Hélène et Martine, deux des trois « mamans » de la nouvelle marque Super Kwetsch. Louise, qui étudie l’ingénierie à Albi, suit de près le projet. Semaine photo

Une grand-mère, sa fille et sa petite-fille viennent de lancer une marque de culottes vintage appelée Super Kwetsch à Nancy. Une alternative aux serviettes hygiéniques jetables industrielles, qui joue aussi le rôle du territoire et du bio. La production est assurée par une société d’insertion.

Certains ont commencé à cuisiner, d’autres à lire, elle à coudre. Durant les deux dernières années d’incarcération, Hélène, institutrice, s’interroge : « J’étais une grosse acheteuse de vêtements, mais du coup je ne trouvais plus mon bonheur. J’ai commencé à suivre des tutoriels de couture et je me suis tout de suite prise au jeu : blouses, tops et à la demande un peu étrange de ma fille, je me suis essayée à la confection de culottes menstruelles. Car Louise, 19 ans, en entend parler depuis longtemps. Une amie vante les mérites de cette alternative aux serviettes hygiéniques jetables. Le principe : une culotte en coton, avec un absorbant textile très efficace cousu à l’intérieur. Avantages : des sous-vêtements pouvant être portés sans risque de fuites jusqu’à douze heures et surtout lavables et réutilisables sur plusieurs années.

Moins de chimie

Louise incarne cette génération qui se préoccupe avant tout de préserver la planète et voit dans la protection conventionnelle de l’époque une source de gaspillage facilement évitable. De plus, des études récentes ont montré la toxicité de certains produits entrant dans leur fabrication, comme les dioxines, les phtalates ou le chlore. « Je ne connaissais pas les culottes menstruelles mais j’ai tout de suite été convaincue de leur validité. J’en ai fabriqué quelques-unes, sur un modèle assez simple. C’est en en parlant qu’on a compris qu’on pouvait faire un saut qualitatif et commencer à les commercialiser . »

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Nonna Martine rejoint alors l’entreprise et soutient ce projet familial, une histoire de femmes pour les femmes. Pour les trois générations, il ne fait aucun doute que les slips doivent être produits localement et dans un circuit biologique : « Les slips sont fabriqués avec le moins de produits chimiques possible. Nous n’utilisons pas d’élasthanne qui entre encore dans la composition de la plupart des sous-vêtements féminins. Sans cette fibre synthétique élastique, nous sommes obligés de recourir au coton tricoté, nous sommes donc allés voir Troyes, ville historiquement reconnue pour son savoir-faire. Pour l’absorbant, au lieu du bambou fréquemment utilisé pour ces culottes, nous avons préféré le chanvre, car il ne nécessite pas de traitements chimiques et moins d’eau pour sa culture. « 

Marché porteur

Pour le packaging, le choix s’est porté sur une démarche solidaire. Les slips sont confectionnés à la main à Vandoeuvre, par Tricot Couture Service, une association d’insertion sociale et professionnelle qui accompagne les chômeurs. « Nous avons voulu un produit vertueux jusqu’au bout », explique Martine. Les solutions les plus simples se trouvent souvent près de chez vous ! « Vendus entre 36 et 38 euros, les slips Super Kwetsch sont déclinés du 34 au 52, pour toucher le plus grand nombre de femmes. Lancée le week-end dernier, la marque 100% locale se cherche son propre circuit de distribution. Pour le moment les ventes se font uniquement en ligne et les créateurs espèrent pouvoir les proposer prochainement dans les réseaux de magasins bio. Une façon d’entrer sur le marché des culottes menstruelles, qui ces dernières années connaît une croissance rapide, notamment chez les nouvelles générations qui préfèrent dépenser un peu plus au début pour une future économie garantie : chaque année, on estime qu’une femme dépense 90 euros dans l’achat d’une protection périodique classique.