Nous avons envoyé des clients mystères aux experts en prothèses auditives. La qualité de la relation, les prix et les modèles proposés font une grande différence.

Avec l’arrivée du « 100% santé », il est désormais possible de s’adapter sans rien payer, comme des lunettes ou un dentier. De quoi attirer les plus soumis. En fait, les magasins d’appareils auditifs se sont multipliés et l’impact sur les taux d’ajustement a dépassé toutes les espérances.

Face à cet engouement, pour comparer la qualité des informations et des devis fournis par différentes marques et groupes d’audioprothésistes indépendants, 60 millions de consommateurs ont envoyé 19 enquêteurs mystères pour en rencontrer quelques-uns. Ces patients, tous atteints de presbyacousie (surdité liée à l’âge), avaient une ordonnance de leur médecin ORL et un audiogramme.

Des tarifs et des offres surprenantes

L’un des points faibles créés en comparant les devis et en analysant les questionnaires ? Les pratiques commerciales sont susceptibles d’éloigner les clients des modèles entièrement remboursés (appelés classe 1) au profit des aides auditives de classe 2, qui imposent des débours plus ou moins élevés aux patients en fonction de ce que leur assurance maladie couvre — dans certaines limites , expliquent-ils auprès de l’assurance maladie.

L’audioprothésiste Audika proposait par exemple un appareil de classe 2 assez haut de gamme à un prix élevé, mais avec la possibilité d’un paiement gratuit en 48 fois. Cela semble inutile compte tenu de l’audiogramme présenté et de la situation du patient – ce qui est corroboré par le fait que l’audioprothésiste Hearing Consulting s’est abstenu de proposer un équipement de classe 2. Dans ce cas, payer l’établissement apparaît moins comme une aide qu’une incitation à dépenser plus. ..

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Des appareils sans reste à charge injustement dévalorisés

Surtout, plusieurs commentaires révèlent un certain dénigrement des appareils de classe 1, soit dans la présentation orale qui en est faite, soit dans les notices d’information fournies (Alain Afflelou Acousticien, Ecouter pour voir, Centre optique). Mais c’est injustifié. « Il ne faut pas croire qu’un appareil de classe 1, par exemple, ne compense que les surdités légères : il peut aussi être proposé pour les surdités sévères », se défend Gilles Kultcheyan, d’Audio Concept, audioprothésiste indépendant du réseau Laudio.fr.

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Cependant, les appareils de classe 2 ont plus de canaux de réglage, ce qui permet un réglage plus fin. « Mais certains modèles d’entrée de gamme Classe 1 disposent désormais de 12 canaux de syntonisation, alors que les appareils haut de gamme n’en avaient que 10 il y a dix ans », relativise Christian Canepa, directeur commercial France de la marque d’aides auditives Phonak.

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Les aides auditives de classe 2 sont également équipées d’algorithmes de reconnaissance sonore, qui peuvent mieux séparer la parole du bruit ambiant, localiser la source et diriger le microphone vers elle, pour améliorer la compréhension. Mais ces suppléments ne sont pas forcément nécessaires : tout dépend du type de perte auditive et des besoins.

« Comme toutes les déficiences auditives, la presbyacousie est un trouble complexe, bien plus que la presbytie, car c’est un déficit sensoriel encore mal compris », explique François Dejean de la Société française d’audiologie. Il y a une baisse de netteté, généralement plus importante dans les aigus, mais aussi une baisse de qualité, de netteté, qui varie beaucoup d’une personne à l’autre. C’est comme si « l’image sonore » avait perdu ses pixels : il peut être compliqué de repérer un détail dans l’ensemble, comme une conversation dans une foule. »

Une solution adaptée au déficit auditif de chacun

Au lieu de parler d’appareil bas de gamme ou haut de gamme, François Dejean préfère parler de technologie adaptée au déficit. L’avantage du modèle classe 2 est de répondre à des besoins spécifiques : déficiences complexes ou situations complexes (assister à des réunions professionnelles ou familiales, aller au restaurant avec d’autres, aller à l’opéra ou au théâtre, etc.).

Mais les deux classes sont également à l’écoute de bien d’autres situations : les conversations en tête-à-tête, la perception des sons dans le milieu naturel et, contrairement à ce que dit le livret Écouter pour voir, l’écoute de la musique.

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