La science n’avance pas vite : en 2022, les seuls moyens de contraception masculine disponibles en France sont le préservatif, la vasectomie, et… le retrait pendant les rapports sexuels. Où sont les pilules pour hommes, puisque nous travaillons sur le sujet depuis cinquante ans ? Injections et implants contraceptifs ? Pourtant, le défi n’est pas si difficile à relever d’un point de vue biologique. « Les essais cliniques de contraception masculine ont montré des résultats prometteurs, mais l’implication limitée de l’industrie a réduit les chances d’obtenir [des résultats] dans la décennie », prévoyait en 2012 la chercheuse américaine Regine Sitruk-Ware, pionnière du secteur. Elle avait raison. Dix ans plus tard, les méthodes chimiques de contraception masculine se développent encore au stade d’études et d’expérimentations. Il reste pour les hommes qui veulent prendre en main leur contraception quelques bricolages comme la cup à ultrasons ou le slip chauffant. On fait le point sur l’avancement des travaux.

Les méthodes recommandées en France

La vasectomie

Parmi les trois solutions contraceptives masculines recensées par la Haute Autorité de santé (HAS), la plus efficace est aussi la plus radicale : la vasectomie consiste à couper les canaux déférents qui transportent les spermatozoïdes des testicules vers la prostate. Lorsque ces canaux sont obstrués, le sperme est constitué uniquement de liquide séminal et dépourvu de spermatozoïdes, donc sans capacité de fécondation. C’est imbattable, mais pas forcément réversible. Lorsque l’opération de reconnexion canalaire est réussie, sa perméabilité n’est pas garantie, et encore moins sa fertilité. Plus tôt vous changez d’avis, meilleures sont vos chances : des études montrent que 73 % des reconstructions peuvent mener à une grossesse si elles sont faites rapidement, et ce chiffre chute à 30 % après dix ans. La vasectomie est donc considérée comme une contraception permanente. En France, l’opération connaît un succès grandissant avec 23 000 vasectomies par an en 2021, selon l’assurance maladie (presque dix fois plus qu’il y a dix ans).

Le préservatif

Barrière mécanique entre le sperme et l’appareil reproducteur féminin, le bon vieux préservatif promet une efficacité honorable lorsqu’il est bien utilisé (taille adaptée, mise en place dans les règles de l’art, retrait immédiat après éjaculation…) avec un taux de grossesse de 2% pour une. année d’utilisation. Mais la vie ressemble rarement à une fiche médicale, et l’utilisation du préservatif en conditions réelles a plutôt raté 13% d’échecs selon une étude récente.

Le retrait

Quant au sevrage, il devient carrément risqué. Une parfaite maîtrise de la technique, c’est-à-dire une interruption du coït avant l’éjaculation, ne permet d’éviter une grossesse que chez 96% des couples en un an de pratique (les 4% restants s’expliquent par la faible quantité de spermatozoïdes mobiles errant dans le pré-séminal fluide). Et, dans la vraie vie, vous vous retrouvez avec 22% d’échecs. « Pour les couples qui choisissent cette méthode, l’éventualité d’une grossesse non planifiée doit être acceptée », résume bien la HAS : c’est une forme de contraception pour les couples qui ont un désir modéré d’utiliser une contraception.

Les méthodes disponibles mais pas validées

Pour répondre à la demande croissante des hommes qui veulent reprendre le contrôle de leur vie reproductive, certains militants et associations proposent désormais des accessoires de contraception dits thermiques. Le principe est simple et rustique : pour produire du sperme, les testicules doivent maintenir une température plus basse que le reste du corps, entre 34 et 35°C. En remontant les testicules vers l’entrejambe à l’aide d’un sous-vêtement spécial ou d’un anneau, leur température monte et la spermatogenèse s’arrête presque.

Le slip chauffant

Ce n’est pas un cadeau de Pif Gadget, mais un appareil fait main introuvable sur le marché. La tendance a été lancée il y a quelques années par l’andrologue Roger Mieusset, spécialiste de la contraception masculine au CHU de Toulouse, qui était le seul médecin français à prescrire cette méthode et à suivre ses utilisateurs. Son laboratoire a commencé à financer la production de quelques slips, puis les adeptes ont fondé une association à Toulouse (le « Garcon », pour le Groupe d’action et de recherche sur la contraception) et animent désormais des ateliers hebdomadaires de couture pour démocratiser l’idée. Les hot pants, ou « boulocho », ne sont pas vendus : ils sont fabriqués de leurs propres mains. Un anneau en tissu qui permet de passer le pénis et le scrotum, entouré de trois larges élastiques qui aplatissent les testicules dans le bas-ventre : l’appareil très léger doit être porté au moins 15 heures sur 24 tous les jours. Un spermogramme réalisé trois mois plus tard permet de s’assurer que le nombre de spermatozoïdes est passé en dessous de la limite contraceptive (moins de 1 million par millilitre d’éjaculat).

L’anneau

Encore plus rudimentaire, l’anneau en silicone, qui se glisse autour du pénis et du sac scrotal, a le même effet que le slip élastique lorsqu’il est porté plus de 15 heures par jour. Un infirmier trentenaire, Maxime Labrit, a breveté cette idée sous le nom d’Andro-switch. Il a vendu cinq modèles de tailles différentes sur son site… avant de devoir suspendre sa production. L’Agence nationale de sécurité du médicament a interdit la vente et la distribution d’Andro-switch en décembre 2021, qui se voulait un dispositif médical sans disposer du marquage européen « CE » qui garantit son efficacité et sa sécurité d’utilisation. Pour garder la chance de faire un retour dans la garde-robe des hommes contraceptifs, l’anneau en silicone devra passer par la voie officielle complexe et coûteuse, entre tests cliniques, études scientifiques et suivi médical par des médecins habilités.

Le boxer chauffant

Réduire le temps d’utilisation quotidienne, en compensant par une température plus élevée : c’est l’idée de la start-up Jemaya Innovations, qui commercialise sur son site un boxer baptisé « SpermaPause ». Sous le tissu, « une compresse thermique ajoutée à un module électronique appelé thermorégulateur permet d’obtenir une température choisie entre 38 et 41°C », promet cette entreprise, qui s’appuie sur l’exemple du Dr Mieusset pour proclamer sa méthode « simple, saine, efficace ». et réversible ». Sauf qu’aucun procédé scientifique n’a validé la cale boxing. Elle n’est prescrite ni supervisée par aucun médecin en France, et les andrologues s’arrachent les cheveux lorsqu’ils voient que leurs patientes prennent l’initiative d’utiliser des contraceptifs à anneau ou slip sans consulter d’abord. » On voit aujourd’hui trop d’hommes qui n’ont pas eu d’examen clinique andrologique, un examen complet de leurs antécédents personnels et familiaux, un spermogramme initial fait dans un laboratoire de référence, témoigne François Isus du CHU de Toulouse pour Les Echos. Sur les dix hommes que je vois chaque semaine, j’en élimine plus de 50% à cause de contre-indications – trouble de la descente testiculaire, entorses, cancers, obésité… »

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Les méthodes en développement

La piqûre d’hormones

Elle fut évoquée avec enthousiasme en 1996, lorsqu’une étude portant sur 400 couples montra l’efficacité d’une méthode hormonale de contraception masculine. Les hommes s’injectaient une fois par semaine de l’énanthate de testostérone par voie intramusculaire, ce qui avait pour effet de tromper l’hypophyse et l’hypothalamus (la glande et la partie du cerveau qui contrôlent les hormones). Voyant des niveaux élevés de testostérone dans le sang, ils « croient » que la production de sperme bat déjà son plein et mettent l’usine au repos. Seuls quatre couples sur 400 dont le nombre de spermatozoïdes n’était pas descendu suffisamment bas ont connu une grossesse – ce qui donne un taux d’efficacité de 98,6% beaucoup de crédit pour ces injections.

Vingt-cinq ans plus tard, la méthode n’est pas prise. Elle est pratiquée marginalement en France, sans reconnaissance par les autorités sanitaires et donc sans remboursement. Un spermogramme doit être réalisé tous les trois mois pour contrôler l’efficacité du traitement, et la durée maximale recommandée pour cette contraception est de dix-huit mois consécutifs. Quelques effets indésirables ont été recensés : acné (dans 6% des cas), agressivité ou libido excessive (2%), prise de poids (1,3%)… Rien de différent des effets secondaires subis par les femmes ayant pris une contraception hormonale pendant longtemps, des décennies. Mais ce qui est toléré par les femmes l’est moins par les hommes. « Aujourd’hui, les essais sont arrêtés dès que des effets secondaires apparaissent comme des troubles de l’humeur, de l’acné, une baisse de la libido », explique à France Info le docteur Jeanne Perrin, professeur de biologie à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste de la question. Jean-Claude Soufir, andrologue à l’hôpital Cochin à Paris, a les mêmes regrets. Il est l’un des rares médecins à prescrire des injections de testostérone : en 2021, il n’a injecté qu’une cinquantaine d’hommes.

La pilule

Ça fait quarante ans qu’on l’attend… Où est-il ? En fait, « elle » est au pluriel. Plusieurs dosages hormonaux ont déjà été testés sous forme de pilule pour obtenir un effet contraceptif satisfaisant, réversible et sans trop d’effets secondaires. Ces derniers, qui semblent prometteurs, sont appelés DMAU et 11β-MNTDC. Contrairement aux générations précédentes, ils ne cherchent plus à combiner l’effet de deux hormones (un progestatif et la testostérone), mais s’appuient sur une seule hormone de synthèse qui produit indirectement les deux effets recherchés : un progestatif, pour faire baisser la production de testostérone et donc de spermatozoïdes, et les androgènes, pour compenser et prévenir la perte de libido et la pilosité.

Ces nouvelles pilules mettent deux à trois mois pour atteindre la limite contraceptive. Mais les essais cliniques ne sont pas encore poussés aussi loin : ils se contentent de suivre les patients pendant vingt-huit jours pour voir si le taux de testostérone baisse comme prévu, explique une étude présentée début juin lors d’un congrès d’endocrinologues à Atlanta (USA) . Les effets secondaires étaient suffisamment légers pour que 75 % des cobayes qui ont pris la pilule (et non le placebo) aient déclaré qu’ils étaient prêts à continuer à l’avenir. En termes d’acceptabilité, c’est très encourageant.

Le gel d’hormones

La testostérone intervient toujours à un moment ou à un autre dans les mécanismes hormonaux ciblant la spermatogenèse. Et il est apparu au fil des recherches que cette hormone mâle est vraiment mal assimilée par l’organisme lorsqu’elle est ingérée sous forme de pilule. C’est pourquoi on met aujourd’hui beaucoup l’accent sur un autre mode d’administration plus efficace : le gel transdermique, à appliquer quotidiennement sur l’épaule. Cette méthode joue avec l’hormone progestative pour bloquer la formation des spermatozoïdes, et la testostérone pour compenser les effets de la première sur la pilosité et la libido.

Plus avancé que les pilules qui sont encore en phase 1 d’essais cliniques, pour tester le principe et l’innocuité du médicament, le gel contraceptif est déjà en phase 2 d’essais cliniques aux Etats-Unis – la cohorte de patientes est élargie pour mesurer son efficacité . sur un grand groupe d’hommes. Des centaines de volontaires ont commencé, en cette année 2022, à prendre ce gel tous les jours jusqu’à devenir contraceptifs au bout de quatre à six mois. Arrêtez ensuite toutes les autres formes de contraception complémentaire pendant un an pour tester l’efficacité du gel.

Le gel bloquant

Il s’agit d’un autre type de gel qui n’est pas appliqué sur l’épaule, mais qui est injecté directement – par un médecin – dans le canal déférent qui transporte les spermatozoïdes entre les testicules et la prostate. Le gel se répartit sur les parois des canaux, empêche la progression des spermatozoïdes et les détruit par une modification de l’acidité du milieu et une différence néfaste de la charge électrique. Le mode d’action est complexe à comprendre, même pour les chercheurs qui l’ont développé, mais le fait est que cela fonctionne. Un prototype de ce gel, développé en Inde et baptisé Risug (pour Reversible Inhibition of Sperm Under Guidance), a été le premier et le seul contraceptif masculin à atteindre les essais cliniques de phase 3. On attend toujours le feu vert définitif. Aux États-Unis, le Vasalgel, qui s’inspire du Risug, est également à l’étude.

Dans un appel, Liberazione demande aux pouvoirs publics et aux laboratoires de développer de vraies solutions pour que la contraception soit autant une affaire d’hommes que de femmes. Pour soutenir cet appel, signez la pétition sur Change.org et partagez sur les réseaux sociaux avec le hashtag #ContraceptonsNous