Vinted, eBay, Shopmium, WeWard... Voyage en France avec accessoires

« En ce moment, je vends toute ma garde-robe en ligne », plaisante Marlène. Cette animatrice périscolaire de 32 ans, qui habite dans l’Oise, n’avait pas fréquenté les sites de brocante depuis le grand tri avant d’emménager avec son conjoint il y a des années. Mais depuis quelques semaines, Marlène a fait son grand retour sur ce marché. « Avec la hausse des prix, je me retrouve dans le rouge tous les mois et je dois aller puiser 50 ou 100 euros dans mes économies », raconte la jeune femme, un peu amère. Pour éviter de voir ses économies fondre comme neige au soleil, cette maman d’un petit garçon de 2 ans a mis en vente des vêtements, son vieux blouson de moto, une lampe, « et des bibelots qui traînent dans la maison ». Résultat : une centaine d’euros récupérés en moins d’un mois. Son terrain de jeu préféré ? Place de marché Facebook. « C’est pratique et rapide », explique-t-elle.

Comme Marlène, de nombreux Français se ruent sur la version 2.0 des brocantes et friperies pour joindre les deux bouts. Une bonne nouvelle pour les mastodontes comme Leboncoin, les nouveaux venus comme Vinted ou l’inoxydable Facebook, sa Marketplace et ses nombreux groupes dédiés aux bonnes affaires. Selon une étude récente d’Ipsos pour eBay, 58% des Français revendent déjà leurs biens inutilisés en ligne, contre 46% trois ans plus tôt, et 69% envisagent d’en vendre davantage dans les mois à venir pour augmenter leur budget. S’il y a de plus en plus de vendeurs, les acheteurs se pressent aussi au portail : 69% des Français envisagent d’acheter plus de produits d’occasion dans les mois à venir. « Les Français pensent que l’inflation va continuer à s’accélérer, et ils ont déjà joué sur certains leviers, comme la baisse des dépenses ou la course aux prix bas, et passent à l’étape suivante, celle de la vente et de l’achat d’occasion », analyse Franck Lehuédé, directeur d’études et de recherche au Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc).

Le phénomène n’est certes pas tout à fait nouveau et le marché de l’occasion en ligne est en pleine forme. L’un des marqueurs de cette « France débrouillarde » décrite par Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion à l’Ifop, et Jean-Laurent Cassely, journaliste (et chroniqueur à L’Express) dans leur livre La France sous nos yeux (éd. Seuil ). « En moyenne, ça rapporte un petit complément de revenu de 60 euros : ce n’est pas énorme, mais ça peut payer le plein d’essence, c’est toujours gagné », décrit Franck Lehuédé. Notre pays est aussi le champion du monde du marché de l’occasion en ligne. « Et la région Hauts-de-France vient en tête en France », précise Sarah Tayeb, directrice commerciale d’eBay France. Non par tradition de la « réderie » (brocante, en picard), mais pour des raisons économiques.

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Une nécessité qui commence à s’étendre au-delà des classes populaires et de la petite bourgeoisie avec la poussée de l’inflation qui balaie le pays depuis plusieurs mois. « Avec un budget de 7 000 euros par mois, on fait partie des ‘riches’, mais avec les crédits, les charges, les taxes et le budget alimentation, on se retrouve tous les mois en déficit », explique Charlotte, responsable SEO de 41 ans, qui vit en petite couronne parisienne, et a décidé de faire de la seconde main en ligne pour les vêtements, meubles et livres de ses deux enfants. Murielle, enseignante de 56 ans, a elle aussi basculé récemment, mais côté revente sur Vinted, et encaisse entre 50 et 100 euros par mois. « On n’est pas à plaindre, même si la hausse des prix grignote notre budget, mais la revente en ligne nous permet de nous constituer une petite cagnotte dont nous nous servirons pour continuer à nous amuser pendant les vacances », précise-t-elle. Pour son « business », elle a même investi dans un mannequin pour mettre en valeur les vêtements sur les photos, et a consacré une journée de ses vacances à mettre en ligne la collection printemps-été. « Je pratique des prix bas, 1 euro la toison par exemple, donc ça passe facilement », précise-t-elle.

Cette version 2.0 de se débrouiller n’est pas seulement disponible pour l’achat et la vente d’occasion. Dans les magasins et sur le Web, les applications et les sites Web qui permettent d’économiser ou de gagner un peu d’argent, de payer ses factures, de ne pas toucher à son épargne ou de maintenir un « budget plaisir » fleurissent. Sébastien, agent immobilier de 38 ans, est adepte depuis quelques mois du cashback – c’est-à-dire le remboursement d’une partie de ses achats – ou des bons de réduction digitaux via Shopmium, Quoty ou Coupon Network : « J’gère d’économiser 30% de mon budget shopping grâce à ça, en y consacrant deux heures par semaine. Certains arrivent à monter jusqu’à 60%, mais ça prend beaucoup plus de temps ! ». Une « avarice » devenue une « nécessité » afin de garder une petite marge de manœuvre en cas de coup dur.

Elodie, animatrice de 31 ans, utilise également Shopmium pour économiser sur ses courses, mais de façon moins régulière. Sur son téléphone, d’autres applications sont consacrées à l’amélioration de son pouvoir d’achat. Grâce à Too Good To Go, elle récupère de temps en temps des paniers d’invendus alimentaires à prix cassés. Et avec WeWard, une application qui rémunère les utilisateurs en fonction de leur nombre de pas, elle accumule des « Wards » qu’elle pourra bientôt convertir en dollars durs froids, ou en cadeaux. « J’ai réglé une alarme pour ne pas oublier de valider le nombre de pas du soir, car il faut être un peu rigoureux pour réussir à accumuler une somme intéressante », confie-t-elle. « En moyenne, les utilisateurs gagnent 60 euros par an », précise Yves Benchimol, co-fondateur de WeWard. Un montant qui peut sembler ridicule. « Mais vu la situation, toutes les petites économies ou moyens de gagner un peu plus d’argent sont bons à prendre », soupire Elodie. Elle n’est pas la seule à le penser. Selon la plateforme d’analyse Sensor Tower, les téléchargements d’applications « payantes » ont explosé ces dernières semaines.

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