Publié le 8 octobre 2022 à 8h30 M. Mis à jour le 8 octobre 2022 à 14:16 M.

Routes ou fêtes de la bière, nouveau label, rétablissement des filières amont comme le houblon, multiplication des microbrasseries et brasseries artisanales : la bière connaît un nouvel âge d’or marqué par le terroir et le circuit court. Les chiffres sont spectaculaires.

Entre 2014 et 2021, le nombre de brasseries en France aura été multiplié par 4,6, rapporte le cabinet Xerfi, dans une toute récente étude sur le secteur. Reste que le chiffre global de 875 établissements n’inclut pas l’essor des microbrasseries unipersonnelles, bien plus nombreuses.

Un label de tourisme

« L’image de la bière a changé. D’un produit populaire et bon marché, il est devenu une boisson plus moderne et jeune. Les consommateurs abordent désormais les bières comme ils savourent les vins, avec une recherche d’authenticité, d’unicité, voire de rejet des produits industriels », décrit Meddy Chalandard, chargé d’études chez Xerfi.

Cette évolution fondamentale a conduit à l’ouverture d’un grand nombre de microbrasseries, par des néo-brasseurs souvent désireux de changer de vie et attirés par la facilité d’installation : l’investissement minimum serait, selon les sources, entre 150 000 et 300 000 euros. Et le consommateur répond, encore plus depuis la crise sanitaire et le retour en grâce du circuit court.

Bien que ce segment soit encore minoritaire (moins de 10 % d’un marché de 4 600 millions d’euros en grande distribution et 1 700 millions en RHD), l’essor des bières artisanales est rapide. Et dans toutes les régions. Mais le modèle économique inclut de plus en plus un lieu de consommation -voire de visite- dans le lieu, pour créer un lien communautaire en évitant les intermédiaires.

« Les petites unités de brassage urbaines viennent irriguer un foyer de consommation locale. C’est aussi là qu’on fait le plus de profits », décrypte Théodore Becquart, fondateur du cabinet de conseil Brewing Theory, pour qui la qualité des bières a très nettement augmenté aujourd’hui, sous l’effet de la concurrence et du soutien aux nouveaux entrants.

« Les petites unités doivent impérativement accueillir du public si elles veulent continuer », renchérit Mathieu Lesenne, fondateur de la Brasserie du Pays Flamand (connue pour sa bière Anosteke), qui avait confié son estaminet, attenant à la brasserie, au chef gastronomique pour une quelques mois Florent Ladeyn.

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Les Hauts-de-France regroupent environ 180 brasseries artisanales. La seule agglomération lilloise a vu le nombre de ses établissements doubler en cinq ans, formant tout un écosystème estimé à 800 emplois (hors l’immense brasserie Heineken de Mons-en-Baroeul). Le cabinet conseil en tourisme et brassage L’Echappée Bière vient d’organiser la cinquième édition du festival BAL, de « Bière à Lille », présenté comme le plus important de France.

La Métropole Européenne de Lille (MEL) profite de cet élan pour lancer le premier label tourisme brassicole en France, « Bière Patrimoine », décerné aux brasseries « faisant vivre une expérience autour de la bière », selon des critères d’accueil. « La bière est un marqueur touristique et historique du territoire qu’il faut capitaliser », se défend Michel Delepaul, vice-président de la MEL en charge de la culture et du tourisme.

Un accompagnement collectif également indispensable pour professionnaliser le secteur en matière d’accueil. « Les brasseurs sont avant tout des artisans et non des experts du tourisme », confirme Nicolas Lescieux, fondateur d’Echappée Bière.

Surfer sur la dynamique

L’Alsace veut surfer dans la même dynamique. Le territoire, qui a également une tradition ancienne dans ce domaine, compte 68 établissements artisanaux. Deux décennies après une première tentative de « route de la bière » alsacienne, les acteurs de la filière locale et l’agence de tourisme Alsace Destination tourisme (ADT) se retrouvent le 24 octobre à Obernai, dans le Bas-Rhin, pour réfléchir à un nouveau projet de développement touristique . .

A cette occasion « des idées de services, d’unification d’événements et d’offres » seront envisagées, décrit Marc Levy, directeur général de l’ADT. Une enquête menée l’été dernier a montré que 77 % des visiteurs de brasseries interrogés sont motivés par la découverte gastronomique ; et 48%, pour le patrimoine historique et culturel attaché au secteur.

Une question complexe demeure : l’expansion continue des brasseries artisanales et des microbrasseries se poursuivra-t-elle sans relâche ? Certes, les Français ont encore beaucoup de marge de progression par rapport à leurs voisins allemands ou espagnols, qui consomment trois fois plus de bière par an. Mais le problème du pouvoir d’achat pourrait se poser dans ce secteur, affecté par de fortes hausses de charges. « Il y aura du troc au détriment de l’alcool, comme cela s’est produit lors de la crise de 2008 », anticipe Meddy Chalandard, de Xerfi.