Le BQ.1.1 échappe à l’anticorps monoclonal utilisé chez les personnes immunodéprimées, ce qui peut poser des problèmes de traitement », précise le virologue. De là à justifier l’installation obligatoire d’un masque pour tout le monde, dans les lieux clos et dans les transports en commun ? « Je ne pense pas, répond Jacques Izopet. Pour l’instant, les règles de bon sens se justifient, mais si le nombre de cas augmente, il semblerait logique de les protéger avec un masque, par exemple. » Hervé Fleury est plus ferme sur cette question : « A partir de cet été, je dis qu’il faut à nouveau porter des masques. Il y a des gens qui ont été vaccinés quatre fois et qui vont être infectés. » Reste à savoir si le Covid-19 interrompra les fêtes de fin d’année pour la troisième année consécutive.

Opinions

Sébastien Abis, PDG du Club Demeter et chercheur à l’Iris