La Marseillaise : Comment était la situation aux urgences en juillet ?

Jean-Luc Jouve : Aux urgences de l’AP-HM, même si la situation se dégrade relativement, le mois de juillet se passe plutôt bien. La pression est principalement liée à la défaillance de structures extérieures à l’AP-HM, notamment l’hôpital Saint-Joseph qui connaît actuellement un déficit d’infirmiers et de médecins urgentistes. Les hôpitaux d’Aix-en-Provence, de Manosque, les cliniques de Marignane ont beaucoup vacillé, ce qui nous a beaucoup impacté.

Comment l’AP-HM se prépare-t-elle à une canicule issue de l’activité de cet été ?

J.-.L.J. : Nous avons sollicité des ressources internes auprès de collègues d’autres services venus aider les urgentistes. Nous avons également mobilisé des ressources externes avec des lignes de traumatologie de chirurgiens étrangers qui sont venus nous aider aux urgences de la Timone. Plusieurs médecins généralistes nous ont permis d’étendre les heures d’ouverture du centre de garde attenant aux urgences. Au lieu d’être programmée de 20h30 à minuit, la plage s’est élargie de 14h à minuit. Le gouvernement a fait de grands efforts pour récompenser les pratiquants du mieux qu’ils peuvent. Enfin, toutes ces voies réunies permettent de passer le cap sans avoir à enrôler trop de secouristes, qui sont déjà dans les cordes.

Le salaire du gardien est-il élevé ?

J.-L.J. : Contrairement à certaines cliniques qui pratiquent le dumping, à l’AP-HM nous ne pouvons pas déroger au tarif réglementaire. Tout est géré par le trésorier général-payeur, et on ne peut pas se débrouiller. Si nous nous en tenons aux valeurs réglementaires, c’est le maximum que nous puissions faire. Il s’agit donc d’un tarif de garde attractif.

Quels sont les principaux points de tension qui subsistent ?

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J.-.L.J. : Le point de tension reste l’urgence. Il y avait beaucoup de lits couverts, surtout en août car l’agence était en vacances, mais il était impossible de supprimer les congés du personnel hospitalier. Il y a aussi un énorme problème de fragilité au Samu, car les régulateurs sont submergés par les recommandations d’appeler le 15 pour faire face aux urgences. Nous invitons donc tous les médecins par l’intermédiaire du Collège des médecins à venir nous aider à nous organiser, en offrant une formation accélérée. Revers de la médaille de cette réforme, les régulateurs ne pourront dire aux patients, en cas de fermeture d’urgence, que d’aller consulter leur médecin traitant. Et si le médecin traitant est en vacances, il n’y a pas de solution. Appeler le 15, pour certains patients, est une impasse.

La situation va-t-elle s’aggraver pour le mois d’août ?

J.-L.J. : Pour le mois d’août, nous craignons qu’il y ait une augmentation de la fréquentation. Cette hausse est variable : l’an dernier, 20 %, mais les années précédentes, cette fréquentation est restée à la même valeur qu’en juillet. Si cela se produit cette année, la situation doit perdurer.

Dans le cas contraire, nous renouvellerons notre appel aux médecins généralistes, médecins hospitaliers et infirmiers pour qu’ils viennent nous aider. Sinon, on se retrouverait dans un système similaire au CHU de Bordeaux que nous avions prévu, consistant à faire le tri à l’entrée des urgences. C’est un système insatisfaisant car nous n’avons pas de solution pour proposer une urgence qui peut attendre, sans la disponibilité de médecins en ville.

Interview de Benjamin Grinda