Publié le 27 novembre 2022 à 11:57 Mis à jour le 28 novembre 2022 à 19:04

Traquer la crise du covid peut être un peu risqué alors qu’elle est encore si présente dans nos esprits et que des gens continuent d’en mourir au Royaume-Uni et ailleurs. Je ne suis pas sûr que les téléspectateurs veuillent se replonger dans ces moments douloureux. Pourtant, le très prolifique réalisateur Michael Winterbottom (« Jude », « Shooting in an English garden », « The Killer inside me »…) a abordé le sujet de front pour sa première série télévisée. Et le résultat, visible sur Canal+ depuis le 28 novembre, est inquiétant.

« Cette Angleterre » _titre tiré d’une célèbre tirade du Richard II de Shakespeare (« cette Angleterre qui a asservi d’autres s’est honteusement asservie ») _ raconte comment le gouvernement, les personnels de santé et les citoyens de Boris Johnson ont résisté à la crise sanitaire. Autant dire qu’ils ne l’ont pas vécu de la même manière…

Dans un parallèle cruel, la série décrit l’attitude nonchalante du Premier ministre et de son entourage, du moins dans les premières semaines de la pandémie (confinement tardif, non-respect des consignes sanitaires, réduction des pénuries de matériel et dépistage…) alors qu’il était dans les hôpitaux et dans les Ehpad, la situation ne fait qu’empirer et le nombre de décès s’accumule, tandis que le personnel soignant fait preuve d’un dévouement et d’une humanité exemplaires, et que les chercheurs travaillent d’arrache-pied pour trouver un vaccin.

Personnage hors sol

Sans doute un peu caricaturé et certainement traduisible ailleurs dans une certaine mesure, ce réquisitoire de dirigeants obsédés par l’agenda et les sondages, aveugles et incompétents face au drame qui monte, vise particulièrement Dominic Cummings, l’éminence grise de Boris Johnson, le « père spirituel  » du Brexit : aussi brillant soit-il, il ne respecte ni la distanciation sociale quand il se sait contaminé ni le confinement, mentant ouvertement à tout le monde…

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Même si son séjour en réanimation l’a fait prendre conscience de la gravité de la crise sanitaire et de l’engagement du service national de santé (le fameux NHS), Boris Johnson apparaît le plus souvent dépassé par les événements, fatigué à la fois des conséquences de son covid et des pleurs de son nouveau-né que sa jeune épouse a eu lors de l’accouchement. Surtout, il semble capable de rêver, d’engueuler ses conseillers en grec ancien et de déclamer des vers de Shakespeare. Dans ce rôle d’homme certes charismatique, hyper cultivé et assez attachant mais complètement décalé, Kenneth Branagh s’en donne à cœur joie. Autour de lui, le casting est sans faute.

Entrecoupé de scènes réelles, « This England » énerve en mettant l’accent sur la pénibilité des soignants, notamment dans les maisons de retraite laissées quasiment à l’abandon, ainsi que des personnes démunies face à leurs proches malades… Tant de drames ont été vécus, on s’en souvient désagréablement la série. Un malaise accentué en sachant que Boris Johnson, en retardant le confinement de la population, a sans doute aggravé le bilan des morts du covid au Royaume-Uni.Une commission d’enquête devra bientôt examiner la gestion de la crise par le gouvernement dont il appartenait l’actuel Premier ministre Rishi Sunak quitte… Son travail sera sans aucun doute passé au peigne fin.

Comment réagir efficacement face aux changements ?

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