Conseil départemental de Bretagne : la dispute entre élus était-elle raciste ?

Un différend a opposé le vice-président à l’Agriculture Arnaud Lécuyer à la cheffe de file des écologistes à la Région Claire Desmares. Ce qui a suscité une certaine émotion dans l’hémicycle.

Un différend a opposé le vice-président à l’Agriculture Arnaud Lécuyer à la cheffe de file des écologistes à la Région Claire Desmares. Ce qui a suscité une certaine émotion dans l’hémicycle.

C’est une petite phrase lancée parmi tant d’autres lors de riches échanges autour de la lutte contre les algues vertes en Bretagne. Mais en quelques heures, cela a pris des proportions imprévisibles. Alors que les conseils régionaux sont priés d’interroger deux magistrats venus leur rendre visite en réunion pour discuter de leur rapport sur les algues, la chef de file des écologistes Claire Desmare prend la parole. Le discours soutient ses idées politiques concernant le modèle agricole. Mais elle en profite pour déplorer, au passage, « des échanges très compliqués » avec le vice-président Agriculture Arnaud Lécuyer. Une description qui ne tombe pas vraiment dans le goût de ce dernier qui le lui dira.

Pendant la pause déjeuner, une querelle éclate entre les deux élus. Un instant, devant témoins, précise Claire Desmares, visiblement ébranlée au point qu’elle l’a rapporté lors d’une nouvelle allocution dans l’après-midi. « J’ai vécu une attaque d’un vice-président. Il y avait des mots menaçants et une attitude masculine. C’était extrêmement violent. Ce type de violence n’a absolument rien à voir avec cette institution. Je suis extrêmement choqué. Je ne le trouve pas indulgent », témoigne l’élu de l’opposition bretonne dans un demi-vélo où l’on entend voler les mouches.

Et Desmares, dans un élan féministe, de s’appuyer sur cet épisode pour critiquer la manière, selon elle, dont se déroulent les débats. « Valérie Tabard (élue autonomiste Breizh a gleiz, ndlr) a été interrompue dans son discours. Je me souviens de Madame Alexandre (Delphine Alexandre, VP Santé et Eau, ndlr) qui a été coupée. D’autres femmes n’étaient pas respectées dans leurs paroles. Alors qu’on n’ose pas déranger les hommes.  » S’adressant au président de la région Loïg Chesnais-Girard, avec qui elle entretient de vifs échanges depuis plusieurs semaines, prévient l’élue rennaise. ‘ ndlr), comme on le dit chez les féministes. C’est quelque chose d’important qui joue.

Il est de ma responsabilité de condamner ces faits. Il n’est plus nécessaire qu’un élu pense qu’il est possible de se comporter ainsi. »

Arnaud Lécuyer fait amende honorable

Arnaud Lécuyer fait amende honorable

Pour commencer, Loïg Chesnais-Girard n’estime pas nécessaire de réagir. Mais il finit par souligner : « Ici et dehors, tout le monde se doit le respect. Nous devons tous y travailler tout le temps. Pas pour autant, Arnaud Lécuyer fait profil bas. En réponse aux questions du Télégramme, le vice-président de l’Agriculture fait amende honorable. S’il a été touché par ce que Claire Desmares lui avait reproché en préambule, il estime être allé trop loin par la suite dans les couloirs de l’établissement. « Ce qui se passe dans le demi-cycle doit rester dans le demi-cycle. Mon erreur a été de retirer le débat de celui-ci pour une discussion un peu houleuse. Je m’en suis rendu compte très vite, et je me suis excusé auprès de Claire Desmares. Ce n’était pas la bonne attitude à avoir. »

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Les autonomistes se désolidarisent

Les autonomistes se désolidarisent

Au-delà de cette querelle, la séquence a créé un certain émoi dans l’assemblée. Inclus dans Breizh un groupe gleiz, partenaire régulier (ils sont organisés en intergroupes) de l’EELV. Valérie Tabard, citée à juste titre par Claire Desmares, s’en est expliquée directement auprès de cette dernière. « Je lui ai dit que nous ne parlions pas en mon nom. J’ai regretté qu’elle l’ait fait, explique la conseillère régionale, soutenue par ses collègues Aziliz Gouez et Ana Sohier. Et estimant qu’il ne faut « pas regarder les situations de querelle sous le prisme du virilisme. » Valérie Tabard. Comme le confie une élue de la majorité : « C’est le féminisme qui fait du féminisme un mauvais service. »

Pour se calmer, Loïg Chesnais-Girard juge utile d’ajouter un mot en toute fin de séance. « Le collègue (Arnaud Lécuyer, ndlr) s’est excusé. Je m’excuse pour cette situation. Nous avons la responsabilité individuelle de maintenir une attitude exemplaire en toutes circonstances. La fraternité fait partie de notre devise républicaine. « Des mots à méditer pour chacun des élus avant de se retrouver en octobre prochain pour une nouvelle session… moins de répétitions ?

J’ai débuté ma carrière de journaliste à Paris dans le monde de la presse spécialisée puis au Parisien. J’ai ensuite rejoint la presse financière en publiant en Ille-et-Vilaine un numéro du Journal des Entreprises, un mensuel dont j’ai ensuite pris la direction en chef pendant trois ans. Depuis 2016, je suis grand reporter au Télégramme à Rennes et à Nantes, pour lequel je couvre notamment l’actualité politique et économique. En parallèle, je dirige au quotidien le bureau de Rennes et suis le rédacteur en chef du Mensuel de Rennes, le magazine d’investigation du groupe.