C’était l’année dernière. Quinze jours passés dans les Pyrénées avec les scouts et guides de France m’ont transformé. La première semaine, nous étions perdus en pleine nature, surpris de voir des dizaines de sauterelles qui sautaient à chaque pas que nous faisions, d’autres insectes étranges que je n’arrivais même pas à nommer, des chevreuils au loin… Avec la pluie un jour en deux, c’était dur mais tellement beau », se souvient Louise, 16 ans. Elle dit aussi qu’elle a été marquée par son arrivée à Lourdes où elle a ensuite fait une semaine de service, parmi des centaines d’autres jeunes. Tout était si intense. » En cet été 2022, l’adolescent audacieux a convaincu sa famille de changer du club de vacances habituel du littoral méditerranéen pour séjourner dans un camp de montagne et vivre ensemble le pèlerinage de l’Assomption en participant à l’Assomption. Procession eucharistique le 15 août, au cœur de la cité mariale, les parents, comme un nombre croissant de Français, sont ravis de goûter au « slow tourisme », cet art de voyager en prenant son temps, en dynamisant chaque point de vue

Découvrez la diversité des paysages, renouez avec la beauté de la nature et la richesse du patrimoine. Cette tendance est plus populaire que jamais, d’autant plus que la pandémie a longtemps limité les voyages à l’étranger. La conjonction des crises – sanitaire, environnementale et économique – oblige à revoir nos normes de consommation. Un élan confirmé par une récente enquête d’ADN Tourisme (ancien Office National du Tourisme), Unat et Tourisme Bretagne : 62% des personnes interrogées veulent prendre leur temps, 61% veulent se reposer et se ressourcer au calme, 69% ont soif de patrimoine. découvertes et 54% sont attirés par la gastronomie locale. De nouvelles aspirations, favorables à la contemplation des paysages, à l’heure où beaucoup tentent de voyager de manière plus responsable, comme 70% des personnes interrogées. Ces envies répondent à l’urgence climatique, mais aussi à la montée des angoisses depuis le début de la pandémie : on veut faire le bien, aller moins loin avec un budget plus serré. Qu’à cela ne tienne : la tendance est encouragée par le plan France Relance du gouvernement qui alloue une enveloppe de 50 millions d’euros pour soutenir 73 projets de « slow tourisme » respectueux de l’environnement. Parmi eux : l’Herbier du Dévoluy et ses bains de forêt dans les Hautes-Alpes, l’éco-gîte Norzh qui promet de vivre au rythme du marathon en Bretagne, le projet « Giéo » et son équitation en Occitanie, ou encore « Etoile « . « à la Ferme du Bas Bois, lieu d’apprentissage de l’observation des étoiles en Haute-Marne…

Priorité à l’authenticité

Partout en France, des initiatives se développent pour répondre aux nouvelles attentes des vacanciers en quête de sérénité, de sens, d’authenticité et de préservation d’un environnement éprouvé. Certains territoires s’inscrivent naturellement dans cette démarche depuis (presque) toujours, comme les Vosges, où l’identité de la forêt s’est aussi érigée en slogan touristique (« Forêt l’effet Vosges »). Ici, depuis longtemps, l’héritage chrétien attire aussi, notamment avec le site de Domrémy-la-Pucelle, ville natale de Jeanne d’Arc.

Hors des sentiers battus

A l’opposé, le département de la Manche s’appuie non seulement sur la splendeur emblématique du Mont-Saint-Michel, mais aussi sur la magie d’une nature brute à l’intérieur. La Normandie peut aussi s’enorgueillir de disposer d’une climatisation naturelle grâce à son climat tempéré, un environnement précieux en cet été brûlant qui promet de se répéter. « Nous recherchons de plus en plus de vacanciers en quête d’air pur et désireux de sortir des sentiers battus. Ils apprécient l’art de vivre simplifié, la gastronomie artisanale de qualité et accueillent nos pépites architecturales au carrefour de la culture et de la foi, telles comme le prieuré d’Ardevon ». Elle surfe sur cette double tension entre nature et spiritualité et la nouvelle V56 Via Saint James, inaugurée en juin dernier, entre Vézelay et La Charité-sur-Loire, commence à attirer les sportifs en quête d’un supplément d’âme. : « Si les catholiques pratiquants veulent faire un petit pèlerinage « dans les règles » ils sont finalement minoritaires, comme les amateurs de sport, beaucoup sont surtout animés par la curiosité intellectuelle, l’intérêt pour le patrimoine historique, l’être, les liens et le sens, sont soucieux de écologie et attaché au nuz ion de frugalité », déclare Sébastien Pénari de l’Agence française des chemins de Compostelle, qui vient de publier une étude sur ces évolutions.

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Et face au sud, quoi de neuf sous les parasols ? La Côte d’Azur connaît la même tendance touristique, notamment au plus fort de la crise du Covid. L’arrière-pays est particulièrement intéressant, regorgeant d’écoles en développement et de sites emblématiques de notre patrimoine religieux comme le sanctuaire de Notre-Dame de Laghet, le refuge de la Madone de Fenestre, la ferme Casa Sallusti (qui propose cuisine, méditation, yoga, etc.)

Balades contemplatives

Le monde a changé, les touristes aussi, et leurs attentes sont devenues complexes et multiples. Les simples amateurs de vélo ont bien conscience de ne pédaler sur aucune route empruntant la V56, tandis que le public chrétien, habitué aux communautés religieuses, ne s’interdit pas un peu de légèreté estivale, en quête de petits plaisirs touristiques. C’est l’analyse de Sandrine Papini, présidente de l’association Villes santuari, qui identifie cette nette évolution : « On observe moins de grands groupes de pèlerins très organisés, et plus de familles, de couples, de célibataires qui séjournent dans un haut lieu spirituel mais qui aspirent aussi Un signal fort en ce sens a été envoyé à Lisieux, dans le Calvados, avec la canonisation en 2015 de Louis et Zélie Martin, un couple qui attire désormais beaucoup. L’hospitalité s’ouvre aux vacanciers parfois éloignés par la foi. » A chacun de faire son chemin… L’Abbaye d’Autrey, dans les Vosges, semble y être parvenue avec succès il y a quelques années, pour devenir un lieu frontière caractéristique, ouvert à toutes les sensibilités spirituelles.

Second souffle

Les formes d’hébergement sont multiples : il suffit de faire une véritable retraite dans la communauté, ou tout simplement de séjourner dans l’ancienne maison de l’abbé transformée en chambres d’hôtes. Valentin, sculpteur strasbourgeois de 32 ans, aime venir passer quelques jours, une à deux fois par an, avec sa compagne. « Nous avons une culture religieuse et si nous sommes loin de l’Eglise, nous aimons venir profiter de la sérénité des lieux et de la beauté du « jardin extraordinaire », comme on l’appelle. La maison est magnifique, les chambres je suis agréable et vivre avec la communauté enrichie de l’abbaye. Cela me permet de faire le plein d’énergie, de recevoir de bonnes vibrations. » Renouer avec la nature, redécouvrir un patrimoine religieux… Le temps des vacances n’a pas fini de se réinventer, à l’heure où nombre de nos contemporains ont soif de cohérence. Une chance pour le christianisme en quête d’un second souffle.

Découvrir d’autres lieux

> Train lent : 30 rencontres ferroviaires pour des citoyens qui ont besoin de nature, par Juliette Labaronne et Flora Gressard (Éd. Arthaud, 160 p. ; 21 €) pour (ré)apprendre à se déplacer à petite vitesse.

> Voyagez zéro carbone (ou presque) en France, (Éd. Lonely Planet, 328 p. ; 22 €) pour découvrir 60 itinéraires plus verts, sans voiture ni bus.

> Slow tourisme en France, (Éd. Michelin, 160 p. ; 19,90 €) pour essayer 52 séjours possibles.

> Les pauses spirituelles, d’Anne Ducrocq (Éd. Grund, 208 p. ; 29,95 €) pour situer 100 lieux de ressourcement en France.

> Éloge du pèlerinage, par Gaëlle de La Brosse (Éd. Salvator, 220 p. ; 18 €) pour mieux comprendre l’appel des lieux de spiritualité.